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Husnul Amin - CGNews - eMarrakech - publié le Samedi 13 Septembre à 11:05

La terreur n’est pas la voie de l’islam




Husnul Amin* : Le mois dernier trois travailleuses humanitaires de l’International Rescue Committee (IRC) et leur chauffeur afghan ont été tués par balle dans la province de Logar en Afghanistan. Depuis les années 80, l’IRC, dont le siège est à New York, porte assistance aux Afghans. “Nous n’apprécions guère leurs projets d’aide, et nous ne pensons pas qu’ils travaillent pour le progrès de notre pays”, a déclaré un porte-parole taliban, en revendiquant la responsabilité des meurtres.



De l’autre côté de la frontière du Pakistan, les Talibans pakistanais n’ont cessé de harceler et de pourchasser les travailleurs humanitaires et les ONG. Ils ont aussi, ces tous derniers mois, fait sauter des centaines d’écoles, hôtels, ponts et vidéoclubs dans différentes régions du nord-est du Pakistan. Selon les médias, 61 écoles de filles ou plus ont été incendiées dans la seule vallée de la Swat.

Travailleurs humanitaires, étudiants, femmes, sont-ils, dans la “guerre à la terreur”, comme on l’appelle, les nouvelles cibles des Talibans ? Que disent, sur de tels actes, la théorie et la pratique islamiques ? Et qui est autorisé à prononcer des décrets sur cette question : les savants formés selon la tradition ou les extrémistes ?

Pour ce qui est de l’éthique de la guerre aux premières époques de l’islam, plusieurs hadiths (dits du prophète Mahomet) interdisaient de tuer les femmes et les enfants. Cela est clairement affirmé dans une hadith rapportée par le calife Omar ((Boukhari, 4, 258). Abou Bakr, premier calife et ami du Prophète, résume ainsi le message du prophète, s’adressant aux chefs de ses armées : “Ne tue ni femme, ni enfant, ni vieillard. N’abats pas l’arbre fruitier, ne détruis pas de maison et ne tue ni mouton ni chameau, si ce n’est pour le manger. N’abats ni ne coupe le palmier dattier. Ne t’emporte pas, et ne sois pas lâche.”

Les musulmans reconnaissent presque universellement que le meurtre de civils n’est pas acceptable, même en temps de conflit. Pourtant, les Talibans et Al-Qaïda semblent vouloir redéfinir ce principe pour l’adapter à leurs ambitions.

Ayman al-Zawahiri, le numéro deux d’Al-Qaïda, déclare que de tels actes, y compris les attentats suicide, sont justifiés en temps de guerre. Or chacun sait que la publication d’avis juridiques religieux (fatwas) est la prérogative exclusive d’érudits scrupuleusement formés à la tradition juridique islamique, et non de militants formés sur le tas qui tuent au nom de l’islam.

Les érudits de la tradition islamique, parfois au risque de leur vie, critiquent sévèrement ceux qui prétendent que tuer des innocents, incendier des écoles, malmener des travailleurs humanitaires et bloquer les programmes de développement peut se justifier au nom de l’islam. Maulana Hasan Jan, érudit islamique respecté et imam de Darwish Masjid, une des plus grandes mosquées de Peshawar, a fustigé de tels actes dans ses prêches du vendredi, affirmant que l’enseignement islamique interdit formellement au fidèle de prendre la loi entre ses mains. Peu de temps après, il commençait à recevoir des menaces de mort, pour être finalement abattu par des militants talibans en septembre 2007.

Maulana Hasan Jan n’est pas le seul à prononcer ce verdict. Des centres de recherche islamique, qui sont habilités à émettre des fatwas à Karachi, Lahore, Multan, Gujranwala et Peshawar, ont déclaré que les agressions contre des victimes innocentes sont étrangères à l’islam. Maulana Sufi Mohammad lui-même, le chef intransigeant du Mouvement pour l’application de la charia, qui a eu des démêlés avec la justice pour avoir incité les jeunes des zones tribales à partir en guerre, a déclaré que les attentats suicide et les assassinats de masse sont contraires à l’islam.

Les Talibans et Al-Qaïda n’ont pas réussi à rallier à leur cause la majorité des érudits et juristes islamiques traditionnels pour qui leurs tactiques extrêmes constituent une dérive de l’islam et découlent d’une interprétation erronée des textes religieux.

On le voit donc, érudits et juristes musulmans auraient le pouvoir de contrer cette déferlante d’agressions contre les humanitaires et les organisations de développement. Ils disposent d’un potentiel pour l’essentiel inexploité en matière de résolution et de prévention de conflits. De fait, de nombreuses universités musulmanes commencent à prendre conscience, puisqu’elles offrent de nouvelles disciplines sur la construction de la paix et la résolution des conflits dans l’islam. Au Pakistan, en particulier, l’Université de Karachi et le National Defence College d’Islamabad ont commencé à proposer des cours dans le domaine des études relatives à la paix et aux conflits.

Dans le même ordre d’idée, de nombreux savants islamiques de par le monde participent activement, en tant qu’enseignants, chercheurs et militants, à l’affirmation et à l’explication de la démarche pacifique de l’islam à l’égard des civils. Ces érudits peuvent et doivent continuer de parler, d’affirmer la position progressiste de l’islam et tout faire pour empêcher les militants violents d’invoquer l’islam pour justifier leurs actes. Il leur appartient de faire entrer l’islam dans la solution.

*Husnul Amin, qui tient une colonne dans le quotidien en ourdou, Mashriq, est doctorant en études de développement à l’Institut d’Etudes Sociales de La Haye.



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