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CGNews, SAR El Hassan bin Talal - Autorisation pour eMarrake - publié le Samedi 17 Novembre à 11:06

La troisième renaissance arabe




Le prince El Hassan bin Talal - On aurait du mal à nier que l'état de la nation arabe laisse beaucoup à désirer et que nos sociétés arabes sont toujours en pleine stagnation. La renaissance arabe à laquelle nous aspirons reste, dans notre discours comme dans nos choix, purement rhétorique. Quel est donc l'élément manquant?



Rappelons-nous que la première renaissance arabe, à une époque extrêmement difficile, a ranimé la flamme de l'espoir dans le cour de nos aïeux. Des pionniers tels qu'Al Yaziji, Al Rihani, Al Bustani, Mohamed Abdo, Al Kawakibi et tous les autres qui méritent de figurer dans cette liste impressionnante, ont jeté les bases de ce qui était à venir.

C'est le produit de leurs intelligences qui a dessiné les contours de cette "première renaissance" qui continue d'imprégner l'âme arabe dans ses profondeurs. Je voudrais que nous revenions aux textes laissés par ces grands hommes, pour y puiser une inspiration pour notre présent et notre avenir.

Essayons de comprendre la fine perception qu'exprime l'adage bien connu: "La religion c'est pour le Tout Puissant, la patrie c'est pour tout le monde". Ces pionniers touchaient là quelque chose de vital, nous mettant en garde, apparemment, contre toute sorte de dissensions, d'origine ethnique, partisane, religieuse ou autre.

Diverses catastrophes et calamités sont venues, de l'intérieur et de l'extérieur, nous déstabiliser, amenant l'éclipse de notre première renaissance, encore que celle-ci soit restée un phare d'espoir, qui éclaire la route de nombreuses personnes à travers les tristes réalités du temps présent.

La seconde renaissance arabe a pris une forme différente, plus proche des réalités concrètes - c'est la Grande Révolte arabe qui a incité la nation à l'action et fait à nouveau renaître l'espoir. Et, après tout, qu'est-ce qu'une renaissance, sinon une révolution, un changement de cap dans la mentalité qui change une fois pour toutes ce qui existait jusque-là? Cette seconde renaissance avait repris le flambeau de la précédente, dans la mesure où elle cherchait à reconnaître la modernité et à moderniser la réalité de la vie des Arabes.

Malheureusement, une fois encore triomphèrent confusion et déception, si bien que cette seconde renaissance n'a pu que suivre le triste sort de la première: l'absence de valeurs et de normes détruisit tous les bienfaits qu'elle aurait pu apporter.

Après ces déceptions, le temps est venu d'une troisième renaissance, plus solidement enracinée, tirant leçon et profit des errements et transgressions du passé.

A mon avis, une telle renaissance devrait commencer par le concept de citoyenneté et aboutir à une charte de l'espoir: une charte du citoyen arabe, un document qui mettrait au clair les devoirs, les droits et les responsabilités des personnes et des groupes.

C'est ce que nous espérons mener à bien, ne serait-ce que dans ses grandes lignes, lors du colloque "Citoyenneté de la Nation arabe", que va accueillir, en avril 2008, dans le royaume du Maroc, le symposium intellectuel annuel du Forum de la pensée arabe. Déjà, au Qatar, en janvier 2007, lors du symposium intellectuel annuel du Forum accueilli par cet Etat, j'avais eu l'honneur de présenter ce concept, et certains articles importants de la charte.

Qu'est-ce donc que la citoyenneté ? Il y a plusieurs dimensions à une citoyenneté pleine, au sens propre.

La dimension humaine: compassion, solidarité, coopération, égalité des sexes, rejet de toutes les formes de discrimination, liberté - et le droit, pour chacun, de choisir et de pratiquer sa foi.

La dimension démocratique: liberté de choisir l'autorité politique; délibération pacifique plutôt qu'autorité; accent mis sur le concept de participation - tant au plan public que privé ; pouvoir accordé aux acteurs de la démocratie et valorisation par divers moyens d'un climat démocratique, pour que la démocratie soit davantage qu'un simple slogan ou un mot creux; mise à l'honneur du principe et de la pratique de la pluralité, sur la base d'une conscience profonde de la diversité et de la différence dans un cadre civilisé intégrant les distinctions culturelles, religieuses, ethniques, tribales et partisanes; inclusion de la diversité dans l'unité.

La dimension écologique: préservation et protection de l'environnement; respect de la terre; reconnaissance de sa capacité et de ses limites.

La dimension légale et constitutionnelle: respect de la loi, des constitutions et des normes qui assurent la liberté d'expression des individus et des groupes.

Plus simplement, nous devons faire en sorte que le citoyen soit "partie prenante" dans son pays, en termes non seulement conceptuels mais physiques. Il devra avoir sa juste part du présent et de l'avenir de son pays.

Nous pouvons tirer parti de l'expérience de musulmans du sud de l'Europe, qui ont énoncé la première Charte pour les musulmans d'Europe, établissant les droits de 30 millions de musulmans. A travers cette charte, ces musulmans s'adressent à l'Union Européenne et à tous les musulmans d'Europe et du monde musulman, sur la base d'une adhésion à la prééminence du droit, aux principes de tolérance, aux valeurs de la démocratie et aux droits de l'homme et en mettant l'accent sur les valeurs de la vie, de la foi, de la liberté, de l'autonomie et de la dignité.

J'appelle à la mise en place d'une charte du citoyen arabe, dans l'esprit de la charte des musulmans du sud de l'Europe. Nous aspirons à l'établissement d'une citoyenneté pleine et significative, assurant aux individus et aux groupes le droit égal à participer au processus de décision, à prendre sa part de la richesse de l'Etat et à jouir d'une présence égale dans l'espace public. C'est d'une nation arabe qui adopte une politique de rassemblement encadrée par des codes de conduite qu'émane cette manière de concevoir la citoyenneté. La "nation" est un concept qui transcende l'Etat, partant de la base pour parvenir jusqu'au sommet de la pyramide.

A tout le moins, envisageons une citoyenneté de transition, dans l'esprit d'une démocratie et d'une justice transitionnelle, de manière à ouvrir une fenêtre d'espoir, pour que ces idées gagnent l'ensemble de tous les citoyens arabes.

* Le prince El Hassan bin Talal, frère de feu Hussein de Jordanie, préside plusieurs organisations dans le domaine de la diplomatie, des études interconfessionnelles, des ressources humaines, de la science et de la technologie.



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