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Mohamed Sihaddou - Ingénieur en Télédétection Aérospatiale - - publié le Mercredi 8 Juin à 00:00

La liberté de la presse…et les médias



Mohamed Sihaddou - « La liberté d’expression semble plus facile à pratiquer dans une langue étrangère que dans sa langue maternelle ». Ce n’est pas une révolution dans le domaine des libertés publiques et ce n’est pas non plus une évolution dans le paysage médiatique marocain.



Le système makhzenien s’est trouvé tout simplement dépassé par les technologies de l’information et par la multiplication des systèmes de diffusion (Satellites, Internet, GSM). Le Makhzen n’a pas évolué d’un cran dans sa mentalité archaïque et il est contraint d’accepter ou de s’adapter à la dictature de la mondialisation des systèmes de l’information et de la communication. Sa machine de censure n’a pas les moyens appropriés pour réagir et ne peut rien faire ni techniquement, ni humainement pour empêcher la diffusion de ces médias ou pour restreindre l’accès de la population à ces nouvelles technologies de l’information.

Cependant, ne vous trompez pas, le pouvoir a toujours la main haute sur les médias audiovisuels classiques. Car ceux-ci sont les plus puissants et les plus influents sur la vie politique, économique et sociale du pays et ils touchent toute la population locale, surtout la moins instruite qui constitue la majorité de la population marocaine.

Le Makhzen a toujours le droit de regard sur les informations et les programmes diffusés sur les principaux médias audiovisuels du pays et sur l’agence de presse officielle (MAP) ainsi que sur la très influente radio Medi 1. Celle-ci déguisée en une entreprise privée et commerciale n’est en réalité qu’une annexe des Ministères des Affaires Etrangères Français et Marocain, née il y a 25 ans dans les coulisses du Quai d’Orsay et du Palais Royal, sous l’impulsion de Michel Jobert (ancien ministre français des affaires étrangères) et de Hassan II. Cet instrument moderne de propagande et d’influence franco-marocaine sur la scène politique arabe et africaine, plus spécialement maghrébine, ne se préoccupe guère de l’actualité socio-politique qui se déroule au Maroc, alors qu’il nous fait une revue de presse quotidienne sur les violences en Algérie et ailleurs.

La transformation de la RTM en une société privée n’a vraisemblablement pas touchée son statut de service public makhzenien. Le changement n’a apparemment concerné que son nom, puisque sa ligne éditoriale est toujours la même et les vraies informations du pays sont toujours censurées sur cette chaîne. Ceci peut s’appliquer également à la chaîne 2M, avec cependant une nuance notable dans la forme et le style. Sur cette chaîne, l’appellation du souverain est réduite à « Sa Majesté le Roi » au lieu de l’appellation traditionnelle de « Sa Majesté le Roi, que Dieu le glorifie ». Quand il s’agit de commenter les évènements en relation avec la religion, l’appellation du « Commandeur des Croyants » est de rigueur pour tous les médias étatiques. Encore pire, les commentateurs très fervents du service des activités royales de la RTM puisent leurs textes directement dans les directives du Ministère des Protocoles et de la Chancellerie, ce qui constitue une insulte dégradante à l’intelligence du journaliste marocain.

Les bulletins d’information, toutes langues confondues, de ces deux chaînes de télévision se suivent et se ressemblent avec des récits interminables et des commentaires ennuyeux et sans intérêt pour le citoyen. Les actualités et les informations socio-politiques du pays sont toujours censurées sur ces deux médias; jamais rien sur les manifestations quasi quotidiennes des diplômés-chomeurs, rien non plus sur les grèves de la faim des « salafistes » et leurs familles qui dure depuis plusieurs jours, néant sur la répression brutale lors de la manifestation de Tamassint des sinistrés du tremblement de terre d’Al-Hoceima, la liste est longue…Toute cette actualité aurait fait la Une de tous les médias européens si elle se déroulait en Europe.

On se demande à l’heure de la mondialisation et de la transparence, si les managers de ces deux chaînes sont conscients de la médiocrité de leurs programmes d’information. A mon avis, tout ceci n’est pas le fait du manque de professionnalisme des journalistes marocains, mais dû aux résistances qui existent encore au sein de l’appareil étatique makhzenien quant aux traitements des informations qui intéressent les téléspectateurs et des actualités réelles qui préoccupent les citoyens.

Il est vrai que la presse indépendante francophone aborde des sujets qui étaient «intouchables» il y a peu de temps et précisément sous le règne de Hassan II. Cependant, cette jeune presse traite intelligemment, dans le style comme dans le fond, ces sujets sensibles et irritants pour le pouvoir dans le cadre de la constitution et les règles du code civil et de la presse; ce qui ne laisse aucune brèche aux acteurs du Makhzen de s’en saisir juridiquement. Car en ce moment au Maroc, les procès pour diffamation sont à la mode dans un pays qui se veut aujourd’hui un Etat de droit.

A mon avis il faut poser la question autrement, ainsi pourquoi le pouvoir ne réagit ni positivement, ni négativement aux sujets traités dans cette presse?

Je crois que le makhzen n’est pas dupe concernant la presse en langue française, car celle-ci n’est lue que par une infime minorité de la population marocaine et son influence ne dépasse pas certains beaux quartiers paisibles des grandes villes où la population n’a pas de gros problèmes socio-économiques. La réaction du Makhzen sera autrement et sans doute très vive si les sujets sensibles sont publiés dans une version arabe ! La mise en garde de l'hebdomadaire arabophone Al-Jarida Al-Oukhra (l’Autre Journal) par le directeur de la Maison royale en est un exemple « frais » et la condamnation de Ali Lmrabet pour une simple caricature parodique en est un autre exemple encore dans les mémoires. La langue arabe et le message de la caricature sont des instruments efficaces pour la diffusion de l’information au Maroc, car par leur simplicité de communication et leur proximité des « petites gens » ils véhiculent plus facilement l’information et atteignent ainsi un grand nombre de la population.

Ensuite, le makhzen est aussi « intelligent », malgré son archaïsme apparent, et c’est pour cela qu’il ne réagit pas. Car sa réaction fera trop de bruit et contribuera ainsi à diffuser de plus en plus les sujets sensibles qui l’irritent dans ces journaux et ces magazines indépendants et ceci lui fera plus de tort et de dommage que de bénéfice.

Enfin, le pouvoir préfère garder le silence pour soigner son image et son prestige à l’extérieur, car laisser diffuser des informations et des sujets sensibles, en plus dans une langue étrangère, est une preuve parfaite du progrès de la démocratie et de la liberté d’expression vis-à-vis des instances et des organisations internationales qui ont placé le Maroc sous haute surveillance.

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