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El kadri Zineb - publié le Vendredi 10 Janvier à 22:07

La sociocritique comme outil d’analyse littéraire : Approche méthodologique




La sociocritique est un champ de recherche encore fertile qui apparue à la fin des années soixante dans le contexte de l’effervescence théorique durant toute une décennie 1960-1970.
Cette discipline est née de l’intercommunication entre deux épistémès : le matérialisme dialectique et la psychanalyse.
Elle a pour objectif renouveler l’approche sociologique de la littérature en intégrant les dernières nouveautés du structuralisme, de la linguistique et de la sémiologie.
Par ailleurs, la sociocritique se situe à l’intersection des sciences humaines, elle s’intéresse à toutes les recherches menées sur l’institution littéraire, sur le discours, l’idéologique, tout en tenant compte de certains acquis de Georges Lukacs et du structuralisme génétique de Lucien Goldman.



La sociocritique entre méthodologie et théorie :

Une théorie est un ensemble de propositions servant à unifier de façon logique des concepts afin d’expliquer et d’interpréter certains aspects de la réalité dont l’on cherche à rendre compte.
Spéculation, connaissance qui s’arrête à la simple spéculation sans passer à la pratique.

Le mot théorie vient du mot grec « theorem », qui signifie « contempler, observer, examiner ». Dans le langage courant, une théorie est une idée ou une connaissance spéculative, souvent basée sur l’observation ou l’expérience, donnant une représentation idéale, éloignée des applications.

