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Mourad Alami - publié le Lundi 11 Novembre à 11:31

La langue marocaine : langue officielle d’enseignement






Sur proposition de l’UNESCO, les Nation Unies ont déclaré le 21 février comme « Journée Internationale de la langue maternelle » ; et il faut que le Maroc en fasse dorénavant chaque année un jour férié, vu la richesse linguistique que connaît notre pays : marocain, amazigh, arabe, hhessani, français, espagnol, les différents dialectes et sociolectes (bidhawi, merrakchi, fassi, tanjawi, gadiri, roudani, titwani etc.). La diversité culturelle et linguistique représente bien des valeurs universelles qui fortifient l’unité, l’intégrité territoriale et la cohésion de la société marocaine plurielle. 
 
Toutefois, la commémoration de la « Journée Internationale de la langue maternelle » est bien tributaire d’une réalité historique douloureuse qu’il faut chercher ses racines dans l’ancien Pakistan Oriental, appelé plus tard le Bengladesh. Les dirigeants du Pakistan Occidental ont voulu imposer l’ourdou, langue minoritaire de l’élite et de la « ligue musulmane «  (3%), à toute la population qui est numériquement bengalophone en majorité (97%), comme il est le cas d’ailleurs au Maroc ; vu que pratiquement la presque totalité de la population du Royaume est marocophone ; exception faite des conservateurs et des représentants de « L’Internationale Islamiste » (2%) qui veulent nous enfermer dans leur dogme politico-religieux de l’intolérance et du sous-développement. J’aime et j’écris en arabe, mais qu’ils me disent, les larbins de « L’Empire Wahabitis», le nom d’un seul appareil, d’un seul logiciel jamais inventé en langue arabe ?  Réalités qui dérangent. 
 
De toutes les manières, cette affaire tourna mal : le gouverneur « Khawa ja Nadim Ouddine » campa sur sa position et sur celle de son gouvernement qui partait du fait qu’il n’y avait que l’ourdou et qu’aucune autre langue ne serait reconnue comme langue nationale, même si elle serait majoritaire. Comme il est le cas au Maroc aussi, puisqu’on a fait d’une langue maternelle majoritaire, le marocain, une langue minoritaire, et d’une langue minoritaire, l’arabe, une langue majoritaire. Le droit de l’humeur « kayedhreb eela sedrou ». Gorille ! 
 
En tout cas, les étudiants de l’université de Dhaka se révoltèrent contre cette flagrante injustice et formèrent un cortège qui a été réprimé dans le sang, tout en comptant des centaines de victimes parmi les étudiants. Vu la position vulnérable du gouvernement qui ne pouvait faire la sourde oreille aux aspirations légitimes de la majorité, nourries de la colère, d’une frustration profonde et quasi-totale à travers tout le pays, il a fini par démissionner tout en reconnaissant le bengali comme langue officielle. Ainsi l’égalité linguistique a été rétablie. 
 
L’une des premières recommandations qu’il faudrait retenir, dissocier la langue de la politique clientéliste et des pratiques religieuses. La religion est une affaire personnelle, l’enseignement dans la langue maternelle relève de la sphère publique. L’amalgame de ces deux composantes disparates est la source du malheur de tous les pays arabes et de l’Afrique du Nord. Une population qui dépassent les 300 millions d’habitants, mais qui ne connaît aucune avancée substantielle, ni sur le plan technologique ni sur le plan de la recherche. Toutes les capacités, les têtes bien pensantes, créatrices et positivement subversives ont ou bien quitté le bateau à temps ou choisi « l’immigration intérieure». 
 
L’arabe doit préserver sa place en tant que langue de liturgie, la langue marocaine vivante comme langue d’enseignement, de progrès et de création de richesse. Nous avons déjà en la personne de Sa Majesté, « Amir Almouminine », l’autorité adéquate afin de sauvegarder, promouvoir et prendre la défense de la langue du Saint Coran ; nous n’avons pas besoin de surenchère religieuse, de pseudo-associations, de partis religieux loufoques, tournés vers le passé, au moins vers le 7ème siècle, de supports médiatiques louches ou d’autres antennes « machriqistes », alimentées régulièrement et avec générosité par les pétrodollars de mécènes douteux qui prêchent la droiture et la probité dans le désert arabique, mais ne dédaignent pas les massages salutaires et la « Flaq Spéciale» de la ville ocre. 
 
