Lemag.ma : Portail d’information dédié au Maroc et au Maghreb
Facebook
Twitter
App Store
Newsletter
Mobile
Rss
Une veille informationnelle sur le festival international du film de Marrakech App #eMarrakech #FIFM2016... https://t.co/34xwOAAqjU



Jaafar Hanafi - publié le Mercredi 22 Juillet à 16:40

La petite histoire de 9 consultations architecturales inédites (6)






L’attente. Une audience est prévue le 16/08/2015. Pendant ce temps, le maitre de l’ouvrage doit faire son possible pour accélérer les procédures et comme ça tout le monde sera devant le fait accompli. Difficile dans ce cas de faire marche arrière. Surtout s’il est prévu la pose de la première pierre durant cet été. Des projets seront ainsi lancés au nom de l’intérêt général. Un intérêt général qui mettra tout bas l’état de droit. Il a déjà été fait allusion à l’intérêt général par l’avocat de mon adversaire donnant ainsi du fil à retordre pour les juristes. L’intérêt général ou l’état de droit? Mon pays ne cesse de gagner des points sur l’échiquier international avec la consolidation de l’état de droit. Un revirement dangereux. Celui que de bafouer les textes, les procédures et scander par la suite l’intérêt général. Chose gravissime. Ou va notre pays ?

Le maitre de l’ouvrage ne doit lui aucunement se poser cette question qui remet en question le vrai intérêt de notre pays, puisant sa force dans le silence funeste observé dans cette affaire par tous ceux à qui j’ai envoyé les copies de l’ensemble de mes lettres. Je suis seul avec mon avocat, et les lecteurs de cette petite histoire qui doivent rager en se demandant tout d’abord le rôle dans cette affaire de l’instance qui représente les architectes au niveau national.

Petit retour en arrière. Une petite histoire dans la petite histoire. Il y en a beaucoup d’autres. A chaque phase du déroulement de cette affaire une petite histoire surgit mettant en exergue un aspect à donner le vertige au commun des vivants. Chaque petite histoire sera contée en son temps et à cette cadence, la petite histoire des 9 consultations architecturales inédites commence déjà par prendre l’allure d’un ouvrage. Encore faudra-il restructurer le texte, le corriger, le consolider et par-dessus tout être à la hauteur d’un ouvrage.

L’un des aspects qui soulève moult questions sur la pratique de notre profession est ce silence de l’instance qui nous représente au niveau national. L’ensemble de mes lettres, ont été envoyé à cette instance. Un document de 11 pages a été lui aussi adressé à cette instance, évoquant les irrégularités qui ont entaché ces consultations. L’espoir était grandissant quant à une quelconque intervention auprès des administrations concernées. Cela m’aurait épargné d’écrire cette histoire et de m’adresser au tribunal administratif. Sauf que le conseil a observé un silence inexpliqué et impardonnable. Parmi les attributions de nos représentants conformément à l’article N° 35 de la loi régissant l’ordre des architectes, je cite :
1. Il examine les problèmes qui se rapportent à la profession,
2. Il défend les intérêts moraux et matériels de la profession d’architecte et de ses membres, notamment devant les juridictions compétentes.
Jusqu’à ce jour, la question concernant ce silence demeure posé, donnant libre cours à toute interprétation possible.

Je me permets aisément de penser que cette situation arrange. Celle que de maintenir une ambigüité favorisant ceux qui puisent dans cet amalgame pour quelque intérêt.

Ma cervelle se dote du droit d’interpréter à sa guise et en toute liberté. Nos représentants ont voulu ainsi. Je continue. Un confrère suppose que le conseil veut garder de bonnes relations avec les administrations. Sauf que dans ce cas, ce silence peut être préjudiciable à ces mêmes administrations et à notre pays. Garder de bonnes relations avec les administrations c’est agir positivement avec elles. Les architectes sont les seuls à saisir les problèmes qui affectent notre profession à leur juste valeur et agir positivement pour redresser. Cela ne peut être que d’un secours providentiel pour nos administrations et notre pays. Encore faudra-il que le que nos représentants saisissent leur vrai rôle à jouer et pour lequel ils ont été élu. Encore faudra-il que nos représentants saisissent leur vrai rôle à jouer quant à la consolidation d’un état de droit.

