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Adnan Benabdallah - publié le Samedi 16 Mars à 13:46

La politique sénégalaise du Maroc : Un bilatéralisme multidimensionnel






La politique sénégalaise du Maroc : Un bilatéralisme multidimensionnel
Sans conteste, le Sénégal semble être le pays de l’Afrique sub-saharienne ayant le plus d’affinités politiques avec le Maroc. La relation exceptionnelle qu’entretiennent les deux pays date de plusieurs siècles et se manifeste à plusieurs niveaux, religieux, idéologique, mais aussi politique et économique. Les dirigeants des deux Etats ont continuellement affiché une entente exemplaire et la diaspora des deux pays est omniprésente de part et d’autre. C’est ainsi que le royaume a toujours accordé une importance capitale à ses rapports avec le « pays de la Terranga », et plusieurs gestes symboliques confirment ce postulat. Dès 1964, soit au lendemain de l’indépendance du Sénégal, les deux pays vont conclure une Convention d’établissement accordant un traitement préférentiel réciproque à leurs entreprises respectives. C’était là le point de départ d’un partenariat économique solide qui s’inscrira sur le long terme. Depuis cette date, des dizaines d’accords, portant sur les différents secteurs d’activité, ont été signés.

Cette relation stratégique historique sera préservée et renforcée par le roi Mohammed VI qui a vu dans le Sénégal un partenaire incontournable. Ainsi, ce pays fut le premier de l’Afrique sub-saharienne à être visité par le souverain marocain. De même, qu’il est l’Etat le plus visité par Sa Majesté le roi depuis son accession au Trône en 1999. Le quotidien sénégalais Le Soleil évoquait à la veille de la visite du monarque marocain à Dakar, au mois de mai 2001, que « Très tôt la République du Sénégal et le royaume chérifien ont construit ensemble, dans une parfaite symbiose, une alliance bilatérale rarement égalée dans la coopération Sud-Sud ». En effet, l’on peut aujourd’hui parler d’une politique sénégalaise du Maroc à l’instar de sa politique africaine, étant donné que le Sénégal occupe une place de choix dans l’agenda diplomatique national. A l’occasion de la tournée africaine de Sa Majesté le roi, qui a débuté le vendredi 15 mars 2013, et dont le Sénégal constitue la première station, le même quotidien spécifie dans un article titré, « Mohammed VI à Dakar aujourd’hui : Sénégal-Maroc, des relations séculaires », que « Le Roi du Maroc, Mohammed VI qui sera accueilli aujourd’hui par le chef de l’Etat, Macky Sall, est un grand ami du Sénégal. Il a eu à séjourner plusieurs fois au Sénégal au moment où les présidents Senghor, Diouf et Wade étaient au pouvoir. Son dernier séjour à Dakar remonte à la fin de l’année 2006. Les Sénégalais se sentent chez eux au Maroc et vice-versa. Ces deux peuples comptent une forte communauté dans les deux pays ». La coopération sud-sud s’impose donc comme une priorité de la politique étrangère marocaine, qui la place au-dessus de toutes les vicissitudes de nature géopolitique qui peuvent polluer les relations entre les différents Etats africains. On en veut pour preuve le message de paix et de fraternité adressé par le chef de l’Etat marocain à son homologue mauritanien, alors que le premier survolait la Mauritanie en direction du Sénégal. Dans cette perspective, le Maroc a fait le choix de continuer à développer les relations maroco-mauritaniennes, qui connaissent depuis les années 1970 une évolution significative. Le message royal constitue de ce fait un acte témoignant de la bonne foi marocaine et de l’importance accordée par le Maroc, à la coopération internationale et à l’intégration régionale. Le souverain chérifien déclarait en ce sens, dans une allocution donnée au cours du dîner officiel offert par le chef de l’Etat sénégalais, Macky Sall, le 15 mars 2013, que le Maroc privilégie clairement la « (…) coopération Sud-Sud solidaire et mutuellement bénéfique, pour la réalisation d’un développement humain durable, source de préservation de la dignité de nos populations africaines et contribution active à leur épanouissement dans la paix et la sécurité ».

Certainement, le Sénégal accorde, pour sa part, un intérêt particulier à ses relations avec le royaume. Il a toujours affiché un soutien incontournable au Maroc dans sa quête pour le recouvrement de son intégrité territoriale et suite au retrait de Rabat de l’Organisation de l’Unité Africaine, en 1984, après l’adhésion controversée de la supposée « République Arabe Sahraouie Démocratique » (RASD), Dakar a continué à défendre les intérêts marocains dans l’enceinte de l’instance panafricaine, et n’a ménagé aucun effort pour contrer les visées hostiles des ennemis de l’intégrité territoriale marocaine. Depuis, le Sénégal continue de réitérer ses appels en faveur du retour du Maroc à l’Union Africaine, puisque conscient du rôle historique joué par Rabat dans la création de cette instance, ainsi que de ses efforts en faveur de l’émancipation des peuples d’Afrique et au profit du développement socio-économique du continent africain.

De plus, sur un tout autre registre, les questions se rapportant à la situation dans la bande sahélo-saharienne sont au cœur des préoccupations africaines et les relations interétatiques en Afrique, qu’elles soient bilatérales ou plus étendues, envisagent le volet sécuritaire comme une réelle priorité. Les relations maroco-sénégalaises ne sont d’ailleurs pas en reste. Le ministre sénégalais des Affaires étrangères a en effet déclaré, au cours du dîner précité, que « Aucune solution durable et définitive pour la crise dans la région sahélo-saharienne ne peut être envisagée sans l’implication et la contribution du Maroc ». Le responsable sénégalais a ainsi mis en exergue la « (…) contribution précieuse [du Maroc] dans le combat commun que [mène l’Afrique] pour sécuriser la région sahélo-saharienne et la sous-région ouest-africaine ». Le souverain marocain a quant à lui souligné la « (…) large convergence de vues [entre le Maroc et le Sénégal] sur les principales questions internationales et africaines et en particulier, sur les défis et les risques croissants dans notre espace stratégique commun ouvert sur l’Atlantique et voisin du Sahel ». De même que le roi du Maroc a invité le partenaire sénégalais à prôner à ses côtés « (…) une stratégie de réponse globale dans toute la région, à la fois à ses multiples menaces sécuritaires et aux exigences de son développement durable ».

Soulignons enfin que le chapitre économique est omniprésent dans les relations entre les deux pays. Lors de ses différentes visites effectuées au Sénégal, le roi était toujours accompagné d’une importante délégation constituée d’acteurs économiques et d’hommes d’affaires. L’idée sera de capitaliser les réalisations et d’explorer de nouvelles perspectives de coopération bilatérale étant donné que les entreprises marocaines sont très actives sur le continent africain et que le marché sénégalais offre des opportunités inouïes dans ce sens.

Adnan Benabdallah
Analyste au Centre d’Etudes Internationales



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