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Yazid Haddar - publié le Mardi 23 Septembre à 14:42

La révision de la Constitution algérienne : Le silence du Président et l’inertie de l’opposition




Yazid Haddar : Actuellement, nous assistons les bras croisés au silence du Président. Ni l’opposition, ni les partis alliés n’ont une vision claire sur les prochaines élections présidentielles qui auront lieu dans les six mois à venir. Oui, six mois ! Dans les nations Républicaines, les élections se préparent sur tous les plans que ce soit les idées, l’argent, etc.



Les vraies campagnes électorales commencent un an si ce n’est pas deux ans auparavant, afin qu’émerge un candidat (ou une candidate) potentiellement fiable, reconnu et identifié par l’ensemble des électeurs. Pendant cette période, ces candidats vont aborder toutes les préoccupations de leur peuple. En Algérie, cela fait deux ans que l’actuel Président reste indécis : faut-il procéder à la révision de la Constitution, ce qui lui permettrait d’effectuer un troisième mandat, ou doit-il céder sa place ? Selon les partis de la coalition nationale, la révision de la Constitution aura lieu « en temps voulu » car « chaque chose a son temps » .

Cependant, le terrain n’est plus propice à un troisième mandat. C’est ce qui a poussé le Président à rappeler l’ancien chef du gouvernement, Monsieur Ahmed Ouyahia, pour mieux préparer le terrain (ou le train !), mais aussi pour rattraper le retard causé par l’ancien chef du gouvernement, Monsieur Abd Aziz Belkhadem, qui se préoccupe davantage de la doctrine identitaire au lieu de se pencher sur les difficultés vitales du peuple alors que le Président avait promis lors de sa campagne électorale de réaliser de projets faramineux.

Une des dernières sorties de Monsieur Belkhadem, à l’occasion de l’université d’été (FLN), était la suivante : « Il ne serait pas sensé de reprocher à nos ennemis (mais qui sont les ennemis !) le fait de vouloir anéantir autrui.  Nous regrettons, par contre, que des franges de notre peuple aient adapté le même état d’esprit. Ce que nous redoutons le plus de ceux qui s’accrochent à la langue de l’étranger est qu’ils méprisent la langue du Coran ; c’est une allégeance politique. L’allégeance politique s’opère d’abord par la langue, ensuite par la pensée » . Or, il ne s’est pas interrogé sur le manque de traduction, ni sur la façon de trouver les nouvelles néologies, mais de son unique préoccupation, c’est à dire la langue arabe et surtout la religion. N’est-il pas fidèle à lui-même !

Certes, personne ne peut reprocher au FLN ni au RND (les partis de la majorité) de vouloir se maintenir le plus longtemps possible au pouvoir et de garder entre leurs mains les clefs de la présidence de la république par l’entremise de Bouteflika qui, faut-il le rappeler, est militant et président d’honneur du FLN . Cependant, le silence du Président tue l’émergence d’une nouvelle tête présidentiable. Regardez autour des partis de l’alliance présidentielle : y a-t-il réellement une personne crédible pour apporter un vrai changement pour notre société ? Y a-t-il un vrai débat d’idées sur un projet de société, auquel ils souhaitent aboutir ?    

Quant à l’opposition, son grand handicap réside dans le fait qu’elle ne parvient pas à s’organiser indépendamment du pouvoir. Elle est forcement obsédée par l’idée du changement de régime et elle a fixé son regard sur ce qui se passe dans le siège de la présidence en négligeant, peut-être par mégarde, la construction d’une force d’opposition et la propagation d’idées contre la pensée unique et de tout ce qui touche au social (désormais entre les mains des fondamentalistes) .

Cette opposition ne cesse de critiquer le système politique algérien, mais reste incapable de se remettre en question, ni d’apporter un vrai projet de société. En effet, qu’est-ce qui l’empêche de s’organiser pour remédier aux maux quotidiens des algériens ? Il est facile d’analyser, de critiquer en restant confortablement installé derrière son bureau. Alors que pendant ce temps, le peuple manque toujours de soins, d’emploi et de logement. Qui empêche l’opposition de proposer un candidat à la future élection présidentielle?

Supposons que l’opposition n’arrive pas à s’organiser à l’intérieur du pays pour des raisons que tout le monde peut deviner, mais qu’est-ce qui l’empêche de s’organiser à l’extérieur du pays ? Cependant, la communauté algérienne vivant à l’Etranger (estimée à 7 millions dont 4.5 millions en France) n’arrive pas à discuter ni à organiser des débats sur son histoire et tant d’autres sujets. Les deuxième et troisième générations ne se sentent pas impliquées dans les événements algériens, si ce n’est pour faire plaisir à leurs parents.

Cette opposition se déchire comme un vieux vêtement râpé, par ses idées et ses leaders, où chacun tente d’en tirer un quelconque profit. En fin de compte, le RCD perd ses cadres fondateurs, le FFS se divise entre « l’officiel » et « l’authentique », et d’autres partis n’apparaissent que lors des grands évènements électoraux pour créer parait-il, de la diversité ou pour doper l’opinion nationale et internationale !

L’opposition est-elle tombée dans le piège du « diviser pour mieux régner » ? Est-il plus important d’élire un chef de parti ou d’instaurer un état de droit ? En principe, l’histoire sert à éviter les erreurs du passées et à anticiper les événements pour mieux avancer. Il me semble que ni l’opposition, ni le pouvoir n’ont tiré leçon de notre histoire. Au contraire, ils vont droit dans le mur !

A force de craindre que les fondamentalistes gagnent les élections, le pouvoir est intrinsèquement islamisé. Désormais, ils n’ont plus besoin de créer un parti car leurs idées sont omniprésentes dans la société et dans les médias. Dans les rues, ils n’ont plus besoin de prêcher que les femmes doivent porter le voile car la plupart des femmes n’ont qu’un seul habit : « le Hidjab ».

Ils n’ont plus besoin d’interdire les boissons alcoolisés car les autorités le font à leur place, à leur manière (ils préfèrent les bars clandestins fréquentés plus par les voyous que par des gens ordinaires). Ils n’ont plus besoin d’interdire « les couples illégitimes », car la police s’en occupe, au nom de la pudeur publique ! Ils n’ont plus besoin d’enseigner leur idéologie à l’école, car les autorités le font parfaitement, à leur insu peut-être ! Et la liste est longue. Les fondamentalistes ont peut-être perdu la bataille, mais finalement leur idéologie est triomphante, au point de non retour. Maintenant, ils ne leur reste plus que de partager le butin de guerre, confient-ils au quotidien el-khabar . La dawla isalamia est en voie d’instauration.

Finalement, pourquoi refusons-nous la révision de la constitution ? Est-ce pour améliorer notre situation ? Ou pour donner plus de pouvoir à un Président qui a tous les pouvoirs (ou plutôt l’illusion de les détenir !) ? Est-ce pour instaurer un Etat de droit ? Croyez-vous réellement qu’il agisse dans l’intérêt de la nation ?...



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