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Jaafar Hanafi - publié le Mardi 28 Juillet à 21:28

La petite histoire de 9 consultations architecturales inédites (8)






Mr le président du conseil national de l’ordre des architectes.

J’aurai du écrire cette lettre au président du conseil régional de l’ordre des architectes. Sauf que faisant partie des architectes de la région de Gharb, et que ma petite histoire se déroule dans une autre région, vous êtes le seul habilité à prendre de plein droit une place dans cette histoire. Un grand privilège pour vous. Mes excuses pour notre président du conseil régional.

Mr Le président,

Je ne peux m’empêcher de vous écrire avec un style qui a caractérisé toute ma petite histoire, avec une touche d’humour qui m’est habituelle, sauf que cette fois ci sur fond d’une petite colère, vous comprendrez.
Dès que j’ai posé mes doigts sur le clavier, un petit mot vient enquiquiner mes méninges je ne sais pourquoi : insolence. Avant toute utilisation de ce mot, je me suis fié comme à l’accoutumée au dictionnaire Larousse. En usant de cette formule qui a fait le bonheur de toute la planète copier-coller et cela donne : Manque de respect ayant un caractère d’insulte. Le mot pourra être utilisé sans le moindre risque.

Mr Le président,

Une grande farce vient de passer sous votre nez, sans s’percevoir. Je vous ai envoyé le dossier, essayant de mettre la puce à votre oreille, elle est revenue bredouille. Jusqu’à ce jour, aucune réponse, aucun geste comme si vous n’existez pas, ou plutôt c’est moi qui n’existe pas. Je me mue dans la peau d’un petit enfant et je raisonne. Il m’a été permis de savoir que vous existez bel et bien. Un article paru dernièrement dans la presse écrite, fait état d’une grogne de certains membres du bureau du conseil à votre encontre. Cela prouve bien que vous existez, sinon il n’aurait jamais manifesté leur colère contre rien du tout. Dans ce cas c’est moi qui n’existe pas. Du moins pour vous. C’est exactement la définition de l’insolence. Ne pas me répondre c’est de l’irrespect, ignorer mon existence c’est une insulte. C’est le dictionnaire Larousse qui le dit.
Alors pourquoi êtes-vous président ? Si les architectes que vous présidez n’existent pas ?
Je me rappelle de tous ces SMS, MMS, Email et je ne sais quoi encore, qui nous tabassaient à longueurs de journées et de nuits, vantant des slogans pour éradiquer tous ces problèmes qui ternissent la profession, juste pour être membre du bureau du conseil national.
Sitôt le conseil élu, se sont des batailles rangées qui se déploient pour l’élection du président, du vice président… avec un passage au tribunal administratif, comme moi d’ailleurs, sauf que pour être président.
Vous voilà président et les architectes ne cessent de manifester leurs colères quant aux consultations architecturales, ceux de l’oriental qui protestent comme le rapporte un quotidien de la presse écrite sous le titre : Oujda : Le cri des architectes, ceux de Meknès Tafilalt qui se cabrent, comme le rapporte un autre quotidien sous le titre : « Une légalisation de gré à gré dans les marchés publics », et ainsi de suite… Sans oublier les consultations qui avortent avant même l’ouverture des plis, suite à des contestations…
Alors pourquoi êtes-vous président ? Si les architectes que vous présidez n’existent pas ?
Et puis, il y a ma petite histoire, celle qui met en exergue le top des irrégularités, celle que de précipiter, et en précipitant on bafoue, et en bafouant on transgresse, Dieu seul sait comment, les membres du jury le savent. Et dans tout ce carnage vous êtes absent Mr le Président, sauf si vous œuvrez pour notre bien et le bien de notre profession, dans la clandestinité!

Mr Le président,

Du haut de votre perchoir, vous ne pouvez aucunement voir se qui se passe tout bas : beaucoup d’architectes font tout pour arrondir la fin du mois et subvenir aux besoins élémentaires de la vie, beaucoup d’architectes avaient grand espoir dans le nouveau décret et pourtant, je vous laisse Mr Le Président terminer la phrase…

