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LAMIRI Mustapha - publié le Mercredi 18 Mars à 00:00

La société et la recherche scientifique




La société Marocaine formule des demandes de plus en plus pressantes vis-à-vis de la communauté scientifique, ce qui crée à cette dernière de nouvelles obligations.




En effet, l'économie moderne s'appuie plus qu'auparavant sur l'innovation, ce qui accroît bien souvent le sentiment de frustration que le citoyen éprouve face aux enjeux de société auxquels il est confronté. Il souhaite alors avec plus d'insistance qu’il trouve des solutions rapides aux problèmes qu’il rencontre, en mettant justement en oeuvre des solutions impliquant des chercheurs. De fait, la recherche scientifique devrait davantage "descendre dans la rue" pour être à la portée de tous. Comment donc rendre la science plus accessible? Pourquoi est-ce aujourd'hui plus important qu'hier ?
Cette impatience, légitime à beaucoup d'égards, risque sérieusement d'être déçue si l'on ignore trop superbement la façon dont fonctionne le processus de recherche. En effet, lorsqu'on s'attaque à des problèmes réellement difficiles dont les mécanismes profonds sont mal -voire même pas du tout- connus, il ne suffit pas d’afficher seulement les objectifs et de mobiliser les moyens financiers -s’il y en a- mais de chercher les modes de production des connaissances et de leur transformation en biens ou en services consommables.
La dimension magique de la recherche scientifique peut y perdre, mais c'est tant mieux. Détruire des illusions est presque toujours salutaire. Faire descendre les savants de leur piédestal aussi. Le doute, exercé avec méthode, est le lot quotidien des vrais scientifiques, et il doit en être ainsi. Faire apprécier cette façon de travailler, faire comprendre comment elle aboutit à de solides constructions, dont la cohérence offre de véritables garanties, sont des impératifs absolus dont la mise en oeuvre incombe aux chercheurs. Ils y parviendront d'autant mieux qu'ils sauront communiquer au cours de cet échange, et bien distinguer des illusions précédemment dénoncées, les parts de rêve et de passion qui ont souvent été déterminants dans leur choix de cette profession.
Le phénomène d'opacité du couplage de la recherche avec la vie sociale est encore accentué par la mise en place devenue systématique d'une communication institutionnelle dont les chercheurs n'ont pas pris suffisamment conscience. Un des premiers effets de ce processus est la codification des messages et surtout des mécanismes par lesquels l'information se constitue et se gère. Il est indispensable qu'un nombre croissant de chercheurs en ait une meilleure connaissance.
Cette dimension donne de nouvelles responsabilités aux services de communication des organismes et des laboratoires de recherche. Un travail de longue haleine doit être conduit dans ce but. Une approche plus ouverte de la science et de ses points de contact avec la société va exiger que la dimension éthique de beaucoup de travaux soit vraiment prise au sérieux. Cela sera d'autant plus facile que les problèmes abordés ne le seront pas à chaud, contexte où le sensationnalisme a toutes les chances de régner en maître.
Par ailleurs, les débats et les discours jouent un rôle essentiel dans l'appropriation sociale de nouveaux savoirs et techniques. Il n'est guère étonnant qu'ils soient parfois l'objet de conflits, visibles entre scientifiques et journalistes qui vont se disputer la dernière lecture d'un article ou plus latents quand le public se demande s'il dispose de toute l'information nécessaire, s'interrogeant aussi bien sur les compétences des journalistes que sur la franchise des scientifiques.
Face à cet état de fait, il est indispensable d'adopter une approche scientifique de la communication à propos des sciences et des techniques. Est-ce à dire qu'une pratique spontanée de la communication scientifique ne peut être réussie?
Cette interrogation incite à la modestie : on ne peut plus légitimement proclamer que tel mode de vulgarisation est meilleur qu'un autre ou que telle émission scientifique est plus intéressante qu'une autre. Beaucoup reste à comprendre mais les recherches conduisent tous les acteurs concernés à s'interroger sur leurs pratiques de communication de la science et à se remettre en question. Ecouter l'autre, n'est-ce pas le gage d'une communication réussie ?
Parmi les médiateurs "naturels" de la science, outre les chercheurs et les journalistes, il faut souligner l'importance d'une autre catégorie d'acteurs, moins connus du public, mais dont le rôle, situé en amont, est fondamental. Qu'on les appelle chargés de communication, attachés scientifiques, attachés de presse ou spécialistes de l'audiovisuel, ces "médiateurs institutionnels" naviguent à l'interface de deux univers : l'institution, à laquelle ils appartiennent et le monde médiatique. Leur mission est double :