Toutes les forces vives du pays, la société civile, les ONGs, les syndicats et les démocrates devraient soutenir Sa Majesté dans le but d’officialiser la langue marocaine ainsi que de reconnaître le marocain comme langue d’enseignement. Sans le bras de fer de la société civile, des partis modernistes, des différents syndicats avec les forces obscurantistes, rétrogrades et sans l’impulsion de Sa Majesté, on n’aurait jamais eu droit à la « moudouwwana », qui est entre temps un acquis démocratique de premier choix. Dans le cas où la langue maternelle vivante de la quasi-totalité des MarocainEs deviendra langue officielle et langue d’enseignement, il s’agirait bel et bien d’une « réelle » Révolution du Roi et du Peuple. Car le marocain est la langue du peuple, de la dignité et des droits de l’homme.  
 
Il faut être vraiment un fervent adepte du mahboulisme, afin de nier le rôle primordial de la langue marocaine vivante. Les neurophysiologistes, les psychologues, les linguistes, les écrivains n’ont cessé de souligner le caractère bénéfique de la langue maternelle, étant donné qu’il ne s’agit pas uniquement d’un moyen de communication, mais d’un récipient identitaire.  
 
La langue maternelle est d’une nécessité de premier ordre pour l’enfant ; car c’est grâce à ce moyen qu’il se crée une réalité, qu’il devient lui-même une réalité qui se prononce, agit, verbalise ses souhaits et angoisses. Sans sa langue maternelle, l’enfant ne serait pas en état de développer ses facultés langagières, ses différentes relations avec l’autre ; elle est d’une éminente importance sur le plan sensori-moteur, psychoafectif. Car c’est grâce à elle qu’il va découvrir ses premières émotions, son équilibre psychique tout en le préparant ainsi à la vie, à l’intégration socioculturelle. 
 
Les bienfaits de la langue maternelle sont multiples ; c’est à l’aide de ce moyen que l’enfant va découvrir son entourage, son patrimoine littéraire, le goût de l’écriture et de la lecture. Par la suite il représentera une valeur, il sera un acteur, une force de proposition et de participation, pas un fardeau comme il est le cas chez nous aujourd’hui. La lecture dans la langue maternelle doit occuper une place de premier choix. Et c’est ce que j’ai pu constaté au fil des dernières années. J’ai remis un de ces jours un conte écrit en arabe à une de mes nièces afin qu’elle le lise. Elle trouvait des difficultés énormes à le déchiffrer, le vocaliser, sans parler bien entendu de la signification des mots. Lorsque je lui ai présenté le même conte que j’ai écrit en marocain ; il n’y avait pas une seule hésitation, une mécompréhension. 
 
Même si elle quitterait l’école un de ces jours pour une raison ou pour une autre, je l’espère pas, elle serait toujours en état de lire et d’écrire, parce que c’est sa langue maternelle, la langue de tous les jours, de la pérennité. Ce qui n’est pas le cas de l’arabe, une fois l’enfant quitte l’école, il lâche, il oublie tout, parce que cette langue, malgré qu’il s’agisse bien d’une très belle langue, n’est pas sa langue maternelle vivante. Et il devient de nouveau un vrai analphabète ; quant à l’apprentissage dans sa langue maternelle vivante, qui est une langue innée, il pourra renouer avec l’école ou la formation quand cela lui paraîtra opportun. 
 
Il est grand temps de charger les écrivains et créateurs d’œuvres littéraires d’enrichir dès maintenant la bibliothèque des jeunes, orpheline jusqu’à présent, tout en produisant des ouvrages de grande valeur en langue marocaine pour les générations qui viennent. Peut-être importe au début la codification, standardisation, mais qu’il y ait un cumul de différentes expériences et expressions. Car les écrits ont toujours devancé les règles de grammaire. L’homme, le créateur s’exprime, le grammairien suit, pas le contraire. Ces ouvrages sont indispensables pour la personnalité de l’enfant, vu leur valeur morale et civique, fortifiant ainsi la formation de son caractère, sa réflexion et son raisonnement. 
 