Mr Le président,

Notre grand pays est entrain de changer, dans une conjoncture difficile, tout en se portant bien et en se maintenant debout. Encore faudra-il saisir cela et œuvrer dans ce sens, tout simplement parce qu’on n’a pas le droit à l’erreur surtout quand on occupe un poste de responsabilité qui doit porter en lui la semence d’un militantisme inégalé, pour le bien de ce grand pays.
Permettez-moi de vous citer un grand exemple, qui fait la grandeur de ce pays : Sa Majesté Le Roi, qui descend de sa voiture, qui va vers les foules pour les saluer. Un grand exemple à qui veut apprendre.
Je ne vous ai jamais demandé de descendre de votre perchoir et venir me voir, sauf que vous aurait du charger quelqu’un, ou charger quelqu’un de charger quelqu’un, ou…, juste pour me téléphoner, ou m’écrire une petite lettre, ou…, me demandant des éclaircissements, l’état d’avancement de cette affaire… Vous savez très bien que c’est la première fois que les consultations architecturales franchissent le seuil d’un tribunal. Vous savez très bien que cette affaire est inédite, par sa nature et sa spécificité. Encore une fois je vais tenter d’expliquer. Ce sont 9 consultations avec un total de 51 dossiers, entre l’ouverture des plis et l’achèvement des travaux du jury : 5 jours, soit 8x5=40 heures (horaires administratifs). 9 heures ont été réservés pour l’ouverture des plis et la vérification des dossiers administratifs, puisque pour chaque consultation il a été prévu une heure exacte pour l’ouverture des plis (voir les avis d’appel d’offres), avec à chaque l’ouverture des plis pour la prochaine consultation une heure plus tard. 40-9=31 heures.
Je continue en estimant le temps réservé pour les séances publiques concernant les offres financières, les séances à huit clos pour appliquer une formule de pondération à chacune des offres, pour la vérification des estimations sommaires, pour encore une fois appliquer une formule de pondération pour chacune des estimations sommaires, pour encore une fois appliquer la règle de trois pour avoir la note finale pour l’estimation sommaire, l’offre financière et la note de l’offre technique, faire la somme pour avoir la note globale, classer, vérifier et revérifier, rédiger les PV pour chacune des consultations, présenter les résultats au maitre de l’ouvrage pour chacune des consultations… Pour tout cela, je crois qu’il faudra 3 heures pour chacune des consultations, en supposant le plus logiquement du monde de petits moments de repos, de se nourrir, de prendre un petit café, de discuter un peu de la Syrie ect…
Je récapitule : 3x9=27 heures. 27+9= 36 heures. Les ôter de 40 il reste 9 heures. C’est le temps qui reste pour l’étude et l’évaluation de 51 offres techniques soit 9 heures/51 offres = 10mn. Je défie quiconque pouvant juste lire une plaquette de 30 pages format A3 sans comprendre à ce qu’on lit, juste regarder des figures dans la même plaquette sans comprendre ce qu’on regarde, regarder des figures dans un plan format A0 sans comprendre aussi, sans verifier les programmes, sans verifier les superficies, supposant que la personne est d’un autre métier qui ne comprend rien à ces histoires d’architecture et tout cela en 10 mn. N’est ce pas une grande farce Mr Le Président ?
J’imagine le maitre de l’ouvrage sortir de son silence se défendant comme il peut : « Permettez-moi de vous dire Mr l’architecte que notre administration est plus que performante. Mes fonctionnaires travaillent plus que huit heures par jour et ils sont félicités pour cela, je vous demande tout simplement de refaire votre calcul ».
Alors je refais mon calcul, pour cela, je ne me lasserai jamais. Entre 9 h du matin et minuit du cinquième jour : 102 heures.30 mn. Oter à cela 36 heures et cela donne 66 heures et 30 mn. Les diviser par 51 offres on trouve 78 mn. Soit 1 heure et 18 mn pour l’étude et l’évaluation de chaque offre. Cela parait raisonnable mais, discutable, quand il s’agit de choisir des projets pour notre pays. Sauf que dans ce cas, c’est un record mondial qui sera battu, de quoi faire rougir de honte les Chinois, les Japonais, les Américains et autres… Travailler d’arrache pieds pendant 5 jours sans dormir, sans se reposer, sans se nourrir, sans marcher un peu pour détendre les pieds comme font les prisonniers, sans appeler sa femme pour juste savoir se qui se passe dehors, sans…, sans… et sans…. N’est pas un record du monde ?

Mr Le président,

Y’a-il une farce plus farce que celle là dans l’histoire des consultations architecturales? Vous pouvez consulter les extraits de PV sur le portail des marchés publics et vous ne trouverez pas. Le maitre de l’ouvrage a présenté un exemple d’une autre consultation avec un autre temps record, sauf que je peux rassurer le maitre de l’ouvrage : « vous pouvez Mr Le Maitre de l’ouvrage dormir tranquillement, vous détenez désormais ce record, je doute qu’il soit un jour battu, même les chinois n’arriveront pas ».

Y’a-il une farce plus farce que celle là dans l’histoire des consultations architecturales? Si oui dites le moi sinon pourquoi êtes vous président ? Permettez-moi de vous rappeler que conformément à l’article N° 35 de la loi régissant l’ordre des architectes et parmi vos attributions (le conseil national que vous représentez) je cite :
1. Il examine les problèmes qui se rapportent à la profession,
2. Il défend les intérêts moraux et matériels de la profession d’architecte et de ses membres, notamment devant les juridictions compétentes.

Mr Le président,

Je vous écris sans attendre de vous une réponse. Le train est déjà parti. L’affaire est désormais entre les mains de la justice. Une audience est prévu le 06/08/2015. Soyez tranquille mon avocat y sera. Surement moi aussi. Je continuerai par défendre cet intérêt moral de notre profession à votre place, cherchant juste un jugement de principe. Sauf que vous devriez me rembourser tous les frais, vous ou le conseil national je ne sais qui, en vous demandant d’avance de m’épargner encore une fois de franchir le seuil d’un tribunal, d’écrire une autre histoire, de rédiger, rédiger et rédiger…
Quant à notre grand pays il continuera sereinement sa marche glorieuse vers la consolidation d’un état de droit, la transparence, l’égalité des chances…, sans cette petite histoire ou avec, sans moi ou avec, sans vous ou avec. Notre pays a choisit cette voie et ce choix est irréversible. Notre Grand Roi en est le garant.

Veillez agréer Mr Le Président mes sentiments distingués.

A suivre…

Jaafar Hanafi
(Architecte)


 



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