Je ne peux m’empêcher de s’apprêter à ce petit jeu, celui que d’interpréter ce silence. Alors je continue. Le président du haut de son perchoir, se démet de regarder ce qui se passe ci bas, cela donne des vertiges. Dans ce cas il faut escalader et être à la hauteur du président pour être écouté. Mon dossier malheureusement n’est aucunement à cette hauteur. Même si ces 9 consultations architecturales constitueraient un record inédit, quant au temps réservé à l’étude et l’évaluation des dossiers.

Je ne peux m’empêcher de s’apprêter à ce petit jeu, celui que d’interpréter ce silence. Sauf qu’à ce niveau j’arrête. Aller plus loin n’est pas de mon ressort. Mais la question demeure posée.
Il va sans dire que le silence vaut vide absolu. Quelque ONG, ou autre, peut instrumentaliser ce vide à sa guise tout simplement parce que nous sommes absents. Une instrumentalisation qui peut ternir l’image de mon pays. Beaucoup attendent pareille occasion, parce que nous avons le talent que de la leur présenter sur un plateau en or. Je ne le permettrai jamais ceci par amour à mon pays. Alors je continue seul.

Je repose la même question à ceux qui nous représentent au niveau national: 9 consultations architecturales, 51 dossiers, entre l’ouverture des plis et la validation des résultats : 5 jours et pour chaque consultation, l’ouverture des plis aujourd’hui et les résultats le jour d’après. Est-ce possible?

Pour vous épargner les maux de tête en essayant de comprendre (je m’adresse à nos représentants), je me permets d’esquisser une petite simulation, vous verrez plus clair. Un petit rappel. Pour les plis du 8 Avril et qui concernent 3 consultations avec 17 dossiers : les extraits de PV avec les résultats sont signés le 9 Avril. Pour les plis du 9 Avril et qui concernent 2 consultations avec 9 dossiers, les résultats sont signés le 10 Avril. 26 dossiers bouclés en trois jours. Il faut ajouter à ceux là 25 dossiers traités entre le 14 et le 15 Avril. Au total 51 dossiers en 5 jours.
Le 14 Avril, 4 séances publiques sont prévues pour 4 consultations, à 9h, 10h, 11h et à midi. Je me mets dans la peau d’un chinois pour croire dur comme fer que la première séance commence à 9h. J’ai assisté à beaucoup d’ouvertures de plis, cela n’a jamais été le cas. Si c’est ainsi, les séances publiques finissent à 13h, puisque une heure est réservée pour chaque séance, conformément au programme établit par le maitre de l’ouvrage. Première bizarrerie, le président de la commission doit annoncer à haute voix le jour et l’heure de la séance publique pour l’ouverture des plis relatifs aux offres financières (les honoraire). Dans ce cas précis, le président ne doit annoncer l’ouverture des plis que le jour même ou le lendemain, puisque la date d’achèvement des travaux de la dite commission a été le 15, comme le montre l’extrait de PV publié sur le portail des marchés publics. Un grand bravo au président de la commission, il s’avait d’avance que l’étude et l’évaluation de 25 dossiers et tout ce qui suit se fera en quelques heures.

A ce niveau, et hormis cette bizarrerie, tout marche comme sur des roulettes. Il est 13h, et comme le temps n’est pas à la rigolade la commission fait fi du repos, du café, de l’alimentation, de…et se réunit à huit clos pour étudier les offres techniques. Soit une plaquette format A3 (la taille d’une double page), un plan format A0, et un CD. Le seul membre habileté à étudier et évaluer les offres techniques est l’architecte. Dans la commission et comme il est il est stipulé dans le décret il y a minimum un architecte. Je pars de cette hypothèse, espérant ajuster le tir! L’architecte doit étudier 6 offres techniques pour la seule première consultation.

Il commence ou il finit (peu importe l’ordre) par les estimations sommaires. Il doit vérifier le calcul de chacune des estimations sommaires. Il les classe et doit applique une formule de pondération pour chacune des estimations. Un calcul qui se fait par rapport à l’estimation la plus basse.

Il doit verifier par la suite le programme et les superficies. Il étudie les plans pour verifier le programme et pour verifier les superficies il doit ouvrir le CD. Je suppose que le CD a été demandé dans le règlement de consultations pour cet effet. Sinon le maitre de l’ouvrage nous aurait épargné de dépenser 5 Dh pour l’achat du CD. Pour cette vérification il faut ouvrir le plan (sur le papier et sur l’écran), calculer les superficies sur l’écran (une par une) et les comparer avec celles mentionnées sur le papier. Il procède par la suite à la notation qui est toute simple. 10 points pour le respect des superficies et des programmes, 5 points pour le respect de l’un des deux et 0 point pour le non respect des deux. On ne peut plus simple. Si l’architecte donne 6, 7 ou 8 par exemple c’est qu’il y a tricherie, c'est-à-dire qu’on ne respecte pas le règlement de consultation, on favorise ainsi un concurrent ou un autre. Il m’a été permis de voir le tableau de notation qui a été mis à la disposition de mon avocat mais je ne me rappelle plus des notes. Je vous demande pardon!