Quant à la grammaire, les linguistes de la langue arabe seront d’une grande utilité et représenteront la cheville ouvrière de ce mode d’enseignement dans la langue maternelle. Etant donné qu’ils oeuvreront à rédiger les manuels de grammaire, tout en tenant compte des nouvelles modalités et règles : lexique, morphologie, sémantique et syntaxe. Cette grammaire doit être simple, dégagée des mille et une exception, concrète et moins aride, tout en produisant des règles dans la durée et facile à retenir. L’arabe aurait ainsi une chance réelle de connaître une renaissance dans la langue maternelle vivante qu’est le marocain. 
 
L’orthographe doit être simplifiée aussi, tout en harmonisant la prononciation avec la graphie des mots afin de ne pas rendre la langue maternelle marocaine une langue mystérieuse, difficile à comprendre. La lexicologie de la langue maternelle marocaine serait tributaire de la richesse de la langue arabe ; ce qui est un honneur pour le marocain. Toutes les langues ont connu des emprunts, des mots migrateurs, des néologismes qui ont ou bien eu la chance de se pérenniser ou de disparaître pour toujours. Le français est aujourd’hui impensable sans l’anglais, mais surtout sans le latin ou le grec, il faudrait parcourir dans ce sens que le lexique des sciences et de la médecine ; et même l’apport du gaulois au français est bien mineur par rapport à celui du germanique ancien qui a été considérable. 
 
L’arabe, lui aussi a connu le même phénomène, sans le sumérien, en particulier, l’akkadien, le babylonien, le nabatéen etc., il n’aurait jamais connu cette richesse ; et même les caractères qu’on appelle « arabes » aujourd’hui sont des caractères araméens, langue de Jésus-Christ. Tous les termes « arabes » suivants sont d’origine étrangère, française, italienne, anglaise, grecque, turque, perse etc. : « dirham, diktatour, alboum, taxi, modha, archif, ssala, banio, barachoute, akadimiya, kachkoul, ajanda, qortass, asfalt, imbrattor, roumansiya, stratijiya, idiouloujiya, falsafa, yaqout, khendeq, doukkan, fihras, fayrouz, essek, elhhirbae, echchawech, bassama, ttabor, echchira, sirwal, chettrenj, dahliz, dewlab, joumrouk, istimara » etc. Toutes les langues sont des langues bâtardes, et l’arabe n’échappe pas à cette règle. Et la pureté d’une langue existe que dans l’étroite cervelle des puristes, des grands rêveurs et démagogues avisés qui veulent faire du « teklikhisme », de la débilité, une nouvelle religion.  
 
J’ai une seule question aux forces obscurantistes et conservatrices : s’ils sont pour la langue arabe et rien que pour l’arabe, pourquoi ils envoient leurs rejetons faire des études chez les mécréants français, espagnols, anglais, américains, allemands et autres ? Pourquoi leur Grand Manitou, Son Excellence Abdelilah Benkirane, n’a pas fait ses études universitaires en Irak, où il avait la possibilité de les poursuivre en langue arabe au lieu de la langue française au Maroc? La réponse est simple : monopoliser la connaissance, le savoir et les privilèges tout en anesthésiant « Oulad Echcheeb », le Marocain moyen, avec la langue d’Allah, bien que personne ne connaît la réelle langue de Dieu. De la pure démagogie bigoto-islamisante. 
 
Le succès à l’école est étroitement lié à la langue maternelle vivante. C’est elle qui facilite l’apprentissage à l’enfant et lui ouvre le monde de la connaissance, de la science, sans toutefois l’éloigner de son entourage habituel, de son environnement et des premiers sons qu’il a entendus de sa mère.  
 
La non-reconnaissance institutionnelle ne peut que frustrer l’enfant et créer ainsi un sentiment de marginalisation, d’exclusion, de trouble et une insécurité langagière. Et c’est ce que nous vivons au quotidien, il n’y a pas un Marocain ou une Marocaine qui ne bégaye pas ou qui ne cherche pas sans cesse ses mots. Les psychologues marocains devraient se pencher un de ces jours sur cet aspect, afin de nous éclairer là-dessus et d’avoir ainsi une certaine visibilité sur nous même, tout en mettant à nu les propos grossiers et démagogiques de tout bord qu’essayent de véhiculer quelques partis islamo-falafistes. Conservateurs, droit dans leurs bottes, ils sont devenus tellement insensibles et aveugles de sorte qu’ils parlent toujours à notre nom, sans aucune procuration, tout en partant du fait que tous les Marocains, Marocaines sont conservateurs et que nous voulons toutes et tous coûte que coûte la « Chariaa » dernier cri des montagnes de « Koundous » et de « Tora Bora ». 
 