La méthodologie est littéralement la science (logos) de la « méthode »,

Méthodologie est un mot qui est composé par trois vocables grecs : metà qui veut dire (« après, qui suit »), odòs (« chemin, voie, moyen ») et logos (« étude »). Le concept se rapporte aux méthodes de recherche permettant d’arriver à certains objectifs au sein d’une science. La méthodologie peut également être appliquée à l’art lorsqu’une observation rigoureuse est effectuée. La méthodologie est donc tout un ensemble de méthodes régissant une recherche scientifique ou dans une exposition doctrinale.
Dans le cas des sciences sociales, la méthodologie étudie la réalité sociale dans le but de trouver la véritable explication des faits sociaux par le biais de l’observation et de l’expérimentation commune à toutes les sciences.
Il est important de distinguer la méthode c'est-à-dire la démarche à suivre pour atteindre des objectifs et la méthodologie autrement dit l’étude de la méthode. Il n’appartient pas au méthodologue d’analyser ou de vérifier une connaissance obtenue au préalable et acceptée par la science : il a pour fonction de chercher des stratégies valides pour augmenter la connaissance.
La méthodologie est une partie de la procédure de recherche (méthode scientifique) qui fait suite à la propédeutique et qui rend possible la systématisation des méthodes et des techniques nécessaires pour l’entreprendre. Il y a lieu d’expliquer que la propédeutique est l’ensemble de savoirs et disciplines nécessaires à la préparation de l’étude d’une matière. Le terme provient du grec pró (« avant ») et paideutikós (« concernant l’enseignement/l’apprentissage »).
En d’autres mots, la méthodologie est une étape spécifique procédant d’une position théorique et épistémologique, pour la sélection de techniques concrètes de recherche. Par conséquent, la méthodologie dépend des postulats que le chercheur considère valides, puisque l’action méthodologique sera son instrument pour analyser la réalité étudiée.
Avant d’aborder la méthodologie choisie, il convient de rappeler d’une manière circoncise et succincte l’ensemble des théories ayant précédé la sociocritique.
Théoriser égal à polémiquer. Dès 1971, à l’ouverture d’une étude sur la quête du Saint Graal, Tzvetan Todorov est convaincu que la question de la littérarité, fondement depuis Jakobson d’une approche résolument générale du littéraire, est sinon une autre quête du Graal, du moins un appel plus qu’un constat, une force plus qu’un socle, un idéal à défendre toujours sans jamais l’atteindre :
« Il faut considérer la littérature comme littérature. Ce slogan, énoncé sous cette forme même depuis plus de cinquante ans, aurait dû devenir un lieu commun et donc perdre sa force polémique. Il n’en est rien cependant ; et l’appel pour un retour à la littérature dans les études littéraires garde toujours son actualité ; plus même, il semble condamné à ne jamais être qu’une force, non un état acquis. »
Dix ans plus tard, le combat faisait toujours rage et Paul de Man dit le même combat contre la menace théorique : « What is about literary theory that is so threatening that it provokes such strong resistances and attacks ? »
La théorie littéraire serait-elle un sport de combat ? Un art en tout cas de la polémique si on suit Antoine Compagnon qui, dans Le Démon de la théorie, reprend et élabore l’idée d’une vis polemica propre à toute tentative d’approche globale du fait littéraire.
La définition de la théorie littéraire est certes fluctuante comme le remarque Compagnon. À un niveau très général, on appellera théorie littéraire toute approche générale du fait littéraire qui explicite ses présupposés par exemple donne sa définition de la littérature et entend suivre une méthode rigoureuse : c’est en ce sens que Gustave Lanson pense l’histoire littéraire comme une théorie qu’il oppose à la culture de goût plus impressionniste qui le précède ; c’est en ce sens également que l’on peut dire que la Poétique d’Aristote ressortit à la théorie littéraire.
Plus spécifiquement, une « théorie de la littérature » se définit comme une réflexion sur les conditions et les présupposés de la création littéraire et de la critique ou de tout discours sur la littérature.
Enfin, à partir des années soixante en France, dès 1942 aux États-Unis avec la première publication par Wellek et Warren de Theory of Literature, s’écrivent un certain nombre d’études qui ont en commun une tentative de répondre à l’interrogation fondatrice de Jakobson : « qu’est-ce qui fait d’un message verbal une œuvre d’art ? », en d’autres termes de définir la littérarité. Cet effort de définition d’une spécificité du littéraire a eu pour corollaires une volonté de se défaire de toute approche externe du littéraire, étude contextuelle ou étude de sources, et un recentrement sur la forme linguistique du texte littéraire. Comme dans les cas précédents, ces théoriciens défendaient l’idée que toute approche du littéraire présuppose une définition, donc une théorie, du littéraire, qu’elle soit explicitement exposée ou dissimulée sous les atours du constat et de l’observation.
Autrement dit, quelle que soit la définition que l’on en donne, la théorie littéraire serait toujours associée à une attitude polémique. Théorie littéraire et théorie de la littérature ont en commun d’interroger les discours concurrents, soit pour leur reprocher leur manque de rigueur, soit pour mettre à jour leurs présupposés théoriques, pour les forcer, pour ainsi dire, à théoriser quand bien même ils ne sont pas définis comme théoriques.
Selon Compagnon, la vis polemica de la théorie littéraire en détermine deux traits, liés entre eux. Premièrement, sur un plan historique, c’est par la polémique que s’opère le passage d’une génération critique à la suivante, soit que la nouvelle génération reproche à la précédente de n’avoir pas théorisé, soit, ce qui revient parfois au même, qu’elle mette à jour dans son discours une théorie implicite.
