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khalid benslimane - publié le Lundi 8 Décembre à 10:05

La francophonie sans doute






Le 29 et 30 novembre derniers s’est tenu à Dakar le dernier sommet de la Francophonie qui, osons le dire, étrenne une nouvelle voie, économique cette fois, pour l’utilisation francophone.

Les discours des chefs d’états qui ont ouvert à grande pompe ce sommet furent tous à la hauteur de l'événement et du bien fondé de sa vocation. Mais voilà que l'on retrouve, encore et toujours, dans ces discours chez les promoteurs de la langue française, ce "nombrilisme" et cette "gesticulation" superflus, qui font que la francophonie reste mal perçue, surtout par les non francophones sur lesquels elle aurait plutôt un effet "dissuasif".

Ainsi le professeur feu Mahdi al Mandjra [1], dans son étude "Futurs du monde Islamique: nécessités, réalités et horizons", la qualifiait de secte (….Citons entre autres, cette nouvelle secte dénommée 'francophonie' actuellement prêchée dans les pays du Maghreb et qui vise à effacer notre langue et notre culture pour nous imposer une langue qui n'est parlée que par 4% de la population mondiale…).

Sur un ton un peu moins péremptoire le professeur Allemand Ingo Kolboom[2] attribue la nébulosité du terme "francophonie" à l'amalgame dans la mouvance francophone entre le discours analytique et le discours partisan, faisant que les impliqués, qu'ils soient universitaires ou fonctionnaires de la francophonie, sont généralement en même temps acteurs, agents ou porte-parole, bref des engagés dans la cause francophone, et qu'il en résulte, en grande partie, un discours de militant à l'adresse de leur propre communauté créant ainsi une "chapelle" dans laquelle on prêche aux croyants.

Dans un tel contexte, le discours "francophone" perd de sa rationalité et donne l'impression d'appartenir à un catéchisme politique en faisant appel à des valeurs culturelles spécifiques qui sont difficiles à traduire dans un autre système de référence culturel et politique. Autrement dit, vue de l'extérieur, la francophonie ne fait pas beaucoup d'efforts pour être comprise ailleurs que dans le monde francophone qui lui est déjà acquis par l'héritage colonial.

Le constat est indéniable : depuis plus de cent ans d'existence, la francophonie, qui souffre grandement de l'engagement de ses propres promoteurs, reste un concept toujours aussi flou, polysémique du fait qu'il possède des sens linguistique, politique, institutionnel, culturel, économique qui ne se recoupent pas.

A ce sujet, déjà en 2000, le député Yves Tavernier[3] était on ne peut plus concis, accusant le dispositif français de coopération de ne pas lui accorder toute la place qu'elle méritait. Si le constat fut pertinent, les solutions "économiques"[4] , proposées par ce même député afin de mieux promouvoir le français dans le monde, n’étaient pas toujours dépourvues d'une vision néo-coloniale qui résonne en démesure avec les bienfaits universels prônés par les grands ténors de la promotion "nombriliste" de la mouvance francophone. En tout cas ces solutions semblent avoir trouvé oreille preneuse vu la forte empreinte économique nimbant les engagements pris lors de ce dernier sommet.

Les deux discours semblent à première vue contradictoires si ce n'est le fait qu'ils se rejoignent dans le doute, teinté d'asservissement (l'un intellectuel, l'autre économique), qu'ils laissent planer sur les intentions purement humanistes de l'intention francophone. Un doute que la francophonie à encore une fois échoué à dissiper afin de pouvoir, tel qu'elle le prétend, s'ériger en valeur fédératrice de l'humanisme universel respectueux de la diversité culturelle.


