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Jaafar Hanafi - publié le Lundi 6 Juillet à 01:53

La petite histoire de 9 consultations architecturales inédites (4)






Encore un voyage fait dans les mêmes conditions. Autour de 1000 Km parcourus entre 3 h 30 du matin et 16 h en une journée de Ramadan qui fait planer équitablement une température de plus de 35 ° sur la quasi-totalité des aires de repos. La géographie agrémente le scénario par des paysages lunaires qui semblent surgir d’un autre temps au voisinage de Guercif et Taourirt.

A Oujda, l’avocat a présenté des preuves au tribunal concernant ma deuxième plainte, qui consiste en la demande d’annulation des résultats. Pour la première plainte, le jugement sera prononcé le Jeudi 8 Juillet comme il a été fait savoir à mon avocat. Une petite trêve. Je prends un petit recul et je lis mon histoire qui commence à peine. Je m’arête sur cet événement inattendu qui a bouleversé mon histoire de fond en comble.

Le décès de ma petite sœur. Mon histoire se trouve désormais empaquetée dans une tristesse qui m’accompagne à chaque formulation d’une phrase, à chaque voyage et à chaque discussion sur ces neuf consultations inédites. Je ne m’évertue aucunement à chasser cette tristesse sinon se serait trahir mon amour pour elle. Alors je la laisse reposer paisiblement dans ma pensée et m’accompagner tout au long de ce périple.

Il y a aussi cette rencontre avec le grand professeur (gastro-entérologue) Ahmed Bellebah. Il s’est déplacé de Casablanca à Tanger pour s’enquérir de l’état de santé de ma petite sœur sur place. Un geste qui témoigne d’une grande amitié sincère, noble et sans failles qui nous accompagne depuis quelques décennies.

Je me permets de piocher dans le passé juste pour essayer de comprendre ce qui c’est passé entre hier et aujourd’hui, ou je me trouve dans un tribunal administratif face à un maitre d’ouvrage qui persévère à défendre l’indéfendable.

Je me rappelle comme hier du jour ou on a pris un autocar d’Asilah à Rabat pour s’inscrire à la faculté de médecine. Studieux et rigoureux qu’il est, mon ami Ahmed s’est adonné avec amour à ses études qu’il chérissait déjà, son talent d’aujourd’hui le prouve. Moi, j’étais partagé entre beaucoup de politique et un peu de ravi Shankar, Pink Floyd, Nas El Ghiwane et Jil Jilala entre autres. Mes études étaient presque laissées pour compte.

C’était une année mouvementé. L’année de la marche verte, de l’assassinat d’Omar Benjelloun, de la machine infernale qui s’est abattu sur Ila Al Amam… J’ai vu des amis du lycée écoper de 10, 15 ou 20 ans de prisons. J’étais membre du bureau d’Achabiba Alittihadia à Asilah, L’USFP était épargné mais constituait cette force qui lui valait méfiance avec respect. Les débats d’une qualité inouïe faisaient rage. La guerre froide planait sur les débats. Le modernisme n’était point à l’ordre du jouir. Les deux filles arrêtées récemment à Inézgane auraient passées inaperçues. Le Wahhabisme était encore chez lui, les paraboles encore en berne et ceux qui s’acharnent aujourd’hui à partir en Syrie n’étaient pas encore nés.

Une année plus tard, je me suis retrouvé dans une cellule de militants dans la ville de Toulouse. A l’intérieur du parti le débat faisait aussi rage : l’UFSFP doit-il ou non participer aux élections? Des réunions interminables ou chacun faisant état de ses convictions puisant dans l’histoire du Maroc, le matérialisme dialectique, l’impérialisme Américain… Des convictions fondées et jamais aléatoires…

Au dehors le débat faisait rage ou plus. L’UNEM était scindée en deux. L’UNEM et l’UNEM-CSP (comité de section provisoire). L’échiquier politique était dominé par l’USFP et le PPS d’un coté, Ila Al Amam et le 23 Mars de l’autre. Les débats n’épargnait ni notre école, ni les amphis encore plus les cafeterias. Qui avec une blonde dans la main, qui avec une brune, chacun scandait à gorge déployée ses convictions. Les débats étaient d’une qualité à faire rougir de honte les politiques actuels dans notre pays.