- servir d'impresario aux chercheurs, les inciter et les aider à se faire connaître, repérer des talents naissants pour renouveler dans les médias les visages et les voix de la science, qui auraient sans cela fortement tendance à être toujours les mêmes. Cela n'intéresse bien entendu que les jeunes chercheurs peu ou pas connus et non les ténors rompus aux exercices médiatiques.
- les aider à faire un premier travail de traduction avant de se jeter sous les feux des sunlights. Il est très difficile, voire douloureux pour un chercheur, de se simplifier jusqu'à la caricature pour entrer dans les formats médiatiques. Formé à publier pour se légitimer dans son propre milieu, protégé par le langage complexe des revues primaires destinées à ses pairs, il se voit, parfois brutalement en cas de crise, convié à passer du champ scientifique au champ médiatique. L'exercice n'est pas le même, il est souvent périlleux, et l'aide du médiateur institutionnel peut alors être précieuse pour se préparer aux pratiques, aux codes et aux pièges de l'interview.
La communication scientifique serait précisément sa rencontre intime avec le grand public, une médiation que l’on pourrait qualifier de culturelle. Les relations complexes que le public entretient avec la science aboutissent parfois à des résultats passionnants mais déconcertants : un intérêt très fort, voire une fascination pour la science (dans les milieux urbains, presque pour 90%, elle est une priorité nationale), mêlée à un manque de culture tout aussi impressionnant (un Marocain sur deux, et surtout dans les milieux ruraux, croit encore que le soleil tourne autour de la Terre et 99% ne connaissent pas pourquoi le ciel est bleu), une grande admiration pour le métier de chercheur mais une désaffection des filières scientifiques; un intérêt croissant pour les progrès scientifiques mais, de façon concomitante, un goût tout aussi vif pour les parasciences, perçues non pas comme opposées aux vérités scientifiquement établies mais au contraire en continuité avec celles-ci; enfin un désir de participer aux choix technologiques, allié à une grande méfiance à l’égard des politiques (selon un sondage, une minorité seulement leur font confiance, le reste préférant s’en remettre aux scientifiques).
Donc, il reste à savoir comment apprivoiser le discours scientifique ? Comment l'aborder avec simplicité, sans timidité ni ennui ? La science ne va pas ralentir en changeant de millénaire. Nous sommes tous embarqués dans la même navette et pour que le fossé ne se creuse pas entre l'élite qui la pilote et la masse de passagers qui ignorent jusqu'à leur destination. D'autres médiateurs ont un rôle essentiel à jouer pour lever cet obstacle d'ordre culturel. La science inspire trop peu les écrivains, les philosophes, les sociologues, les cinéastes, ce qui a pour conséquence de l'éloigner du débat public, de la reléguer dans les espaces un peu ternes de la "culture scientifique et technique" d'où elle ne sort que de façon brutale, épisodique, ne trouvant sa place dans le discours médiatique qu'à la faveur, si l'on peut dire, de scandales, d'erreurs et de tragédies. Pour que la science trouve sa place et sa légitimité dans le discours ambiant, dans l'air du temps, les journalistes, scientifiques ou non, n'y suffiront pas : ils ont besoin que les intellectuels, au sens le plus large, leur apportent le concours de leur temps, de leurs outils, de leurs grilles d'analyse et de leur audience. Eux seuls pourront influencer l'agenda médiatique, eux seuls pourront procéder à l'indispensable métissage entre la "science savante", des érudits et des experts et la "science médiatisée" construite sur l'anecdote ou la fiction.
Pour conclure, il faut noter aussi que l’Internet (sites web et messagerie) s’est avéré comme un outil précieux par les communicants des organismes de recherche, par la variété de travaux fastidieux et de contraintes qu'il a allégés ou supprimés. Mais il devient surtout irremplaçable par sa capacité à fédérer scientifiques et communicants sur des projets communs d'information et d'éducation du public et par sa puissance qui permet de déployer ces projets à grande échelle (temps et espace), ce qui était jusqu'à présent irréalisable. Donc, pour réaliser un rapprochement adéquat Recherche-Vie Sociale, que ce soit pour le public externe comme pour la communauté interne, un site web de grand organisme doit constituer à la fois un lieu d'accueil des publics où se crée une partie de l'image de l'organisme, une grande bibliothèque de documents écrits, sonores, audiovisuels, mais aussi un lieu d'expérimentation de nouvelles formes d'information et d'échange avec le citoyen.


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