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Jaafar Hanafi - publié le Mercredi 29 Juillet à 18:19

La petite histoire de 9 consultations architecturales inédites (9)






En écrivant cette petite histoire, cela me rappelle les émissions de téléréalité, ou le suspense m’accompagne et me pousse à user de toute mon intelligence pour savoir juste se qui va se passer demain. J’avoue que je n’arrive pas à prévoir. En finassant un texte je pense au prochain, un exercice qui pousse mes neurones à récapituler, à mettre un peu d’ordre dans cette histoire, difficilement parce qu’elle est racontée en temps réel. C’est la première fois que cela m’arrive. Il m’est arrivé d’écrire des histoires et les publier dans la presse, mais avec du recul et en prenant le temps de les corriger. Dans cette histoire beaucoup d’erreurs, je me rends compte en la lisant sur mon téléphone portable le texte après sa publication. Toutes mes excuses.
Je sens mes neurones manifester une petite colère et enclencher une petite discussion :

- « Je regrette plus que jamais d’avoir élu domicile fixe le crane d’un architecte. Si au moins je pouvais changer d’adresse. Quelle stupidité ! »
- « En plus à chaque fois surgit une petite histoire de la petite histoire. A ce rythme on ne va jamais finir. En plus, c’est la période des congés, en plus et en plus… »
- « Si au moins il passe à autre chose, oubliant pour une fois ces maudites consultations, le maitre de l’ouvrage et son jury, le tribunal administratif et tout ce qui s’en suit… »

J’ai compris le message, je change de cap et je continue. En arrivant au bureau ce matin, des drapeaux qui au rythme du vent, se livrent agréablement à une petite danse comme pour déployer une joie inégalée. C’est la fête du trône. Une fête qui ponctue notre histoire, comme pour rappeler que ce grand pays à son identité, ses traditions et une grande histoire.

Un petit recul. Je me rappelle comme si s’était hier, tout jeune encore et poursuivant mes études dans un lycée à Tétouan. J’étais à l’internat parce que mes parents habitaient à Asilah. Tous les lycées du Maroc ou presque étaient en grève. Une grève qui finira par une année blanche comme neige. Les réunions se succédaient au réfectoire de l’internant. Les responsables voulaient savoir nos revendications. A chaque fois un élève s’agenouille pour ne pas être vu par les responsables et revendique… La grève poursuit son petit bonhomme de chemin et prépare désormais une grande manifestation. Le jour J arrive et je suis aux anges. Je vais pour la première fois participer à une manifestation. Ma petite tête raisonnait à gauche. Très à gauche même, prête à recevoir tout ce qui venait de L’URSS et qui transitant par l’Algérie, un pays qui scandait à cor et à cri la liberté, le socialisme, l’indépendance des peuples, les droits de l’homme… J’avoue que j’ai mis beaucoup de temps pour comprendre ce grand mensonge. Merci Gorbatchev.

La manifestation est prévue à 14H. Je m’habille d’un treillis, juste le dessus, comme Fidel Castro, lui aussi faisait partie de ces héros qui nous fascinait, encore un grand mensonge. On était tout simplement à la merci des mensonges. Une très grande leçon à ceux qui partent en Syrie, endoctrinés eux aussi par le mensonge.

A 14H, les pancartes se hissent comme elles peuvent, les cordes vocales se déploient comme elles peuvent, le point de départ est la belle place Al Feddan, qui commence par déverser des foules sur le Boulevard Mohammed V. C’est surement l’une des plus grandes manifestations qu’a connu la ville de Tétouan si ce n’est la plus grande. Je n’e suis ni dirigeant ni meneur, mais je porte le treillis militaire qui me donnet aisément le droit d’être en tête comme un grand leader.

La manifestation avance dans le calme. Elle a déjà parcouru une bonne partie du Boulevard, quand les forces de l’ordre sortent soudainement d’une voie perpendiculaire, tous vêtus en extraterrestre, avec un calme sans pareil comme pour nous rassurer. Au devant, un commissaire, vêtu lui en costume, nous fait signe de main d’avancer. Je crois tout simplement qu’il veut qu’on s’approche pour nous saluer et nous féliciter de ce grand événement dont nous sommes tous des héros.

On avance et on avance et Boom. Une bombe lacrymogène. Je l’ai su plus tard parce que je ne connaissais pas. Ceux qui sont devant se disloquent en deux groupes. Ceux qui veulent avancer et ceux qui veulent se retirer avant de retourner. Un troisième groupe a le mérite de départager et de trancher. Il commence par viser avec des pierres tout ce qui est cassable. Désormais les dés sont tirés et il ne nous reste que nos jambes pour se tailler. Je me trouve dans un petit groupe du même lycée. Moi natif à Tétouan je connais par cœur les petites ruelles et les petites artères pour éviter de se faire arrêter. Il faut traverser toute l’ancienne Medina et une bonne partie de la nouvelle ville. Je me suis mis en tête comme un champion et je tirais le peloton avec une allure de coureur de haut niveau. Aouita avec nous n’aurait vu que du vent. Al Guerrouj aussi.

Aux abords du lycée on cherche une planque. Chacun de nous scrute le moindre mouvement d’un policier ou de quelque chose qui ressemble. Une scène digne des grands films d’actions avec Clint Eastwood à l’affiche. D’autres groupes arrivent. Aucun policier n’est en vue et tout le monde rejoint le lycée dans le calme. Les forces de l’ordre s’étaient tous concentrées dans un autre lycée ou il y a eu beaucoup d’arrestations.

Quelques jours plus tard tout le monde est acheminé, dans des autocars mis à notre disposition, à sa ville de résidence avec un petit passage obligé au commissariat.
Rebelote. Une autre manifestation se prépare. Cette fois il faudra s’infiltrer dans le défilé organisé à l’occasion de la fête du trône. Toujours dans la ville de Tétouan. Je n’y étais pas. Mon père ne m’a pas laissé. Il avait toutes les raisons du monde. La manifestation a très mal tourné.

C’était la fête du trône il y a de cela quelques décennies. Aujourd’hui et avec du recul, on se rend compte que l’histoire nous a épargné tous ces «Printemps», en quête d’une quelconque démocratie, qui se sont mus en un vide absolu. Ils sombrent désormais dans ce vide. Malheureusement. D’autres attendent leurs tours. Malheureusement. On avait la tête non pas sur les épaules mais quelque part dans ces pays qui s’évertuaient à nous jouer un mauvais tour.

La démocratie c’est une pratique et non un slogan. Mon pays l’a compris.

J’entends mes neurones chuchoter :
- « Enfin une petite trêve. Avec cette petite histoire, j’ai complètement oublié ces 9 maudites consultations architecturales. Du moins jusqu’à nouvel ordre ».
- « En plus, même si c’est au lecteur d’apprécier ou non, c’est une belle histoire. Vive le Maroc. Vive Notre Roi »
 



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