khalid benslimane

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[1] Mahdi ElmandjraNé en 1933 à Rabat, le Professeur Mahdi Elmandjra a fait ses études universitaires aux Etats-Unis à l'Université de Cornell (Licence en Biologie et en Sciences Politiques) et les continua en Angleterre où il obtint son doctorat (Ph.D. éco.) à la LONDON SCHOOL OF ECONOMICS (Université de Londres). Il enseigne à l'Université Mohamed V à Rabat depuis 1958. Il a été Directeur Général de la Radiodiffusion Télévision Marocaine et Premier Conseiller de la Mission Permanente du Maroc auprès des Nations Unies à new York. Il a occupé plusieurs hautes fonctions au sein du Système des Nations Unies (1961-1981) y compris celles de Chef de la Division Afrique ; de sous-Directeur général de l'UNESCO pour les Sciences Sociales, les Sciences Humaines et la Culture ; et de sous-Directeur général pour la Prospective. Il a également été Président de la Fédération Mondiale des Etudes du Futur, Président de Futuribles International et il est Président Fondateur de l'Association Marocaine de Prospective et de l'Organisation Marocaine des Droits de l'Homme. Il est membre de l'Académie du Royaume du Maroc et de l'Académie Africaine des Sciences et de l'Académie Mondiale des Arts et Lettres. Il a publié plus de 500 articles dans les domaines des sciences humaines et sociales. Il est l'auteur de nombreux ouvrages dont « The United Nations System : An Analysis » (1973). « On ne finit pas d'apprendre » (Rapport au Club de Rome, 1979, traduit en 12 langues), « Maghreb et Francophonie » (1988), « Première Guerre Civilisationnelle » (1991), « Rétrospective des Futurs » (1992), et « Nord-Sud, Prélude à l'ère Postcoloniale » (1993). « Al Quds, symbole et mémoire » (1996) ; « Dialogue de la communication » (1996) ; « La Décolonisation Culturelle, Défi Majeur du 21ème siècle » (1996) ; « Massar Fikr » (cheminement d'un penseur) (1997) ; « Déglobalisation de la Globalisation » (1999). Le Professeur Elmandjra a reçu le Prix de la Vie Economique 1981 (France), la Grande Médaille de l'Académie Française d'Architecture (1984), Ordre des Arts et Lettres (France, 1985), Ordre du Soleil Levant (Japon, 1986). Il a également reçu la Médaille de la Paix de l'Académie Internationale d'Albert Einstein et le Prix de la Fédération Mondiale des Etudes sur le Futur en 1995)

[2]Professeur titulaire à la Technische Universität Dresden (TUD) (Allemagne/ Saxe) Chaire pour les Études de la France, des relations franco-allemandes et de la Francophonie. Directeur du Centre interdisciplinaire de recherches franco-canadiennes/Québec-Saxe (CIFRAQ) Membre du Haut Conseil culturel franco-allemand. Member of the New York Academy of Sciences.

[3] Yves Tavernier,député de l'essonne, auteur du rapport d'information sur les moyens et structures de diffusion de la francophonie présenté au sénat le 21 septembre 2000

[4] extrait du rapport du député Yves Tavernier sur les moyens et structures de diffusion de la francophonie: "…..La seconde conclusion est qu'il faut favoriser la francophonie économique. "Aussi convient-il, si notre objectif est d'asseoir la francophonie sur une base solide, de favoriser la présence des entreprises francophones l'étranger. [...]. Les entreprises seraient bien avisées de soutenir l'action culturelle et l'action francophone. Il ne s'agit pas pour elles de changer d'objectif et de passer de la recherche du profit à la générosité gratuite en faveur du développement des beaux-arts, mais bien de répondre leur intérêt. Soutenir la francophonie dans un pays, c'est faciliter leur propre implantation et disposer de relais susceptibles de comprendre les nuances de leur culture et de leurs modes de production. Quel intérêt un jeune Ouzbek a-t-il d'apprendre le français s'il ne trouve pas un débouché professionnel dans une entreprise française ou dans une entreprise locale en relation avec les pays francophones? [...]. Ainsi, Renault qui a racheté le premier constructeur automobile roumain, s'attache développer la connaissance du français parmi ses employés roumains. [...]. De nombreux exemples étrangers, allemands, hollandais ou japonais montrent que l'action culturelle extérieure peut être relayée par des partenaires privés rassemblés dans une Fondation. [...]. Une telle fondation France Entreprise en faveur de la francophonie et de la diffusion de la culture française dans le monde serait un instrument incomparable de notoriété et d'influence pour le monde des affaires français.
Enfin, l'auteur propose, outre la réforme des structures publiques déjà mentionnées, de "sanctionner les dérives" en supprimant les crédits publics des organismes qui ne respectent pas les textes sur l'utilisation de la langue française, en particulier la circulaire Toubon."



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