Or parce que la polémique est au fondement de ces tournants, toute nouvelle théorie ne se bornera jamais à dire ce qui est mais poussera ses hypothèses jusqu’au paradoxe conçu comme arme d’attaque. C’est pourquoi, toujours selon Compagnon, les théoriciens, et en particulier les théoriciens post-structuralistes dont il a lui-même fait partie, s’éloignent toujours du sens commun. Ou, pour le dire autrement, on ne viendrait à la théorie littéraire que par l’attaque et l’on n’en sortirait que lorsqu’on a retrouvé son bon sens.
Mais qu’en est-il au juste de ces deux thèses toute inquiétantes pour quiconque entreprendrait un geste théorique ? Sommes-nous donc condamnés à penser la littérature à partir de (et contre) les a priori critiques de la génération qui nous précède et tout travail conceptuel sur la littérature doit-il se comprendre comme une attaque contre ce qui l’a précédé, pire se préparer à bientôt subir les attaques de la génération suivante ? Question corollaire, n’y-t-il pas d’autre moyen de s’inscrire dans l’histoire de la théorie littéraire qu’en risquant de perdre tout sens commun ? Ne peut-on pas figurer, pour la théorie et son histoire, un décor plus riant qu’une arène où seul le paradoxe autoriserait l’évolution ?
Revenons donc à l’enchaînement des générations théoriques au XXe et XXIe siècles. Si l’on suit la description de Compagnon, l’histoire littéraire de Lanson s’est imposée contre la critique de goût ; les approches formelles et linguistiques doivent se comprendre en réaction à une histoire littéraire qui avait oublié le texte au profit du contexte.
Dans cette optique, le récent développement anglo-saxon des études culturelles et, d’autre part, la tendance actuelle à penser le lien entre la littérature et d’autres discours, scientifiques, anthropologiques, historiques, à légitimer en outre la prétention de disciplines réputées non littéraires, comme les sciences cognitives ou la sociologie, à dire le littéraire seraient autant de réactions à la clôture du texte prônée par la génération précédente.
En un mot, c’est l’historicisation du texte et son inscription dans un contexte qui doivent être considérées comme moteurs et pivots de l’évolution, soit qu’on arrache le texte à son contexte et qu’on le pense dans sa singularité, son statut d’exception, soit qu’on veuille penser la continuité de l’œuvre à son dehors, qu’on le nomme savoir, tissu social, politique ou autre.
Or si cette description est exacte, elle appelle d’emblée plusieurs interrogations. Premièrement, notre pensée du littéraire est-elle déterminée par le moment où nous commençons à penser ? Nés à la littérature dans les années 80, passerons-nous notre vie théorique à polémiquer contre une histoire littéraire forcément ignorante de la littérarité ?
Éveillés à la critique dans les années 90 et au-delà, affûterons-nous nos armes contre les excès du formalisme contre lequel il faut réhabiliter la diachronie ou la place du sujet ? Ou pour le dire autrement, faut-il historiciser haine ou amour de l’histoire littéraire ? Dès lors qu’en est-il exactement de la cohérence d’une vie intellectuelle dans le domaine de la théorie littéraire ? Entre un Genette qui peut, en 2004, reprendre une réflexion sur la métalepse entamée dans Figures III et un Todorov qui de Poétique de la Prose à Mémoire du mal, tentation du bien a manifestement accompagné le mouvement plus général qui mena de la critique formaliste à la réflexion anthropologique, quel modèle devons-nous choisir ? Ou plutôt est-ce à un objet, une méthode ou aux deux à la fois que nous serons fidèles ?
Le cas de Genette est exemplaire d’une double fidélité à un objet – les formes narratives et plus largement la question de la littérarité – et à une méthode, la poétique post-structuraliste qu’il a certes enrichie de références philosophiques et esthétiques, mais n’a jamais ni reniée ni remise en cause en ses principes.
Todorov à l’inverse semble avoir changé d’objet et de méthode des textes qu’il entendait lire comme littéraires, il est passé à l’homme et à l’histoire – et de méthode, la poétique structuraliste n’étant en aucun cas une référence dans ses ouvrages récents.
Or entre ces deux cas extrêmes et emblématiques, se cachent bien des évolutions intermédiaires : ainsi de ces étranges disciplines ou sous-disciplines récemment apparues et respectivement intitulées narratologie féministe ou narratologie postcoloniale dont on ne sait pas au juste si elles entendent concilier les méthodes en allant par exemple de l’étude formelle à la réflexion féministe ou si elles tentent de constituer un nouvel objet, par exemple un récit spécifiquement postcolonial.
À moins encore qu’elles ne définissent la narratologie que par son objet – le récit, séparant donc l’étude du récit des choix méthodologiques non négligeables associés à la première narratologie, en particulier de la prégnance qu’elle accordait au modèle linguistique.
À moins que l’enchaînement des générations ne se réduise pas à cette succession d’avant-gardes successives, à moins qu’il n’existe d’autres manières de décrire l’histoire de la théorie littéraire.
En premier lieu, le modèle diachronique n’est sans doute pas le seul à rendre compte des oppositions que nous avons décrites et que chaque génération est en fait traversée par des alternatives méthodologiques qui supposent des choix esthétiques, idéologiques, voire politiques.
Ainsi la poétique d’un Genette est-elle empreinte d’un rapport ludique et formel au littéraire conçu comme montage de formes que le critique peut à loisir démonter. Cette approche du récit s’inscrit dans une esthétique assez proche de celle de l’Oulipo et de sa quête ludique des contraintes ; elle constitue aussi une prise de position politique puisque aussi bien le texte est abordé par ce qui en lui ne dit rien du monde, n’engage aucun sujet historique, manière d’admettre que la valeur politique du texte littéraire est peut-être de ne pas en avoir, d’offrir un modèle de ludisme et de gratuité qui s’oppose souterrainement à l’idéologie de la rentabilité et de l’utilitarisme.
