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Dr Mohammed MRAIZIKA (Chercheur en Sciences Sociales et en I - publié le Lundi 13 Février à 02:31

La représentativité des MRE ou la Belle Arlésienne




L'Arlésienne, est ce fabuleux personnage mystérieux, proche et lointain à la fois qui reste inaccessible et intouchable, qu’Alphonse Daudet (1840-1897) dépeint dans l’une de ses Nouvelles (1873). Chez Alfred Hitchcock (La mort aux trousses, 1959), comme chez Bruce Geller (Série Mission Impossible, 1966) ou Ivan Goff (Drôles de Dames, 1976), c’est un personnage invisible et roublard qui symbolise l’Arlésienne et son corollaire l’idée de leurre et de tromperie (Charlie’s Angels, l’espion George Caplan, une voix, un magnétophone).



La représentativité politique et institutionnelle des MRE, telle qu’elle est observée aujourd’hui, a tous les traits et les attributs de l’Arlésienne d’Alphonse d’Audet et du « leurre » d’Hitchcock. Annoncée maintes fois, proclamée solennellement (2005), élevée en 2011 au rang de la Constitution (articles 16-17-18-163), longtemps désirée et revendiquée par les MRE, elle demeure inatteignable et lointaine. On a beau la chercher au sein du Parlement, des Conseils d’Administration des Banques ou des Fondations et Conseils, elle reste introuvable ; c’est un leurre.

Tous les fidèles de Walt Disney le savent, il a suffit à la Belle au Bois dormant d’un léger baisé pour se libérer d’un sort maléfique et sortir d’un long sommeil. Il suffira, avec un peu d’audace, au gouvernement actuel de raviver les principes annoncés en 2005, de respecter ses propres engagements politiques et d’appliquer la Constitution de 2011 pour que la question de la représentativité institutionnelle des MRE soit déverrouillée et résolue. C’est impératif car, il n’y a pas aujourd’hui – en termes de bonne gouvernance- plus intelligent et plus saint que de libérer les initiatives nationales, d’instaurer le plus d’équité, de justice et d’égalité pour assainir les rapports sociaux.
Dans le cas des MRE (plus de 4 millions de personnes et des transferts évalués en 2011 à plus de 58 milliards de dh), tourner la page d’une époque où tout a été fait pour les marginaliser, en rendant problématique leur droit d’être dignement représentés, c’est plus que du pragmatisme politique, c’est une manière intelligente de réparer l’injustice et de libérer les compétences MRE.

Cette œuvre de restauration et cette volonté de réforme auxquelles s’attèle le gouvernement conduit par le PJD, n’est certes pas une sinécure. En effet, si le « baiser » de W. Disney réveille, le « baiser de la mort», celui de Juda (Évangile selon Saint Luc 22, 48) et des mafieux, tue (Le Parrain de FC Coppola, 1972) ; il annonce souvent la fin proche « pour celui qui le reçoit ».
C’est inévitable. Il y aura toujours quelques « ennemis de la démocratie et des nihilistes », tels ceux qui ont conduit la question de la représentativité parlementaire des MRE dans des impasses, pour contrecarrer cette œuvre et cette volonté. Obstinés, rancuniers et grands fanfarons devant l’Eternel, certains d’entre eux n’hésiteront pas à dispenser sur le front des MRE le fameux « baiser de la mort ».

Échaudés et abusés, les MRE sauront-ils être vigilants et alertes pour défendre leurs droits civiques et ne pas les laisser longtemps en jachère ?
 
Seront-ils entendus, consultés et associés à cette œuvre de réforme ? Ou, tout sera-t-il fait et décidé – comme de coutume- sans eux, en leur nom et place ?
 
Ces droits constitutionnels (articles 16-17-18) sont-ils un nouveau leurre ?
Que cache et propose réellement l’article 163 ?
 
Cet article 163, consacré au CCME, n’est pas anodin. Il pose véritablement, en matière de représentativité politique des MRE, une sérieuse interrogation :
 
Est-ce le prélude d’une nouvelle ère de correction, d’assainissement et d’amélioration du fonctionnement du CCME pour optimiser son rendement ?
 
