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par Mustafa Qadri - publié le Vendredi 1 Mai à 06:00

La nouvelle stratégie 'AfPak' d’Obama, vue du Pakistan

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Karachi – Celui qui manie le marteau voit des clous partout. Cet adage correspond bien aux relations que les Etats-Unis entretiennent avec l'Afghanistan et le Pakistan depuis quelques dizaines d'années. Dès 1964, les Etats-Unis voyaient le Pakistan comme le rempart qui mettrait un terme à la mainmise de l'Union Soviétique sur la région. C'est alors que ce pays a reçu sa première tranche confortable d'aide militaire et économique américaine.

Le mois dernier, lorsque le président Barack Obama a dévoilé la nouvelle politique “AfPak” (Afghanistan/Pakistan), on a pu espérer que la politique du marteau, qui a fait déverser sans compter des milliards et des milliards d'aide sur l'armée pakistanaise, ce clou qui seul pouvait apporter la stabilité, serait liquidée. Seul le temps dira si c'est bien le cas.

La nouvelle politique AfPak promet à plusieurs titres une approche plus rationnelle.

Il y a d'abord le déplacement physique d'Irak en Afghanistan. Sous George W.Bush, les Etats-Unis ont pratiqué en Afghanistan une stratégie déjantée, qui a permis aux talibans, battus d'abord en 2001, puis encore en 2002, de récupérer et de repartir à l'attaque. C'est ainsi que, dès 2004, les talibans et deux commandants alliés indépendants — Jalaluddin Haqqani et Gulbaddin Hekmatyar — se sont emparés de vastes pans du sud et de l'est de l'Afghanistan ainsi que de plusieurs régions du nord, dans une série d'offensives de printemps et d'été.

L'idée selon laquelle il convient de négocier avec les éléments les moins extrémistes parmi les talibans d'Afghanistan se fonde sur l'expérience des militaires américains et britanniques en Irak, où des milices sunnites ont été payées et formées pour combattre leurs anciens alliés d'Al-Qaïda.

Le but de cette nouvelle distinction est de démarquer d'Al-Qaïda ce qu'il est convenu d'appeler les talibans “modérés”. En les considérant auparavant comme synonymes, on n'a fait que les rapprocher, tant sur le plan idéologique que pratique. Al-Qaïda a ainsi pu se frayer un chemin jusqu'au Waziristan du Pakistan, une des régions les plus enclavées de la planète, tandis que les talibans, qui n'avaient, jusqu'en 2002, que peu ou point d'expérience de la guérilla ou des attentats suicide, ont su s'adapter aux techniques insurrectionnelles. A tel point qu'aujourd'hui on enregistre toutes les semaines des attentats suicide de talibans.

Avec cette nouvelle politique AfPak, les éléments les plus extrémistes des talibans et d'Al-Qaïda doivent s'attendre à une escalade de la pression américaine plutôt qu'à une simple manoeuvre tactique.

Les frappes de missiles en territoire pakistanais vont augmenter en ampleur et en régularité, même si Obama a promis que les opérations ne seraient déclenchées qu'avec l'autorisation du gouvernement pakistanais.

Ce qui présente un double dilemme pour l'armée pakistanaise. D'une part, elle doit coopérer avec les Etats-Unis pour pourchasser les talibans dans les zones tribales afin d'y éradiquer l'extrémiste et la menace militaire (l'aide militaire et non militaire au Pakistan étant plus que jamais consacrée à une coopération de ce type). D'autre part, elle devra soit taper fort sur les talibans qu'elle a si fidèlement protégés dans les années 80, soit courir le risque d'un isolement international du Pakistan.

Sans doute faudra-t-il revoir complètement les infrastructures du Pakistan, mais ce ne sera pas chose facile que de développer les fonctionnalités institutionnelles et sociales du pays. Quant à l'élévation du niveau de vie, tout reste à faire : le rapport des Nations Unies sur le développement humain pour 2007-2008 estime à près de 33 % le nombre des Pakistanais qui vivent dans la pauvreté.

La nouvelle politique a ceci d'encourageant qu'elle privilégie le soutien aux institutions civiles plutôt qu'à des personnalités comme Hamid Karzaï et Pervez Moucharraf. Dans le cadre de ce que certains appellent les “renforts civils”, les deux pays recevront une injection massive d'argent frais, de programmes et d'experts. L'aide au développement (non militaire) pour de nouvelles écoles, routes et dispensaires dans les zones tribales atteindrait quelque 7,5 milliards de dollars sur cinq ans si la loi Kerry-Lugar est votée par le Congrès.

Des “zones d'expansion et de reconstruction”, qui visent à faciliter le développement et l'investissement étranger grâce à une réduction des taxes et droits de douane, pourraient également être implantées dans les régions de la frontière pakistano-afghane les plus frappées par la talibanisation.

On espère que, grâce à ces zones franches industrielles, les possibilités d'emploi détourneront les jeunes hommes des talibans.

La politique AfPak ne peut réussir qu'en traitant le problème de la pauvreté qu'exploitent les militants. Peu importe les promesses de Washington, de Bruxelles ou d'Islamabad, le Pakistanais moyen doit d'abord régler le problème de la pauvreté dans laquelle il se débat quotidiennement. C'est ainsi seulement qu'il pourra croire aux bienfaits d'une société meilleure, fondée sur le pluralisme, la démocratie et l'égalité des droits.

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* Mustafa Qadri (mustafaqadri.net) est correspondant de la revue The Diplomat pour le Moyen-Orient et l'Asie du sud et de newmatilda.com. Article écrit pour le Service de Presse de Common Ground (CGNews).

Source: Service de Presse de Common Ground (CGNews), 1er mai 2009, www.commongroundnews.org
Reproduction autorisée.

Source : http://www.commongroundnews.org/article.php?id=254...


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