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CGNews - Emarrakech - publié le Samedi 14 Mars à 10:25

La fabrication du récit historique




Stephen Coulthart - South Orange (New Jersey) – Chaque jour, des hommes politiques et des experts nous bombardent de listes d’analogies politiques: ‘‘L’opération libération de l’Irak est le prochain Vietnam’’ ou ‘‘ la ‘guerre de la terreur’ est la guerre froide d’aujourd’hui’’. Les analogies sont extrêmement utiles à l’expérience humaine.



Elles nous font mieux prendre conscience du monde et nous aident à tirer un enseignement des erreurs passées.

En politique, cependant, les analogies sont imparfaites et peuvent mener à une déformation de la réalité dans un monde péniblement compliqué.

Si les analogies ont toujours été employées dans la rhétorique politique, le recours discutable aux analogies historiques a progressé. Il se peut que le fait d’avoir connu deux guerres mondiales et un nombre incalculable de petits conflits en moins d’un siècle nous rende plus que jamais dépendants des analogies historiques lorsqu’il s’agit de prendre de graves décisions et de subir les crises. A titre d’exemple, au lendemain des attentats du 11 septembre, les hommes politiques américains se sont penchés sur le passé (Pearl Harbour) comme pour se convaincre de la victoire des Etats-Unis dans la lutte à venir.

Au-delà de cette simple analogie, nous voyons des hommes politiques et des diplomates élaborer et façonner des vérités historiques mensongères pour que les décisions politiques bénéficient d’un soutien. Dans son ouvrage The Muqqadimah, le philosophe arabe du XIVème siècle, Ibn Khaldun, a mis en garde contre de tels abus. Il a écrit que se fier aux analogies ne permet pas de reconnaître les changements dus au temps et peut amener les hommes à ‘‘tomber dans un abîme d’erreur’’ du fait de leur étourderie et de leur négligence.

La deuxième guerre mondiale fournit aux hommes politiques bien de la substance pour les analogies historiques. Avant la deuxième guerre mondiale, les hommes politiques et le grand public nourrissaient encore l’espoir que la paix pouvait perdurer. Cependant, la tentative ratée du Premier ministre britannique Neville Chamberlain (qui, estimant que les sévères sanctions imposées à l’Allemagne étaient injustes et cherchant à maintenir la paix, permit à Hitler d’occuper une partie de la Tchécoslovaquie en vertu des accords de Munich signés par l’Allemagne, la France, la Grande-Bretagne et l’Italie le 29 septembre 1938) a créé une nouvelle analogie.

Dans un récent article paru dans Newsweek, ‘‘The mythology of Munich’’, l’auteur Even Thomas parle de l’expression politique induite (selon laquelle capituler face à une agression c’est s’exposer à plus d’agression, soutenant que ‘‘Dans l’histoire de l’Amérique contemporaine, aucune métaphore n’a été autant employée (ou employée abusivement) que celle de ‘Munich’.’’

Par exemple, avant la première guerre du Golfe, le président des Etats-Unis, George H.W. Bush, a comparé l’invasion du Koweït par Saddam Hussein aux agressions des forces de l’Axe, ce pour dompter les partisans de solutions non-violentes. Et plus tard, en 2003, l’administration W. Bush recherchait du soutien pour une nouvelle guerre en Irak en faisant des rapprochements entre le maintien de Saddam Hussein et l’apaisement d’Adolf Hitler.

Les comparaisons ne s’arrêtent pas là. Il n’y a qu’à parcourir les grands discours pour trouver des termes qui rappellent les menaces et les ennemis de la deuxième guerre mondiale : l’ ‘‘Axe’’ du mal et le ‘‘fascisme’’- islamique pour ne citer que ceux-là.

Finalement, les dirigeants d’aujourd’hui doivent être responsables des analogies historiques et se montrer critiques face à celles-ci. Il faut essayer de ne pas établir de vagues comparaisons là où il n’y en a pas.

L’historien américain Arthur Schlesinger déclare que ‘‘[nous ne devons pas] traiter l’histoire comme un énorme sac dans lequel il y aurait une récompense pour tout le monde’’ afin de rationaliser chaque proposition politique.

Drazen Pehar, l’ancien chef de cabinet du président de Bosnie-Herzégovine, explique que faire usage des analogies de la façon la plus responsable est de les garder ambiguës : ‘‘Tout ce que nous devons faire est de desserrer le lien entre la source d’une métaphore historique et sa cible’’. Ramener des situations complexes à un dénominateur commun crée à la fois le risque de trop simplifier un ensemble de circonstances extraordinaires (avec des effets de vagues imprévus) et de supprimer tout potentiel pour trouver des solutions originales.

A titre d’exemple, en identifiant l’Iran comme faisant partie de l’‘Axe du mal’’ et en établissant des comparaisons historiques avec les puissances fascistes du passé, les Etats-Unis diminuent considérablement les options politiques qui privilégient la paix.

En résumé, nous devons laisser de la place à l’interprétation sans quoi, nous risquons d’établir des parallèles entre deux événements sans rapport et courons le risque de tomber dans l’abîme de l’erreur.



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