La révolution iranienne s’immisçait petit à petit dans les débats, pour s’accaparer les esprits les plus fragiles, avec des slogans qui faisaient presque l’unanimité à l’époque : Vaincre le grand Stan. Sitôt fabriquée dans le laboratoire de Neaufle le château, la révolution fut envoyée en colis recommandé avec accusé de réception à Téhéran. L’art de fabriquer des ennemis sur mesure. Les Américains n’ont pas échappé à la règle. Ils ont fabriqué Taliban, d’où sont sortis Al Qaeda et après Daech. Israël ont eu pour leur compte aussi…

A l’USFP on bataillait pour faire valoir nos convictions et toutes les occasions étaient bonnes. Je me rappelle comme hier des Dimanches pluvieux et glacials où on vendait le journal Al Mouharir à la place Saint Sernin. On ne laissait échapper aucune occasion pour ouvrir un débat, séduire avec nos idées, le rapport idéologique à l’appui. Faire adhérer des ouvriers, étudiants ou autres au parti était un impératif.

Au Maroc, les choses changeaient et il a fallu être dedans pour s’y apercevoir. J’ai atterri à Nador après mes études à la division d’urbanisme de la province. Le parti était méconnaissable. Hermétiquement fermé. Tous ceux qui faisaient la grandeur du parti en France ont sombré dans les oubliettes.

Je voyais les syndicalistes qui prenaient la tète des cortèges du premier Mai, défiler dans la division d’urbanisme la tète basse, pour éviter le regard des autres, demandant les faveurs d’une autorisation de construire, de lotir ou de blottir leurs convictions contre petits ou grands intérêts, et il allait de même pour les politiques.

Le parti était incarné par un seul homme. C’était lui l’USFP et l’USFP c’était lui. Buste corpulent, tête légèrement penchée vers l’arrière pour éviter de regarder les autres, l’homme avocat faisait le beau et le mauvais temps dans le parti. Il m’est arrivé de susciter une petite discussion sur le sort du parti à l’époque, l’homme était hermétiquement fermé. Heureusement. Le parti commençait déjà par s’approcher du haut de la falaise, aujourd’hui il est à quelques centimètres du ravin.

Aujourd’hui, le même homme se trouve à la barre assurant la défense de mon adversaire. Preuve est que la terre tourne autour du soleil et fais tourner avec les tètes autour des principes, des idéaux et des convictions. Je lui souhaite beaucoup de chance tout en lui posant cette petite question à laquelle le maitre de l’ouvrage n’a toujours pas répondu : 9 consultations architecturales, 51 dossiers, entre l’ouverture des plis et la validation des résultats : 5 jours et pour chaque consultation, l’ouverture des plis aujourd’hui et les résultats le jour d’après. Est-ce possible?

Moi je continue mon histoire avec ma petite sœur qui repose paisiblement dans ma pensée, avec mon avocat dont un idéal sillonne merveilleusement ses veines : l’amour pour son pays.
Je garde tout mon espoir dans ce slogan scandé avec ferveur sans que personne ne soit obligé à le faire : « Mohamed Assadis, Malikouna Ouahid ».

Grace à notre grande histoire et à notre grand Roi, notre pays se maintient et restera debout…

Et mon histoire sur les 9 consultations architecturales inédites n’entravera point la marche glorieuse de notre pays vers un avenir meilleur…

Je conte cette histoire malgré moi, le maitre de l’ouvrage a voulu ainsi…

(Asuivre)

Par Jaafar Hanafi (Architecte)

 



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