Pourtant l’article 9 de la « Déclaration Universelle des droit linguistiques » de l’UNESCO est sans équivoque ; je cite :  
 
« Toute communauté a le droit de codifier, de standardiser, de préserver, de développer et de promouvoir son système linguistique, sans interférences induites ou forcées. » 
 
Cela veut dire que le Maroc n’est pas en conformité avec les directives, exigences et dispositions juridiques internationales en vigueur qu’il a ratifiées. Où sont alors la codification, standardisation et la préservation de la langue marocaine ? Elle a même été exclue deux fois, 2012 et 2013, des tables rondes et du prix littéraire aussi bien par le Ministre de la Culture que par les dirigeants de 2m, tout en faisant uniquement la promotion du français, de l’arabe et de l’amazigh comme langues éligibles. Il ne peut s’agir que d’un complexe maladif, d’un désamour profond et d’un mépris de soi-même inexplicable. 
 
L’article 26 de la même déclaration de l’UNESCO est encore plus explicite ; je cite : 
 
« Toute communauté linguistique a droit à un enseignement qui permette à tous ses membres
d’acquérir une maîtrise totale de leur propre langue de façon à pouvoir l’utiliser dans tout champ d’activités, ainsi que la meilleure maîtrise possible de toute autre langue qu’ils souhaitent apprendre. » 
 
Où est l’enseignement dans notre propre langue maternelle qu’est le marocain afin qu’on puisse le valoriser et l’utiliser « dans tous les champs d’activités » ? On est plutôt assiégé en permanence par une minorité caquetante de puristes, d’ergoteurs professionnels et de donneurs de leçons qui ont perdu leur guerre contre la langue amazigh, officialisée entre temps, maintenant ils essayent de mobiliser les « foulouls », résidus de leur armée vaincue contre la langue marocaine. Mais cette armée, constituée en majorité de « soldats de plomb anciens » qui ne savent même pas manier un balai, jetteront bientôt le manche après la cognée, comme il a été le cas de la langue amazigh ; parce que l’équation est assez simple : quelle est la langue majoritaire du Maroc ? La langue marocaine. 
 
Les derniers débordements émotionnels, explosions de violence verbales et dérives sectaires relatives au mémorandum de Noureddine Ayouch ne sont que les derniers soubresauts, les ultimes convulsions d’un agonisant devant le Seigneur, afin de céder la place à quelque chose de noble, de plus grand, d’authentique, de sincère et surtout de durable. Car nous avons perdu assez de temps comme ça ; et cela est dû uniquement à la langue d’enseignement qui n’a pas été le marocain depuis le début, depuis 1956, et de préférence avec des caractères latins, comme il est le cas de la langue turque. Les Turcs ont su valoriser leur parler, à l’origine une langue populaire comme notre darija, tout en l’institutionnalisant et en le promouvant à l’envergure internationale.  
 
La Turquie fait partie aujourd’hui du Club des Grands, « Groupe des vingt » (G20) ; il y a une dizaine d’années l’Union Européenne n’a rien voulu savoir de l’adhésion de la Turquie à l’UE. Aujourd’hui c’est le contraire, la Turquie aime à se faire prier. Rien qu’en 2010, Tayyeb Erdogan a traité de nouveau l’Union Européenne de « Club Chrétien » ; je partage pleinement son avis. Si la Turquie n’était pas un pays musulman frère, elle ferait partie de l’Union Européenne depuis des décennies. Je suis et je serai toujours contre toute sorte de discrimination, d’exclusion et de racisme !
 
Une Turquie riche et prospère peut imposer aujourd’hui ses conditions d’adhésion ; et cela est dû uniquement à la langue d’enseignement et à la richesse qu’on a pu créer grâce à la langue maternelle vivante. Le modèle turc relatif à la valorisation de la langue maternelle et son écriture est à suivre. 
 
