Lemag.ma : Portail d’information dédié au Maroc et au Maghreb
Facebook
Twitter
App Store
Newsletter
Mobile
Rss
Une veille informationnelle sur le festival international du film de Marrakech App #eMarrakech #FIFM2016... https://t.co/34xwOAAqjU



Jaafar Hanafi - publié le Mercredi 1 Juillet à 00:44

La petite histoire de 9 consultations architecturales inédites (3)






La première audience est prévue pour le Jeudi. Une ribambelle de papiers à préparer: les avis d’appels d’offres, les extraits de PV, d’autres extraits pour comparaisons, mes lettres, les semblants de lettres qui me sont parvenues…, le tout en plusieurs exemplaires.

Le départ est prévu le Jeudi à 3h 30 du matin. Un ami se charge de prendre sa voiture avec les frais qui s’en suivent. Une sorte de solidarité qui attise encore plus ma détermination. Une petite tristesse colle farouchement à ma pensée durant la première partie du voyage : Ma petite sœur doit rentrer en clinique le jour même. A 54 ans elle a toujours été ma petite sœur. Les premiers coups de téléphone de mon neveu ne prédisent aucune grande inquiétude pour chambouler mon programme. Mais la tristesse et là et m’accompagne du moins durant la première partie du voyage.

Tout le long du voyage on essaye de répondre à cette question qui nous hante depuis quelques temps sans trouver la moindre explication logique et scientifique pouvant affecter notre démarche d’un quelconque doute: 9 consultations architecturales, 51 dossiers, entre l’ouverture des plis et la validation des résultats : 5 jours et pour chaque consultation, l’ouverture des plis aujourd’hui et les résultats le jour d’après. Est-ce possible? Même le maitre d’ouvrage n’a pu trouver d’explications plausibles au questionnement objet de mes différentes lettres.

Arrivés à Oujda, l’avocat se précipite vers le tribunal administratif pour déballer à qui le veut les preuves sans merci, de ce qui pourrait être le record absolu dans l’histoire des consultations architecturales. Avec mon ami on se paye le luxe de s’offrir un café sur une terrasse ou le merveilleux accent d’Oujda se déploie à cor et à cri.

Quelque temps plus tard, l’avocat arrive avec des traits de visage qui affichent quelque inquiétude : « L’administration publique ne s’est pas présentée, les convocations n’ont pu parvenir à destination, je les aurais en main propre vers midi ».

Avec mon ami, on s’acharne sur nos téléphones portables pour trouver un huissier de justice à Nador pour faire parvenir les convocations à destination. De l’autre bout du fil et sans la moindre hésitation tout le monde répond présent. Solidarité oblige. L’avocat lui semble mijoter quelques idées dans sa tête pour emprunter le chemin le plus court.

A midi, l’avocat récupère les convocations et nous suggère d’aller sur place et faire parvenir les convocations directement sans passer par la ville de Nador. Dans ce cas il faut parcourir 150 Km pour arriver à Nador et un peu moins de 100 Kms pour arriver à destination. Sitôt sa phrase finie, nous sommes déjà en route.

Encore une fois, ces maudites forteresses d’un temps révolu viennent intercepter notre vue. En face de ces casernes et du coté marocain, de petits postes de forces auxiliaires. Manifestation de force contre manifestation de sagesse. Des casernes qui me rappellent un grand film que j’ai vu au ciné club, lorsque j’étais jeune: Le désert des tartares avec le grand acteur Vittorio Gasman. C’est l’histoire d’une forteresse avec une armée en alerte maximale, les yeux fixés sur l’horizon pour détecter le moindre mouvement, les supérieurs s’évertuant d’imaginer les meilleures stratégies, toute une vie organisée autour d’un ennemi, pour combattre ce même ennemi qui malheureusement n’arrive pas, parce que tout simplement il n’existe pas. Sauf que dans le cas de nos voisins, cet ennemi virtuel sert à détourner l’attention de toute un peuple, en mal de démocratie et de libertés.

