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Mustafa Akyol - CGNEWS - publié le Vendredi 29 Janvier à 06:00

La défense de l’islam justifie-t-elle vraiment la violence ?






La défense de l’islam justifie-t-elle vraiment la violence ?
Mustafa Akyol - Istanbul – Malheureusement cela s’est produit une fois de plus. Un extrémiste musulman a attaqué un Occidental pour le punir d’avoir raillé l’islam. Cette fois-ci, la victime était le caricaturiste danois Kurt Westergaard, dont la caricature controversée du prophète Mahomet a déclenché, il y a cinq ans, une grande agitation dans le monde entier. Il y a quelques semaines, un Somalien de 28 ans a fait irruption chez lui, armé d’un couteau et d’une hache.

« Nous aurons notre vengeance », aurait-il crié, quelques instants avant que la police lui tire dessus et l’arrête.

Kurt Westergaard, qui a eu la possibilité de se réfugier rapidement dans une chambre forte dont il dispose dans sa maison, a heureusement survécu à cet assaut. J’espère d’ailleurs qu’il ne sera plus jamais confronté à une telle situation. Sa caricature du prophète Mahomet, coiffé d’un turban en forme de bombe à la mèche allumée, avait aussi offensé le musulman que je suis. Mais j’estime qu’être offensé ne donne pas pour autant le droit d’agresser.

Or une minorité de musulmans pense différemment. Suite à la publication d’une douzaine de caricatures dont celle de Kurt Westergaard, dans le journal suédois Jyllands-Posten en septembre 2005, certains musulmans ont réagi très violemment, mettant le feu aux ambassades du Danemark à Beyrouth et à Téhéran ou encore défilant à Londres en arborant des pancartes aux slogans acerbes tels que « Massacrez ceux qui raillent l’islam ! » ou « Tuez ceux qui insultent l’islam!»

Quelle ironie finalement ! D’abord, des non musulmans dépeignent l’islam comme une religion violente, puis des musulmans en colère recourent à la violence pour protester, donnant ainsi finalement raison aux premiers.

Il est donc primordial de résoudre ce problème non seulement pour protéger la vie de gens comme le caricaturiste Westergaard, mais aussi pour préserver la dignité de l’islam. Voici ce que je propose :

Premièrement, il faut se demander pourquoi ces musulmans en colère, qui veulent « massacrer ceux qui raillent l’islam », sont surtout furieux lorsqu’il s’agit du prophète Mahomet — et se manifestent moins dans le cas d’autres prophètes (comme Abraham ou Moïse) ou plus important encore dans le cas de Dieu ?

Certes, dans la culture occidentale d’aujourd’hui, Dieu et les prophètes de tradition judéo-chrétienne tout aussi sacrés pour l’islam font malheureusement l’objet de nombreuses plaisanteries. D’un point de vue strictement théologique, la plus grande offense est celle à l’égard de Dieu. Quant aux prophètes, ils doivent être révérés de façon égale. En effet, le Coran décrit les musulmans comme étant « ceux qui croient en Dieu et en Ses prophètes sans faire aucune distinction entre ces derniers… »(4 :152).

Je n’entends pas par là que les moqueries visant Dieu ou d’autres prophètes devraient susciter un comportement tout aussi violent que celles à l’égard du prophète Mahomet. Je me demande simplement si l’intérêt tout particulier porté à Mahomet est réellement fondé sur la foi. A mon sens, il s’agit là plutôt d’une certaine forme de nationalisme musulman – une défense pour « nous » préserver ainsi que « notre religion » contre « eux ».

Deuxièmement, permettez-moi de poser une autre question : comment ces militants musulmans qui veulent « tuer ceux qui insultent l’islam » savent-ils si ce comportement est bien conforme à leur religion ou non ?

En général, à titre de justification, ils se référent à des épisodes de la vie du prophète Mahomet où celui-ci aurait fait exécuter deux poètes satiriques, prisonniers de guerre, après une bataille entre les premiers musulmans et des païens. Or il existe d’autres récits selon lesquels Mahomet aurait pardonné aux propagandistes anti-islamiques de son temps.

Or tous ces récits relatifs à la vie du Prophète, dont les premiers ont été rédigés un siècle et demi après sa mort, sont truffés d’énigmes, de contradictions et de mythes, les rendant souvent très difficiles à resituer dans le bon contexte. Leur signification dans le contexte du monde moderne est encore une autre paire de manches. (Après tout, le Prophète était un homme de son temps).

Par ailleurs, le Coran, source unique et incontestée par tous les musulmans, ne dit rien à propos de châtiments terrestres de ceux qui se moquent de l’islam. Il existe même un verset, intéressant, qui ordonne aux musulmans : « lorsque vous entendez les impies traiter de mensonge les versets de Dieu et les tourner en dérision, vous devez aussitôt quitter leur compagnie, à moins qu’ils ne changent de sujet, autrement, vous deviendriez leurs complices et Dieu réunira ensemble dans l’Enfer hypocrites et infidèles. » (4 :140)

Je trouve qu’il s’agit là d’une forme civilisée de désapprobation : les musulmans ne sont pas censés assister à un discours qui tourne l’islam en dérision. Tout ce qu’ils ont à faire dans un tel cas, c’est de s’en éloigner. Et encore, seulement le temps que cela dure. Une fois que la moquerie cesse, le dialogue peut reprendre. ( Il faut préciser que ce verset fait partie d’un chapitre médinois. Autrement dit, il correspond à une époque où les musulmans disposaient d’une armée puissante.)

Si l’on transposait ce précepte au monde moderne, on pourrait dire que les musulmans ont la possibilité de boycotter une rhétorique anti-islamique en refusant d’y prendre part et en évitant d’acheter les journaux ou de regarder les films et les pièces de théâtre qui raillent les valeurs de leur religion.

Mais cela s’arrête là. Désapprouver et boycotter est l’attitude musulmane à adopter, contrairement à la violence et aux menaces.

C’est bel et bien de cette manière pacifique qu’agit, en réalité, la plus grande majorité des musulmans. Le problème vient de la minorité extrémiste qui croit glorifier l’islam par la violence, ne se doutant guère que son extrémisme borné ridiculise notre religion bien plus que n’importe quelle caricature.

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* Mustafa Akyol est écrivain et chroniqueur à Istanbul. Article distribué par le Service de Presse de Common Ground (CGNews), avec l’autorisation de l’auteur.

Source: Hurriyet Daily News, 5 janvier 2010, www.hurriyetdailynews.com


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