Or cette position n’est pas seulement générationnelle. Des contemporains de Genette dont l’histoire de la théorie littéraire retiendra probablement qu’ils appartenaient ou presque à la même école, ont au contraire associé l’étude formelle et une pensée politique du texte. Ainsi de la notion d’intertextualité dont une des fonctions au moment où Kristeva et Barthes l’inventent est de penser le texte littéraire dans son rapport aux discours « sociaux » qui le traversent et le travaillent en sous main, par là de réfuter une vision élitiste de la littérature.
Il n’est alors pas innocent que lorsque Genette reprend la notion d’intertextualité, il décide de la réserver pour décrire un phénomène ponctuel et formel : l’inclusion d’un texte à l’intérieur d’un autre texte, citation, référence, allusion.
Dans ce cas, ce n’est pas une opposition générationnelle qui s’observe, ni non plus d’ailleurs une véritable polémique mais plutôt des conceptions différentes de l’inscription du texte dans le tissu social et surtout de l’importance que l’on veut bien accorder à cette inscription.
En ce qui concerne la diachronie. N’existe-t-il pas d’autres fils directeurs que la polémique pour rendre compte de l’enchaînement des générations ? Certes rien ne nous empêcherait de nuancer le propos de Compagnon, de croire par exemple, que d’une génération à l’autre, tout n’est pas oublié et que l’on ne pourra plus faire de l’histoire littéraire en 2005 sans au moins poser la question de la spécificité du littéraire ou que la question de l’auteur si elle redevient centrale ne pourra plus se réduire à un usage étiologique de la biographique.
Plus largement, le retour à l’histoire littéraire n’exclurait ni une pensée de la littérarité – et dans ce cas, on penserait la spécificité du temps littéraire, ni un effort de description systématique des formes.
À moins que la question ne soit pas de savoir au juste comment chaque nouvelle génération succède à la précédente et que derrière l’idée de vis polemica se dissimule la question plus fondamentale du sens commun.
Toujours selon Compagnon, la polémique est indissociable d’une perte du sens commun : chaque génération va trop loin, puis affaiblie par une progressive institutionnalisation, elle entraîne la génération suivante vers une nouvelle polémique et vers une nouvelle perte du sens commun. Mais qu’une théorie, littéraire ou non, conduise à perdre le sens commun, est-ce là le seul résultat d’une polémique ? Ou, pour le dire autrement, la théorie n’est-elle pas par définition perte du sens commun ?
En 1646, François de la Mothe le Vayer (1588-1672), héritier et disciple de Montaigne, publia un Petit Traité sceptique sur cette commune façon de parler « N’avoir pas le sens commun » Pourfendeur des idées reçues, attentifs à la doxa que véhicule la langue, La Mothe le Vayer montre la frilosité et l’étroitesse d’esprit que suppose l’idée et l’expression de sens commun, comme si le partage d’une vision du monde assurait sa validité.
Mais pour notre propos, il importe surtout de noter comment La Mothe le Vayer associe la perte du sens commun à l’exercice de la pensée : accuser autrui de perdre le sens commun, c’est bien souvent l’accuser de penser, de conceptualiser et par là de produire des énoncés contre-intuitifs qui ne correspondent pas à l’expérience commune du monde :
Il faut que je dise ici en faveur de Démocrite que non seulement les plus grands philosophes de l’Antiquité ont passé pour fous de leur temps : mais qu’au siècle même où nous sommes, j’ai vu fort peu de grands esprits, et d’hommes de mérite extraordinaire, qui ne soient tombés dans cette diffamation à l’égard du vulgaire, qui tient toujours pour insensés tous ceux qui s’éloignent de son Sens commun .
En d’autres termes, toute théorisation suppose une conceptualisation toujours susceptible d’étonner et une construction qui ne rend pas compte immédiatement de notre perception de la réalité.
Théoriser n’est pas décrire la singularité des objets du monde, mais construire par la spéculation des concepts en un dispositif qui vaut par sa prétention à la généralité systématique, voire à l’universalité, et non pas son exactitude descriptive.
Comme le rappelle Pierre Bayard, Sigmund Freud, qui s’y connaissait et en théorie et en perte du sens commun, a fortement marqué le lien très fort qui pouvait exister entre délire, en particulier délire paranoïaque, et théorie : dans les deux cas en effet une théorie rationnelle est construite pour rendre compte d’un ensemble de phénomènes autrement incompréhensibles.
C’est ainsi que la construction psychanalytique n’est jamais éloignée du délire
: « Les délires des malades m’apparaissent comme des équivalents des constructions que nous bâtissons dans le traitement psychanalytique, des tentatives d’explication et de restitution (…) ». Certes Freud note par la suite que « dans les conditions de la psychose » ces tentatives sont vaines car « elles ne peuvent pourtant conduire qu’à remplacer le morceau de réalité qu’on dénie dans le présent par un autre morceau qu’on avait également dénié dans la période d’une enfance reculée ».
Mais, pour notre propos, il importe surtout de noter que le délire et la théorie ont pour point commun de préférer une construction spéculative à un simple constat descriptif, qu’en ce sens la théorie risque fort de s’éloigner du sens commun.
De fait, la notion d’inconscient freudien est profondément contre intuitive, et pour revenir à la littérature, on se souviendra que la théorie des genres littéraires de Hegel est assez dépourvue de bon sens, voire est inexacte : comme l’a bien montré Jean-Marie Schaeffer, il n’est guère raisonnable de nommer « mineurs » les genres qui ne rentrent pas dans une construction et de passer sous silence tous les faits historiques qui ne correspondent pas à une construction.
Mais c’est qu’il ne s’agit justement pas de décrire des faits, mais d’élaborer des hypothèses. Plus près de nous, la théorie de Bakhtine sur l’abstraction du chronotope dans le roman grec ancien souffre d’exceptions notables et appellerait des nuances : il arrive que les héros du roman grec vieillissent en effet et que l’espace y soit représenté autrement que comme le lieu abstrait de l’aventure.