La langue est étroitement liée à l’essor économique, au progrès et à la prospérité. Le PIB de la Turquie est de l’ordre de 773 milliards USD, revenu par habitant : 14 517 USD. Les chiffres ne connaissent pas le mensonge, le jeu de mots, la triche ; ils sont immuables et reflètent d’une manière correcte, sobre, la réalité sans ambages, ni censure. La production intellectuelle turque compte 20 000 titres chaque année, tandis que tous les pays arabes et de l’Afrique du Nord n’ont que 14 000 titres à leur actif. 300 millions d’habitants contre 76 millions d’habitants en Turquie. Quant aux maisons d’éditions cette dernière possède 1700 ; nous n’avons que 1400 pour plus de 300 millions d’habitants. La raison est simple : la langue maternelle vivante n’est pas notre langue d’enseignement comme les Turcs. 
 
Il y a d’autres exemples ; des pays plus petits numériquement que la Turquie, pourtant des géants, étant donné l’importance de leur économie, leur savoir-faire et leur haute technicité. Par exemple les pays scandinaves ; Norvège, Finlande, Danemark et Suède, tous ces micro-états n’ont pas plus que 25 millions d’habitants, mais le PIB dépasse les 1500 milliards USD (438 milliards USD, 266 milliards USD, 333 milliards, 538 milliards USD). Le PIB du Maroc est au alentour de 90 milliards USD, et le revenu par habitant de l’ordre de 2600 USD. Les hauts revenus des pays scandinaves sont liés d’une manière directe à la langue d’enseignement, vu qu’on a su valoriser la quasi-totalité des ressources humaines, sans exclusion ni clientélisme primitif. 
 
Il y a des multinationales scandinaves privées qui emploient plus de 100 000 personnes dans le monde ; par exemple Nokia, compagnie finlandaise, ou bien le géant danois Maersk qui compte à son effectif plus de 110 000 collaborateurs. L’OCP, le fleuron de l’économie marocaine n’emploie pas plus de 30 000 personnes, de plus un groupe étatique. Une myriade d’autres sociétés scandinaves privées, quasi majorité, jouissent d’une réputation à l’envergure internationale : Volvo, Scania, Ikea, Ericsson, Skanska, Ssab, UPM, Kone, Stora Enso, Metso, Rautaruukki, Kesko, Statoil, Telenor, Orkla, Aker, Norsk Hydro, Novo Nordisk, Carlsberg, Vestas Wind, DSV group etc. Tous les groupes privés emploient entre 10 000 jusqu’à 30 000 personnes et plus. Et toute cette richesse, elle n’est créée que dans la langue maternelle vivante, suédois, finlandais, danois, norvégien ; pas dans une langue étrangère. 
 
J’ai vécu parmi les Allemands pendant plus de 30 ans. Ce sont des gens absolument normaux, comme nous, sans aucune autre différence ; mais il y a une volonté de faire mieux, de préserver la justice sociale, surtout de communiquer et de s’exprimer par écrit dans la langue maternelle vivante, majoritaire. Comme on parle, on écrit, sans chercher à se compliquer à tout prix l’existence. 
 
Du point de vue juridique, la « Déclaration Universelle des droits de l’homme » est assez claire ; je cite : 
 
Article 7
 
« Tous sont égaux devant la loi et ont droit sans distinction à une égale protection de la loi. Tous ont droit à une protection égale contre toute discrimination qui violerait la présente Déclaration et contre toute provocation à une telle discrimination. »
 
La non-reconnaissance de la langue marocaine est une affreuse affaire. Est-ce qu’elle ne représenterait pas une discrimination flagrante et une violation de cet article, bien que le Maroc a adhéré aux thèses des droits de l’homme, ratifié cette déclaration et a reçu de l’UE plus de 500 milliards de centimes pour œuvrer au respect des droits de l’homme ? 
 
C'est dans l'impossibilité de s’exprimer, de créer, de publier dans sa langue maternelle que l'on prend conscience de la présence physique de la langue. La langue est tout un processus compliqué qu’on ne devrait pas perturber ou interrompre, comme il est constamment le cas au Maroc. Car l’apprentissage de la langue marocaine connaît différentes étapes : au commencement, on essaye de se rappeler les phonèmes, la prononciation, l’intonation, l’ordre des mots, la sonorité etc. La grammaire, la sémantique, le lexique et la syntaxe, des procédés assez compliqués, viennent par la suite. 
 