Ce n’est qu’à ce stade qu’on doit passer au plus sérieux. C’est à dire étudier pour de bon les propositions. Je ne connais pas la taille des dossiers présentés par les autres concurrents, sauf que dans ma proposition (présenté avec mes confrères) la plaquette format A3 fait 30 pages, soit 60 pages format normal (A4). Le dossier doit être lu, analysé, décortiqué, par respect à notre profession, à notre pays et au jour ou la première pierre sera posée pour le lancement des projets.

L’architecte devra refaire le même travail pour 5 autres dossiers et ce pour juste la première consultation. Trois autres consultations attendent, avec 19 autres dossiers. Faites le compte. Moi j’ai déjà le vertige et je me demande ce qu’il en est pour le pauvre architecte qui avait 25 dossiers sur la planche.
La commission doit se réunir à nouveau pour l’ouverture des offres financières en séance publique et juste après à huit clos pour appliquer encore une fois une formule de pondération à chacune des offres.

Le travail n’est toujours pas achevé. A ce stade, chaque concurrent dispose de 3 notes. La première concerne l’offre technique, la deuxième l’estimation sommaire et la troisième l’offre financière. La première note fait 70% de la note globale, la deuxième 20% et la troisième 10%. Encore une fois il faut faire un calcul pour chacune des notes avec la règle de trois comme meilleur raccourci. Trois petits calculs pour chacun des 25 dossiers. Ce n’est qu’à ce stade qu’il faut procéder au classement des dossiers.

Et ce n’est toujours pas fini. Il faut écrire les PV.
Et ce n’est toujours pas fini. Il faut présenter les dossiers au maitre de l’ouvrage.

Je pioche dans mes souvenirs. Je me rappelle des ouvertures de plis quant j’étais fonctionnaire dans une administration publique, similaire à celle qui m’a poussé à rédiger cette petite histoire, qui chemin faisant s’agrandit à mon insu. Je cite un petit exemple. Il s’agissait d’un marché concernant l’élaboration des plans d’aménagement. Il y avait 4 candidats. On a travaillé d’arrache pieds pendant dix jours pour départager les candidats. Il fallait par la suite plus de deux heures pour présenter les résultats au maitre de l’ouvrage, lui expliquer notre démarche, justifier les critères d’évaluation, nous justifier nous même et au terme de cette présentation, le maitre de l’ouvrage nous demande tout simplement de laisser les dossiers sur son bureau avant de nous appeler. Les résultats ont été validés trois jours plus tard.

Pour nos représentants, s’ils veulent plus d’éclaircissements, je suis à leur disposition. Jusqu’à maintenant, aucun signe de vie, même si j’ai la certitude qu’ils sont vivants. Un confrère me l’a dit.

Juste pour finir. Il y a quelques jours, un ministre a vivement invité les ingénieurs, les architectes… à intégrer les partis politiques, à s’immiscer dans la chose publique, à participer au développement de notre pays… Si j’étais président de l’instance qui représente les architectes, j’aurai tout simplement répondu comme suit : « Mr Le Ministre, je vous présente mes vives remerciements pour ce noble geste, sauf que permettez moi de porter à votre connaissance que nous ne pouvant pas parce que tout simplement nous n’avons pas le temps… Nous n’avons même pas le temps de défendre nos intérêts, alors comment pouvons nous défendre les intérêts de tout un pays… J’implore Dieu que quelqu’un le fasse à notre place… J’ai entendu parler d’un architecte, égaré quelque part, défendre je me rappelle plus quoi ? S’il réussit, nous serons tous avec lui et scanderons victoire. S’il n’aboutit à rien, tant pis pour lui, il l’aura cherché… Veuillez agréer Mr Le Ministre mes consultations, pardon, mes salutations distingués ».

A suivre…

Jaafar Hanafi (Architecte)


 



               Partager Partager


Dans la même rubrique :
< >

Samedi 3 Décembre 2016 - 10:37 L’ETOILE D'OR ne sera jamais marocaine!?

Vendredi 2 Décembre 2016 - 16:17 Ousmane Sow : Le sculpteur qui vient des étoiles