Juste après Saidia, un coup de téléphone. Au bout du fil mon frère. Sans voie ou presque, il me communique une information qui me laisse sans voie moi aussi: deux médecins différents ont lu les résultats des analyses, aucun espoir pour ma petite sœur. Elle que menait il y a peine quelques jours une vie normale. Qui exerçait son métier sans le moindre problème. J’assimile mal. Le temps semble s’arrêter pou moi. La logique déserte ma pensée. Les consultations architecturales occupent d’elles mêmes une toute petite partie de ma pensée ou rien du tout. Laissant celle-ci se livrer à des idées qui affluent dans un désordre totale : ma petite sœur, ses deux petites filles, ma mère… Le voyage continue sous un silence de plomb. De temps à autre une petite phrase en guise de consolation.

Arrivés à destination, l’avocat rentre au tribunal et ressort quelques minutes avec un huissier de justice. Ironie du sort, ce tribunal est mitoyen avec l’administration objet de mes requêtes. Un autre coup de telephone. L’un des médecins qui a lu les résultats, me confirme, me console, se solidarise avec moi dans cette tragédie. Je me précipite dans la voiture et je donne libre cours à ma tristesse, mon chagrin… L’huissier de justice ressort de l’administration avec les accusés de réception. Au lieu d’aller à Nador comme prévu, nous rentrons à Kenitra. Un périple de plus de 1000 Km en une seule journée, dans des conditions sans pareil.

Le lendemain, un vendredi tôt le matin, j’étais dans la clinique à coté de ma petite sœur. Le Samedi un professeur arrive de Casablanca et le verdict est sans appel. Le Dimanche (14 Juin de cette année) au soir, ma petite sœur rend l’âme. Le lendemain elle a été enterrée après la prière d’Al Asr, dans mon cœur.

Trois jours de deuil comme le veut la tradition et les consultations architecturales sont toujours en hibernation dans ma pensée. Sauf mon avocat qui m’appelle de temps à autre pour s’enquérir de l’état de ma famille, et me rassurer quant à l’avancement de mes requêtes.

Désormais, je dois continuer cette bataille, ma petite sœur avec. Elle se repose paisiblement dans ma pensée. Je la sens à chaque battement de mon cœur. Dieu ait son âme.

Entre temps, mon avocat fait tout seul le trajet Kenitra-Oujda et retour, en train, le premier jour du Ramadan. Il passe ainsi son premier jour du Ramadan entre le train et le tribunal administratif. Il retourne à Kenitra avec des pièces fournies par le maitre de l’ouvrage. Des pièces qui se passent de tout commentaire, confortant ma position dans cette affaire. Je ne peux élucider plus. Secret de la justice oblige.

Il faudra préparer un autre voyage pour le Jeudi, jour des audiences. Le départ est prévu à 3h 30 du matin, en une journée de ramadan déployant avec force une chaleur caniculaire surtout au voisinage de Fès. Peu importe. Notre détermination est sans faille. Arrivés à destination, mon avocat rentre seul au tribunal, avec d’autres preuves d’irrégularités qui ont entaché les procédures. Moi je reste dans la voiture ma petite sœur avec, dans ma pensée. Sitôt sorti du tribunal, on rebrousse chemin vers Kenitra. Encore un périple, avec cette question qui nous hante et qui colle farouchement à notre esprit : 9 consultations architecturales, 51 dossiers, entre l’ouverture des plis et la validation des résultats : 5 jours et pour chaque consultation, l’ouverture des plis aujourd’hui et les résultats le jour d’après. Est-ce possible?

NB. A L’heure ou je fini ce texte, mardi 30 juin 2015 à 23 h 30, aucun jugement n’a été encore prononcé. Une audience est prévue ce Jeudi 2 Juillet à 10 H.

A suivre

Jaafar Hanafi
Architecte



               Partager Partager


Dans la même rubrique :
< >

Samedi 3 Décembre 2016 - 10:37 L’ETOILE D'OR ne sera jamais marocaine!?

Vendredi 2 Décembre 2016 - 16:17 Ousmane Sow : Le sculpteur qui vient des étoiles