Le fœtus se familiarise dès les heures de son existence avec la voix, les sons, les joies et les angoisses de sa mère. Différentes études ont démontrées que les bébés préfèrent entendre des mots ou phrases dans leur langue maternelle que dans une langue étrangère. Car tout ce que nous connaissons d’avance nous rassure, fortifie, jette un pont et crée une certaine complicité. Et c’est autour de cette réalité que va créer l’adulte de demain son langage, son domicile émotif, son havre de paix et son refuge idéal. Comme dira un de ces jours Martin Heidegger, grand penseur allemand : La langue maternelle vivante « est la maison de l’être ».    
 
La langue maternelle est indissociable de l’identité, mais aussi de l’entourage. C’est aussi un marqueur d’identité par lequel on se différencie de l’autre, on se retrouve dans son groupe. La langue n’a jamais était uniquement un amalgame de son, en premier lieu, pour devenir signe par la suite. Elle a toujours était une idée qui s’est transformée en réalité ; et c’est elle qui crée la culture et la société. Car on ne peut pas penser ou s’exprimer au-delà des limites de sa langue maternelle. 
 
La langue maternelle vivante joue un rôle essentiel dans l’enseignement ; elle facilite l’apprentissage, étant donné que les enfants apprennent mieux s’ils comprennent la quasi-totalité des mots, parle sans malaise de langue ni complexe et écrivent comme ils parlent. La langue maternelle vivante, bien maîtrisée, vaut mieux qu’une nouvelle langue qu’on trouve des difficultés à apprendre ; ainsi ils apprendront plus facilement à lire et à écrire sans fournir beaucoup d’effort et sans les frustrer depuis le début. Et au lieu de percevoir l’école comme un lieu de rencontre et de joie, l’école sera considérée comme un fardeau ou une corvée. 
 
Nous sommes tenus de créer des programmes éducatifs à la hauteur des attentes de nos concitoyenEs ; car la langue d’enseignement a toujours été un frein, un handicap au lieu d’être un levier de création de richesse, de prospérité et d’essor économique. La valeur et les bienfaits de l’enseignement dans la langue maternelle ne sont pas connus rien qu’hier. Depuis le début des années 50 l’UNESCO a toujours souligné l’importance de l’enseignement dans la langue maternelle vivante, surtout sur le plan pédagogique. L’enfant fait des avancées considérables, si on lui présente un support linguistique, des manuels, dans lesquels ils se retrouvent facilement et qu’il maîtrise avec aisance. 
 
Aujourd’hui chacun s’accorde que l’enseignement dans la langue maternelle vivante est absolument indispensable. C’est aussi bien l’avis des experts de l’UNESCO que des experts pédagogiques indépendants. Pourtant nos forces éternellement tournés ver le passé veulent jouer jusqu’à la nausée totale la carte de « l’exception marocaine » qui est en fin de compte «la tragédie marocaine ». Différentes études ont démontrées que si un enfant écrit et lit régulièrement dans sa langue maternelle, ses notes sont meilleures et il a plus de chance de réussir ses études par la suite. Ce qui n’est malheureusement pas le cas chez nous ; car très tôt la frustration s’installe, et il lâche tout ; raison principale de la déperdition scolaire de nos enfants.
 
Si en 2005 plus de 200 000 enfants ont abandonné l’école, en 2012 ils seront 370 000 ; c’est toute une génération qu’on met au chômage précoce, sur l’autel d’une politique éducative passéiste. Une saignée irresponsable. Les « akhiristes » (ākhira), forces conservatrices et partisanes de « L’Internationale Islamiste », tiennent absolument à enfoncer le clou et à nous enfermer à vie dans la cage dorée de la «takellakht », tout en faisant de la langue divine, présumée langue d’Allah, d’après leur conception fantomatique et vision simpliste, leur cheval de bataille boiteux. Quant à la récente sortie médiatique abracadrabante de l’un des anciens ministres de l’Istiqlal, relayée par un quotidien arabophone, « ettejdid bis », tout en fustigeant le mémorandum de Ayouch, cela restera un secret éternel que lui seul devrait connaître, étant donné que ce parti est le responsable majeur de la situation désastreuse de notre enseignement et des tensions sociales que nous vivons aujourd’hui. En l’occurrence, on ne peut que féliciter le créateur de ce proverbe marocain, sage, profond et plein de bon sens : « kayakoul maa eddib, ou kayebki maa esserrahh. » Fourberie, triche politicienne ! 
 