Mais dans les deux cas cette inexactitude voire cette déraison de la théorie ne la disqualifient pas en tant que théorie pas plus qu’elles ne l’empêchent d’être opérante en tant que construction spéculative. Seule une autre construction et non pas une observation de bon sens peuvent les nuancer ou les réfuter.
Si donc la théorie littéraire semble parfois s’éloigner du sens commun, ce n’est peut-être pas en vertu d’un goût pour la polémique, mais plus simplement parce qu’elle est une théorie, que sa tâche est de spéculer non de décrire.
Cette hypothèse engage en premier lieu à redéfinir le rôle moteur de la question de l’histoire dans l’histoire de la théorie littéraire. Car même si Compagnon rappelle que la démarche de Lanson est tout aussi théorique que celle des formalistes russes, il serait tentant assurément de voir dans les moments de clôture du texte ou de description systématique du fait littéraire une perte du sens commun plus affirmée que dans les moments de retour au contexte : aussi bien un fait contextuel se constate et quiconque peut en reconnaître la réalité.
En voulant relier chaque énoncé du texte littéraire à un fait contextuel dont il serait l’effet, Lanson s’éloigne fort du bon sens mais il lui est plus facile de déguiser son effort théorique, quand besoin est, sous les atours du sens commun et de l’observation.
un retour à l’histoire n’est jamais un retour au bon sens mais une autre manière de spéculation, moins assumée sans doute. Plus largement, on se demandera si l’appel au bon sens ou au constat peut jamais être un argument à opposer à une théorie. Car vouloir entraîner une théorie littéraire vers le constat intuitif, c’est tout simplement exiger qu’elle ne soit plus une théorie.
Dès lors, la question ne serait pas de génération mais de choix, entre la théorie et la description. Au sein de chaque génération et de chaque école théorique, et non d’une génération à l’autre, s’opposeraient alors une attitude spéculative et une attitude descriptive.
La poétique post-structuraliste possède une pente fortement spéculative dans ses entreprises de description systématique mais elle s’est aussi pensée et a été pensée comme un instrument de description des faits textuels.
L’histoire littéraire est certes observation des faits, des archives et des textes mais elle est aussi spéculative chaque fois qu’elle postule une logique qui explique la succession des textes, chaque fois qu’elle réunit des textes au nom d’une idée auxquelles elle donne les atours d’un moment historique.
Ce ne sont pas des générations qu’il faudrait alors opposer mais deux attitudes intellectuelles assez opposées en leurs principes, deux rapports au texte littéraire tout aussi fondés et ardus l’un que l’autre. Se demander ce qu’est la littérature fantastique ne revient pas, à décrire l’ensemble des textes classés dans cette catégorie pas plus qu’une tentative de penser ce que peut être le tragique au XXe siècle ne doit faire obstacle au constat qu’aucun tragédie n’a été écrite depuis 1900.
En outre, la théorie comme l’histoire peuvent être tour à tour spéculatives ou descriptives et ni le fait ni le bon sens ne peuvent réfuter un effort théorique pas plus que la théorie ne doit empêcher l’observation.
Bien plus, il convient de noter que cette opposition entre la théorie et l’observation du littéraire est elle-même une spéculation qui résiste mal à l’épreuve des faits, puisque toute théorie spéculative du littéraire suppose une observation des faits de même que toute approche apparemment descriptive est sous-tendue par une idée implicite du littéraire.
Mais l’intérêt de l’opposition que nous proposons est justement d’amener chacun à interroger son approche plutôt que de chercher à rendre compte des faits tels qu’ils sont.
De quoi souffre alors la théorie littéraire au sens où nous l’entendons à présent ? Moins d’une perte de bon sens que d’une tentative impensée de s’accorder au bon sens et aux données de l’histoire, d’une hésitation constante entre la spéculation et les faits.
Il est à cet égard frappant que Todorov dans l’Introduction à la littérature fantastique passe les deux premiers chapitres où il déduit d’un modèle grammatical un modèle spéculatif du fantastique pour ensuite en venir à décrire une thématique fantastique, induite de la seule observation des textes.
En d’autres termes, s’il est urgent que les approches descriptives mettent à jour leur part spéculative, il est tout aussi urgent que les approches spéculatives rendent compte de leur part descriptive.
Sans doute est-il impossible, en littérature et au-delà, de produire une spéculation dégagée de toute observation comme il est impossible de produire une observation dégagée de toute spéculation.
Il est en revanche urgent, dans le domaine littéraire, d’expliciter la finalité d’une réflexion, de dire, par exemple, s’il l’on entend penser tous les récits possibles ou si l’on préfère décrire tous les récits existants.
Il est tout aussi urgent d’expliciter la part d’observation qui fonde toute spéculation que de dégager les présupposés théoriques de toute description du littéraire.
À cette condition nous comprendrons peut-être enfin quel est notre objet ; peut-être même constaterons-nous que cet objet n’est pas le même selon que en faisons l’objet d’une spéculation ou d’une description.
Soient les premiers vers de l’Odyssée « Muse dis moi le héros qui tant erra »: il se pourrait bien que ce vers ne soit pas exactement le même objet, selon que j’y cherche un modèle pour penser l’énonciation littéraire représentée dans le texte ou que j’y observe une forme d’invocation religieuse.
Observer n’est pas spéculer. Vouloir spéculer n’est pas vouloir observer. C’est dans la finalité de notre rapport au littéraire que nous pourrons nous définir et non pas contre une génération déjà passée ou à venir.

