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Mohamed SIHADDOU - publié le Dimanche 17 Juillet à 00:00

La famine au Niger : Catastrophe Silencieuse et Sans Intérêt Géopolitique !




Mohamed SIHADDOU - Une catastrophe silencieuse sans témoignages des médias, ni échos retentissants, frappe le Niger, celle de la famine à grande échelle. Ce pays sans intérêt géopolitique, ni stratégique pour les grandes puissances et qui n’est pas touché comme beaucoup d’autres pays africains par de multiples conflits ethniques et de guerres civiles, subit actuellement une famine sévère.



La famine dont le Niger souffre est due essentiellement aux facteurs naturels. La sécheresse conjuguée à l’invasion des criquets a provoqué une famine grave dans ce pays sahelo-saharien à ressources naturelles très limitées.

Une fois encore, un pays africain est touché par une famine sévère. Il s’agit cette fois-ci du Niger, dont le gouvernement a lancé un appel d’urgence à la communauté internationale pour sauver les 3 millions de personnes touchées, sur une population totale de 12,4 millions d’habitants. Face à ce drame, dans un pays classé avant-dernier mondial en matière de développement humain, les réactions de la « communauté internationale » restent très mitigées.

Dans ce pays sahelo-saharien aride qui parvient d'ordinaire à assurer tant bien que mal son autosuffisance alimentaire, la conjonction de deux facteurs majeurs a déclenché la crise alimentaire actuelle: l'invasion des criquets pèlerins ravageurs des cultures et de la végétation sur de grandes surfaces, et un déficit hydrique dû à une sécheresse sévère qui a touché la plupart des pays sahéliens. Les mauvaises récoltes céréalières ont fait grimper les prix, lesquels ont atteint des sommes excessives pour la majorité de la population, l'une des plus pauvres de la planète.


-Situation alarmante: Faible médiatisation et de ce fait faible mobilisation

Au moment où les pays riches du G8 prétendent faire de l'aide à l'Afrique la priorité de leur action de lutte contre la pauvreté, les ONG dénoncent la faible mobilisation des pays riches pour venir en aide à ce pays pauvre. Décidément, les drames africains n’entraînent plus la mobilisation, ni la médiatisation de jadis (exemple de l’Ethiopie).

La situation actuelle était prévisible depuis juillet 2004, selon le programme alimentaire mondial (PAM). Cette catastrophe se déroule dans un silence total, car le sujet ne semble pas intéresser le grand public ou la presse « grand public ». Cette région se retrouve dans une situation particulièrement défavorable et pour ainsi dire oubliée des préoccupations des acteurs influents sur la scène internationale. Une catastrophe silencieuse sans média ni échos frappe donc le Niger, celle d’une famine à grande échelle. Ce pays sans intérêt géopolitique pour les grandes puissances, et qui n’est pas touché par les conflits et les guerres civiles que connaissent tant d’autres pays africains, souffre actuellement d’une sévère famine.

La crise alimentaire n’est pas à ses débuts et pourtant la projection d’une telle catastrophe était annoncée dès octobre dernier, mais oubliée sur la scène internationale car ses acteurs sont préoccupés par la situation en Irak et le terrorisme en Europe. Le programme alimentaire mondial (PAM), organisation qui dépend de l'ONU, avait constaté il y a un an les faibles récoltes et l’insuffisance alimentaire pour l’année en cours. Cette organisation avait lancé un appel d’urgence pour récolter des fonds nécessaires afin de subvenir à l’alimentation des plus démunis de la population nigérienne. Mais sur 16 millions de dollars attendus, seuls 5 ont été recueillis. Il a fallu l'aggravation de la crise et l'intervention des ONG pour que les principaux donateurs (la France et l'Union européenne) annoncent, début juillet, une rallonge à leur aide. L'Union Européenne vient de débloquer 3,8 millions d'Euros, et la France a octroyé un don de 1,5 millions d'Euros; cependant, on est encore bien loin des 13 millions d'Euros réclamés par l'ONU et les ONG.


-Des milliers d'enfants en danger de mort, selon MSF

Les Nations Unies estiment qu'un quart de la population nigérienne, soit 3,5 millions de personnes, souffre de la pénurie alimentaire. MSF (Médecins Sans Frontières), qui multiplie les alarmes, enregistre entre 10 et 15 décès en moyenne dans ses centres par semaine, parmi les enfants souffrant de malnutrition sévère. MSF prévoit de prendre en charge 20 000 enfants victimes de la malnutrition cette année, soit deux fois plus qu'en 2004. Selon des témoignages MSF rapportés par certaines agences de presse, les paysans privés de céréales pour cause de prix inabordables mangent les racines des végétaux, certains creusent les termitières pour y extraire des grains de mil stockés par les insectes, une des bases de l'alimentation au Niger. D'autres tentent de survivre en mangeant des feuilles et des fruits sauvages, parfois toxiques !