Ou bien est-ce une manière habile visant pour l’essentiel à rendre le transitoire définitif (le mandat initial de 4 ans a expiré fin décembre 2011) et, du même coup, rendre difficile l’évaluation de son travail, le contrôle de sa gestion et la redéfinition de son mode de recrutement et de ses missions ?

A la réflexion, Alphonse d’Audet ne serait pas surpris ou dépaysé sous les arcades du CCME, l’Institution par excellence qui donne à l’idée de l’Arlésienne toute sa signification. Les 13 membres/50 manquants sont toujours invisibles et improbables. Les avis et autres rapports d’activité clamés durant les 4 ans écoulés sont introuvables. Les membres annoncés (par la MAP) en décembre 2007, sont de vrais Arlésiens et de véritables caméléons : présents-absents, visibles-invisibles, salariés-bénévoles, soumis-révoltés, amis-adversaires, proches et lointains des MRE... Comble du paradoxe, les plus « visibles » et les plus actifs d’entre eux sont plus occupés par l’animation de campagnes électorales, en France et ailleurs, au profit de formations politiques généralement allergiques aux valeurs culturelles et cultuelles que partagent la majorité des MRE. Quel est donc leur apport à la chose publique nationale et aux causes MRE ?

La question institutionnelle soulève un autre problème de fond, épineux et récurrent, qui mérite, à l’heure des réformes et de la lutte contre la gabegie, une attention particulière : la profusion d’institutions de toutes sortes avec la même vocation ou prétention : « s’occuper » des affaires MRE.
 
Fondamentalement, cette profusion est, financièrement et politiquement, dommageable et ne sert ni les intérêts des MRE ni ceux du pays. C’est même l’une des causes premières du dysfonctionnement institutionnel constaté et de la tension qui règne actuellement.
 
A-t’on vraiment besoin aujourd’hui d’une dizaine d’institutions, d’un Ministère, d’un CCME et autres chambres d’enregistrement pour gérer les dossiers MRE ?
Le moment n’est-il pas venu d’engager une politique audacieuse et rationnelle afin d’harmoniser, de coordonner, de réunir les budgets mais aussi les moyens et les compétences dans une même structure dédiée aux MRE, pour plus d’efficacité, de proximité et de clarté ?
 
A-t’on besoin de recourir systématiquement à tous ces Cabinets d’étude (réels ou fantoches) -chichement payés pour quelques pages dactylographiées- pour identifier les besoins et connaître les attentes des MRE ?
Le gouvernement actuel aura t’il le courage et la volonté politique nécessaires pour évaluer le coût sur le budget de l’Etat de toutes ces institutions qui consomment des sommes colossales (puisées dans les caisses/transferts MRE), mais qui restent opaques et fermées aux MRE ?
 
En un mot : le temps n’est-il pas venu de mettre de l’ordre dans cette anarchie et nettoyer à fond les « Ecuries d’Augias » ?

Le nouveau gouvernement ne peut se dérober à ce travail d’assainissement et de mise en ordre. Il a les outils juridiques et la légitimité politique et électorale nécessaires pour conduire des réformes audacieuses et décisives en toute matière. Le dossier de la représentativité politique et institutionnelle des MRE ne doit pas faire exception ; ce qui est en jeu ici c’est l’exercice des attributs de la citoyenneté et la préservation des deniers publics qui passe par le contrôle et l’évaluation stricte de l’activité de toutes ces institutions-doublant, ou Arlésiennes, censées « gérer » les dossiers MRE.
 
Mais, qu’il soit dit : donner corps et visage à la représentativité institutionnelle et politique des MRE (Parlement, Conseils, Fondations, Banques etc.), ne serait ni un geste de générosité gouvernementale ou de la charité « bien ordonnée », mais un acte politique réparateur et salutaire permettant de lever le déni de droit qui frappe plus de 4 millions de MRE dans ce qu’il y a d’essentiel dans une démocratie participative : l’exercice de la citoyenneté.
 
Ce dossier ne peut, en tout état de cause, rester indéfiniment un leurre, cette Arlésienne dont l’ombre a traversé toutes les législatures depuis 1992. C’est, côté MRE, l’un des testes les plus sérieux que le gouvernement actuel doit passer avec succès. Il en va de sa crédibilité.


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