Lemag.ma : Portail d’information dédié au Maroc et au Maghreb
Facebook
Twitter
App Store
Newsletter
Mobile
Rss
Afrique: la diplomatie algérienne multiplie les impairs à cause du... | via @lemagMaroc https://t.co/GvkvQIop7S https://t.co/fhLnSnexyU



Jaafar Hanafi - publié le Lundi 29 Juin à 14:58

La petite histoire de 9 consultations architecturales inédites (2)






La terrasse du café bat son plein. L’heure est à la détente après une journée de travail. De petites discussions jaillissent ci et là, n’épargnant ni le Réal, ni Chabat, encore moins le prix de la tomate. Le tout sur fond d’une ambiance fleurant bon le thé et le café.

Autour d’une table un peu excentrée, une discussion un peu spéciale, portant sur un cas un peu spécial : 9 consultations architecturales, 51 dossiers, entre l’ouverture des plis et la validation des résultats: 5 jours et pour chaque consultation, l’ouverture des plis aujourd’hui et les résultats le jour d’après.

Je déballe le problème et l’avocat écoute, déchiffre, analyse, intercepte ma causerie par de petites questions, avec un regard droit et intelligent qui présage un grand espoir pour mener cette bataille à terme. Une petite discussion met en exergue les éventuelles péripéties d’une telle bataille. Multiples certes, mais il faut y aller. J’ai grande confiance dans le talent de cet avocat et par-dessus tout c’est un grand ami.

Le jour d’après et à la première heure, je suis au bureau de mon avocat avec mes lettres envoyées au maitre de l’ouvrage, les semblants de lettres qui me sont parvenues, l’ensemble des documents des consultations, un grand espoir et beaucoup d’inquiétude: mon adversaire est une administration publique et de celles qui jouent en première division! Peu importe, je suis conforté par une conviction profonde: mon pays avance, prospère, rayonne… Paradoxalement des administrations trébuchent, tirent à l’arrière, par indolence, par nostalgie au « beau vieux temps » ou tout simplement par incompétence!

Deux jours plus tard, une discussion avec mon avocat me permet de saisir le problème à sa juste valeur. L’approche d’un avocat et celle d’un architecte s’interpellent. Mes doléances se trouvent désormais vêtues d’une toge d’avocat.

J’ai participé à quatre consultations architecturales, confinées dans le sillage de neuf consultations à caractère inédit. De l’avis de mon avocat, il faut enclencher la procédure de quatre référés judiciaires pour l’arrêt des procédures et présenter quatre requêtes pour l’annulation des résultats. Le dossier ficelé par mon avocat, il faut parcourir 450 Kms pour franchir le seuil du tribunal administratif. De mon vivant, je n’ai franchis ce seuil que pour demander des casiers judiciaires ou l’attestation de nationalité.

Soit dit en passant, qu’après 21 années d’exercice de ma profession dans l’administration publique et après avoir jouit de tous mes droits de citoyen marocain depuis ma naissance, on m’a demandé l’attestation de nationalité pour avoir l’autorisation d’exercer dans le privé. Quand j’ai eu cette attestation, j’étais tout fier que de savoir que je suis marocain, avec une attestation comme preuve à l’appui. Pauvres tous ceux qui n’ont jamais eu l’occasion de demander cette attestation, ils doivent vivre dans le doute absolu. Elle est ainsi notre administration : on rentre dans un bureau en bon vivant et le fonctionnaire vous demande de revenir avec une attestation comme quoi vous êtes en vie. Et c’est au Moqadem d’attester que vous êtes bien en vie sinon, il vous envoie tout simplement au cimetière.

Les jurys des consultations architecturales n’échappent pas à la règle : 9 consultations architecturales, 51 dossiers, entre l’ouverture des plis et la validation des résultats : 5 jours et pour chaque consultation, l’ouverture des plis aujourd’hui et les résultats le jour d’après. La science est tout simplement défiée, la logique bafouée mais peu importe, le dernier mot est au jury. Sauf que cette fois ci il faut batailler pour redonner à la science et à la logique leurs droits.

