Lemag.ma : Portail d’information dédié au Maroc et au Maghreb
Facebook
Twitter
App Store
Newsletter
Mobile
Rss
Rachida Dati : Le Roi Mohammed VI écrit une nouvelle page de l'histoire du continent en... | via @lemagMaroc https://t.co/gFJFDynMFj



par Ben Mollov - publié le Vendredi 22 Mai à 06:00

La religion fait partie de la solution au Proche-Orient

None






Jérusalem - On ne peut éviter d'évoquer la religion dans le conflit israélo-arabe. Elle fait partie du conflit et ce, depuis le début. Mais dans le discours public, les racines culturelles et religieuses plus profondes du conflit sont en général occultées.

Le conflit israélo-arabe est une fonction liée à une reprise en parallèle, à la fois par les juifs et les Arabes, d'une ''ère héroïque'' antérieure qui est devenue la clé de voûte de la narration historique de chacune des parties. Les deux versions sont imprégnées d'une signification religieuse et culturelle et doivent donc faire partie intégrante de tout processus de résolution du conflit.

Le mouvement sioniste a proposé la solution selon laquelle le peuple juif devait se renouveler selon le modèle de la civilisation juive au temps de la Bible dans son ancien pays d'origine. Bien que beaucoup des premiers sionistes aient rejeté les pratiques juives traditionnelles qu'ils assimilaient à de la passivité, ils étaient imprégnés de l'esprit de la Bible, qui était à la base du désir qu'ils nourrissaient pour la terre d'Israël et aussi de la résurgence de l'hébreu. Un tout nouvel esprit culturel était créé, celui d'un nouveau juif animé de fierté qui pourrait cultiver la terre et, si nécessaire, la défendre comme à l'époque de la Bible tout en développant une société progressiste basée sur l'héritage des prophètes hébreux.

En parallèle, le réveil des Arabes, qui s'était aussi produit au XIXème siècle, cherchait à inspirer le peuple arabe avec le souvenir de l'empire islamique arabe afin de remplacer le sentiment prédominant du déclin de l'identité arabe et de l'assujettissement à des forces extérieures. La fierté accrue de la langue et de la littérature arabes ainsi que l'identification avec l'âge d'or arabe – qui était lié à l'essor de l'islam – constituaient les thèmes centraux. Le mouvement nationaliste arabe, qui était l'expression politique de ce processus plus profond, a entremêlé à la fois les thèmes religieux et nationalistes dans lesquels l'identité était influencée par l'héritage de l'islam, particulièrement au moment où il perçut le mouvement sioniste naissant.

Les deux mouvements ont commencé à s'entrechoquer au XXème siècle, alors que leurs visions et récits concernant la même terre devenaient plus pénétrants, du fait d'une puissante dynamique démographique et politique.

En 2009, ce même conflit de narrations – qui, je pense, est motivé par une identité religieuse – est encore à la base du conflit israélo-arabe. Un discours purement laïque ne peut pas traiter ces profondes racines. Pour que tout processus de résolution du conflit soit sérieux, il doit s'intéresser à ces récits contradictoires et les concilier, d'une manière ou d'une autre.

En effet, il est très urgent d'adopter cette approche car la communauté juive d'Israël est devenue plus importante et plus sûre d'elle et l'engagement musulman à travers le monde arabe est devenu plus fort ces dernières années.

J'ai commencé à oeuvrer au profit du dialogue israélo-palestinien dans les années 90 en faisant participer mes étudiants de Bar Ilan, une université juive religieuse, à des discussions avec des étudiants palestiniens de l'Université d'Hébron, une institution islamique. Pendant plus de cinq ans, les étudiants se sont régulièrement rencontrés et, ont trouvé, de façon passionnante, la religion comme base de terrain d'entente.

Ils ont découvert que la structure et les pratiques de l'Islam et du Judaïsme étaient très semblables. Le fait d'avoir trouvé de grandes ressemblances dans la pratique de la prière, des rituels du deuil, et même dans la bioéthique, par exemple, a aidé à ''humaniser'' chaque partie aux yeux de l'autre.

Les étudiants ont alors eu l'occasion d'aborder plus de problèmes politiques potentiellement explosifs mais dans un environnement plus calme, plus sérieux.

Bien qu'intéressantes, ces similitudes ne constituent qu'une première étape vers un processus plus profond. La deuxième étape, favorisée par la première, exige que soit identifiée la base religieuse et culturelle de l'attachement de chaque partie à la même terre. Cette démarche peut aboutir à une aggravation du conflit, mais elle peut aussi ouvrir la voie à la prise de conscience du fait que les deux parties devront s'adapter à l'existence de l'autre.

Cela peut arriver même si, dans les ''périodes héroïques'' antérieures, l'autre partie n'existait pas. La civilisation juive sur la terre d'Israël au temps de la Bible existait avant la montée de l'Islam et, durant l'empire islamique, les juifs ne représentaient plus une force politique active et indépendante dans la région.

Il y a également une troisième étape dans le processus, laquelle suppose les espoirs les plus élevés, les plus transcendants au sein des religions, comme la lutte pour la dignité humaine, la vertu et la paix. Une discussion à ce niveau plus élevé peut encourager les Israéliens et les Palestiniens non pas à renoncer à leurs récits respectifs et à leurs aspirations mais à voir la construction de la Terre Sainte comme un thème stimulant et commun qui peut être poursuivi en coopération.

Ainsi, une stratégie basée sur la religion fonctionne sur plusieurs niveaux. Elle peut encourager les Israéliens et les Palestiniens à identifier leurs similitudes culturelles, lesquelles peuvent, à leur tour, améliorer les perceptions mutuelles. Cela pourrait ouvrir la voie à une exploration plus profonde de leurs attaches à la même terre.

Finalement, les valeurs transcendantes de la religion peuvent motiver la vision d'une vie qui en vaut la peine en Terre Sainte et servir de fondation à un processus politique. Une telle approche peut atteindre des niveaux que la gestion des conflits purement laïque ne pourrait atteindre. Elle doit donc être sérieusement prise en compte par les responsables politiques engagés dans le processus de paix.

* Dr. Ben Mollov enseigne la science politique et la gestion des conflits à l'université Bar-Ilan en Israël où il dirige le projet pour l'Etude de la religion, de la culture et de la paix. Article écrit pour le Service de Presse de Common Ground (CGNews).

###

Source: Service de Presse de Common Ground (CGnews), 22 mai 2009, www.commongroundnews.org.

Reproduction autorisée.

Source : http://www.commongroundnews.org/article.php?id=255...


               Partager Partager