Eux seuls sont responsables de la situation catastrophique de l’enseignement d’aujourd’hui, liée à la précarité, à la prostitution, aux abus d’alcool et de drogues, à l’insécurité, à un avenir sans lendemain, à la déperdition scolaire, à tous les maux de tête et malaises linguistiques que connaît le pays; vu qu’ils bloquent contre vents et marées toute initiative, toute approche juste, pragmatique, guidée par la raison. Et ce sont eux aussi qui ont lutté conte l’officialisation de la langue marocaine qui devrait être enseignée depuis le primaire jusqu’à la fin des études universitaires. 
 
La première mesure que devrait prendre le nouveau Ministre de l’Education Nationale serait de mettre en place un programme d’enseignement bien étudié dans la langue maternelle sans perdre beaucoup de temps ; en premier lieu, commencer l’année scolaire prochaine 2014-2015 par des écoles primaires de Rabat et de Casablanca. La volonté politique ne devrait pas faire défaut, s’assurer surtout le soutien des partis modernistes, des ONGs sérieuses et de la société civile qui oeuvrent d’une manière sincère à l’épanouissement, au bien-être et progrès du Royaume. Il faut faire son choix aujourd’hui : ou bien le camp de la réaction, de l’intolérance et du chômage ou celui du progrès, de la tolérance et de l’employabilité.  
 
L’état marocain doit passer le plus tôt possible des lois légalisant l’enseignement dans la langue maternelle vivante; et l’article 5 de la nouvelle constitution qui est toujours un grand chantier doit se prononcer d’une manière claire et sans équivoque sur l’officialisation de la langue marocaine à coté de la langue arabe et l’amazigh. Car l’article 5 de la nouvelle constitution sera toujours considéré comme l’article des 5 grands péchés : partialité, discrimination, injustice, marginalisation et usurpation. Qu’on le veuille ou non, la langue marocaine se porte bien, elle est là, et elle sera toujours là, tant qu’il y aura une population marocaine. C’est la langue de la démocratie, de la liberté, de l’égalité des chances et de l’avenir. 
 
De plus, il faudrait faire appel dès maintenant à des linguistes compétents qui disposent d’un nombre considérable de publications en la matière et qui maîtrisent bien la langue marocaine afin de garantir la production de curricula de valeur et assurer ainsi le contrôle de la qualité. Il y a assez de récits en langue marocaine ; il suffirait uniquement de codifier et de standardiser la graphie. Certes, il faudrait prendre les soucis légitimes des concitoyenEs au sérieux, étant donné qu’il y a des parents qui vont dire qu’ils ne voudraient pas que leurs enfants apprennent leur langue maternelle, parce qu’ils la connaissent déjà. Il faut leur répondre que si un enfant sait lire et écrire dans sa langue maternelle, il apprendrait facilement une deuxième et troisième langue. Parce que sans un repère cognitif, émotionnel fort, pas de langue nouvelle. 
 
Le but de chaque scolarisation est d’approfondir la connaissance, de préparer les décideurs de demain et surtout de créer de la richesse ; et cela ne peut se faire que dans la langue maternelle vivante. Si les enfants apprennent dans une langue qu’ils connaissent déjà, ils seront toujours tentés de savoir plus et ainsi d’apprendre davantage. Une fois les bases cognitives installées, toute autre langue serait facile à acquérir. Sans une formation dans la langue maternelle vivante, il n’y aura jamais de création, d’invention, d’essor économique.
 
Pour ce faire, le Ministre de l’Education Nationale devrait s’inspirer des modèles éducatifs performants comme celui de la Finlande ou l’Allemagne (système dual de formation professionnelle). La Finlande, un petit pays, ayant une population de la taille de la ville de Casablanca, disposant toutefois d’un PIB qui dépasse presque 3 fois celui du Maroc (270 milliards USD contre 90 milliards USD). Langue maternelle + démocratie = prospérité.  

Pr Mourad Alami
Universitaire, traducteur et écrivain


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