La littérature est art et langage : c'est un système esthétique -- le texte –
impliquant un registre rhétorique de genres, de styles ou de figures et un régime socio-historique .
-- l'archi-texte -- impliquant un récit constitutionnel , qui inclut lui-même un discours institutionnel. Le système esthétique fait de la littérature un art; le régime socio-historique en fait un métier : la littérature devient un art quand les artisans deviennent des artistes; mais c'est l'origine de l'œuvre d'art qui est l'origine des artistes.

Martin Heidegger dit : «L'origine de l'œuvre d'art» , alors Sans admettre qu'il faille parler d'art chez les Grecs ou chez les Égyptiens et surtout avant (aux temps préhistoriques), il faut mentionner que pour les Grecs de l'Antiquité, la poésie est une technique qui s'accompagne de musique; seule la poésie est un "art", qu'elle prenne la forme du poème ou de la tragédie, du dithyrambe ou de l'épopée.
La poésie est une sorte de musique chantée, de chant -- sont à l'âme ce que la gymnastique est au corps. Quand Platon parle d'expulser les poètes de la Cité, c'est parce qu'ils ne sont pas assez "artistes", c'est-à-dire pas assez philosophes -- et peut-être pas assez athlètes dans leur imitation.

Au Moyen-âge, la poésie continue de dominer et elle gagne même d'autres formes comme le roman; mais c'est seulement à la Renaissance, au moment où l'artiste remplace l'artisan et où l'écrivain devient un artiste, que la littérature accède à l'art, sous la poussée même du roman; elle résulte de la rencontre de la graphie et de la typographie, de l'écriture et du livre, livre qui avait pourtant précédé l'invention de l'imprimerie. Cela veut dire qu'il n'y a pas vraiment de littérature orale, mais une littérature écrite d'expression orale.

Au sens restreint, la sociocritique vise d'abord le texte. Elle est même lecture immanente en ce sens qu'elle reprend à son compte cette notion de texte élaborée par la critique formelle et l'avalise comme objet d'étude prioritaire.


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