Le caractère endémique de la malnutrition dans ce pays où un enfant sur quatre meurt avant l'âge de 5 ans, a été alourdi cette année par les ravages des criquets, dont l'invasion, pourtant signalée en temps utile, n'a pu être stoppée faute de moyens efficaces. Cette famine ne touche pas que les hommes mais également les animaux. Beaucoup d’éleveurs, et donc de nombreuses familles, sont déjà dépossédés de leurs animaux qui sont leur seule ressource, à cause de la sécheresse actuelle.


-Une aide humanitaire marchandée sous la houlette du libéralisme sauvage

Après que le gouvernement nigérien, soutenu par la diplomatie marocaine, a lancé un appel à l’aide internationale pour faire face à cette catastrophe, la communauté internationale a mobilisé des fonds, certes, mais avec des conditions et des modalités bien particulières. En effet, pour les agences de l’ONU, les vivres ne doivent pas être distribués gratuitement aux populations, pourtant physiquement affaiblies et financièrement démunies: elles doivent être vendues à crédit, à des « prix modérés » ou en échange d’heures de travail, « Trade not Aid », selon le slogan des Etats-Unis ! Désormais, l’aide aux pauvres est considérée comme une entrave à la bonne marche de l’économie, ce qui dans cette logique est plus vrai encore pour un Etat classé « Pays le plus pauvre de la planète et très endetté » ! Cette attitude des donateurs illustre bien le cynisme criminel du néolibéralisme ou du libéralisme sauvage lié à cette mondialisation humaine vantée par certains économistes.

Aujourd’hui dit-on, le souci des partenaires extérieurs est d’aider les populations sinistrées à se prendre en charge, c’est-à- dire à franchir le seuil de dépendance chronique vis-à-vis de l’extérieur. Par rapport à la distribution de l’aide alimentaire, un problème s’est posé en effet, au Niger, quant à la gestion de la crise humanitaire: d’un côté, les partenaires extérieurs demandent la vente des produits à "prix modérés" pour assurer une certaine stabilité de l’économie nigérienne car la distribution gratuite, selon leurs spécialistes, risquerait de perturber l’activité économique et tuerait le petit commerce ; de l’autre côté, les ONG pressent le gouvernement nigérien à faire une distribution gratuite dans les zones fortement touchées par la famine, où les populations ne disposent d’aucune ressource financière pour acheter l’alimentation à « prix modéré ».

Certains médias occidentaux, rares dans le paysage médiatique international à se préoccuper de la crise humanitaire au Niger, accusent le gouvernement nigérien d’aggraver la situation en refusant de distribuer gratuitement les céréales stockées pour ne pas désorganiser le marché local.


-L’aide de la communauté internationale est plus que jamais urgente

Les peuples ne se désintéressent pas de la misère du monde, ils sont seulement ignorants et on les rend ignorants faute de la mobilisation des médias les plus puissants. On sait que fréquemment la famine est manipulée et instrumentalisée à des fins politiques par les grandes puissances, et nous, citoyens de ce monde, nous sommes également manipulés, mais dans le cas du Niger, la famine est belle est bien réelle. Il faudrait un réveil des peuples du monde entier pour réparer ces désastres et ces injustices qui se passent en silence sur notre planète devenue, dit-on, à l’ère de la mondialisation « un petit village ». C’est triste de voir ces enfants innocents avec la peau sur les os souffrir, alors que certains pays regorgent de stocks alimentaires stratégiques.

Le Maroc qui connaît certainement des difficultés économiques liées à la sécheresse et à l’augmentation de la facture énergétique, a été l'un des premiers pays à fournir de l'aide au Niger et a soutenu à l’ONU ce pays dans son appel à la générosité internationale. Une aide alimentaire d'urgence est acheminée à Niamey et un hôpital militaire de campagne, comprenant 20 médecins et des infirmiers, a été mis à la disposition des autorités du Niger par le gouvernement marocain pour une action rapide sur le terrain. Le souverain Mohamed VI a pris l’initiative de se rendre sur place au Niger ce 18 juillet pour attester de la gravité de la situation et soutenir ainsi ce pays dans cette épreuve difficile.

Dans le même sens, l'Organisation des Nations unies a été pressée d’entreprendre les démarches nécessaires pour sensibiliser les différents partenaires à cette situation fortement préoccupante qui concerne plus de 2 millions de citoyens nigériens exposés à la famine. L’ONU est appelée à mettre en œuvre rapidement des actions de solidarité internationale. Dans ce cadre, le Maroc a appelé l'Organisation des Nations Unies à «fournir l'assistance d'urgence» et à déployer «tous ses efforts pour venir en aide au Niger».

Selon les estimations des Nations unies, 800 000 enfants souffrent actuellement de la faim au Niger, dont 150 000 en état de sévère malnutrition. Dans ce pays où la majorité de la population se livre aux activités agricoles (70%) et vit en milieu rural, 3 millions de paysans de tous âges souffrent actuellement de pénurie alimentaire. Parmi eux, plus de 150 000 sont dans un état critique, ce qui provoque la mort des plus fragiles au rythme d’une dizaine à une quinzaine par jour selon MSF; une telle situation nécessite une aide alimentaire d’urgence de tous les citoyens de ce monde.


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