Avec mon avocat on prépare le départ, sur fond de petites idées qui viennent harceler de temps à autre mes méninges: Puis-je gagner cette bataille devant un adversaire de taille que je connais plus que bien puisque j’ai travaillé 17 ans dans une administration similaire? Quel est le sort des copies de mes lettres adressées à Mr Le…, Mr Le…, Mr Le… ?

Ils sont occupés certes par les grands sujets d’actualités qui sillonnent de bout en bout mon pays : Much loved, Jennifer lopez, Femen…, et par les élections qui s’approchent avec la saison des transferts qui commence, les joutes oratoires qui s’intensifient, par Bouya Omar forcé de prendre une retraite anticipée et par…, et par…

Un sentiment de culpabilité me hante, celui que de se sentir un intrus, dérangeant des responsables avec cette maudite histoire des consultations architecturales. Un sentiment de fierté m’envahit, celui que de se sentir avec une longueur d’avance sur mes autres confrères, qui scandent à cor et à cri leur dévouement quant aux consultations architecturales lancées ci et là, mais qui ne sont toujours pas parvenu à porter leurs doléances devant la justice. Quant à l’instance qui nous représente au niveau national, elle semble engloutie dans un sommeil profond, c’est une autre histoire qui sera conté en son temps.

Il est 6 heures du matin, l’heure de prendre la route, d’entamer un périple, d’enclencher un processus. Dès le départ la discussion porte sur ces neuf consultations architecturales inédites. On essaye de comprendre, d’analyser et notre imagination ne peut s’empêcher d’interpeller notre pays qui avance, prospère, rayonne mais quelque part il boitille. Chemin faisant, je continue par découvrir le talent d’un avocat qui regorge d’humanisme et dont l’amour à notre pays est intraitable.

Arrivés à destination, mon avocat s’empresse de rejoindre le tribunal pour enregistrer les plaintes, moi je m’empresse de prendre un petit café sur une terrasse, émerveillé par cet accent oriental qui rythme une petite discussion portant sur l’exploit de la Mouloudia. Chaque région se distingue par son accent et ses petites coutumes. C’est cela mon pays, une grande diversité et une grande culture au pluriel. Cependant, une partie de ma pensée reste branché sur mon avocat qui tarde à venir. Au moment ou une petite inquiétude commence à me taquiner, je le vois arriver tout sourire : « la première audience est prévu le Jeudi prochain ». Cette petite inquiétude se mue en petite peur. Désormais, le processus est enclenché et il est irréversible. La loi relative aux marchés publics franchit pour la première fois le seuil d’un tribunal avec cette question: 9 consultations architecturales, 51 dossiers, entre l’ouverture des plis et la validation des résultats : 5 jours et pour chaque consultation, l’ouverture des plis aujourd’hui et les résultats le jour d’après. Est-ce possible?

Après une petite trêve, nous prenons la direction de Nador pour se reposer, une ville ou j’ai passé 21 ans exerçant ma profession dans l’administration publique. Sur la route entre Oujda et Saidia, des casernes flambant neuves surplombent notre pays, une manifestation de force certes, siégeant sur un fauteuil roulant. C’est le sort réservé au pauvre peuple algérien, celui que de canaliser toute son attention et son regard sur notre pays, pour dissimuler une gangrène qui ronge tout un pouvoir politique de l’intérieur.

Arrivés à Nador, la journée est aux retrouvailles, au thé à la menthe ou aux parfums tous confondus et qui forme un duo de choc avec « los Churros », aux poissons et fruits de mer siégeant majestueusement dans des assiettes pour le plaisir du commun des gourmands, aux discussions généralement dominées par la société civile sauf que cette fois ci, un nouveau thème semble largement primer: 9 consultations architecturales, 51 dossiers, entre l’ouverture des plis et la validation des résultats : 5 jours et pour chaque consultation, l’ouverture des plis aujourd’hui et les résultats le jour d’après. Est-ce possible?

Jaafar Hanafi.
Architecte



               Partager Partager