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Jawad Kerdoudi - publié le Jeudi 18 Avril à 10:53

La crise spectaculaire de la Corée du Nord Faut-il la prendre au sérieux ?






La crise spectaculaire de la Corée du Nord Faut-il la prendre au sérieux ?
Rappelons tout d’abord que la Corée du Nord est un sous-produit de la guerre froide. Occupée par le Japon de 1905 à 1945, la péninsule coréenne a été séparée en deux à travers le 38ème parallèle après la seconde guerre mondiale. Le Sud est tombé sous influence américaine, tandis que le Nord a subi la suprématie soviétique. Le fondateur de la Corée du Nord a été Kim II-sung qui avait dirigé la résistance armée contre l’armée japonaise, et qui a créé le parti du travail de Corée par fusion du parti communiste et du parti néo-démocratique. Après la création le 15 Août 1948 de la République de Corée (Sud), ce fût le tour le 9 Septembre 1948 de la République démocratique de Corée (Nord). Il s’en est suivi la Guerre de Corée en 1950 qui a entraîné plus d’un million de morts, et qui n’est terminée qu’en 1953 par l’armistice mais sans signature d’un Traité de paix. Entre les deux Corée a été instaurée une zone démilitarisée d’un largeur de 2 km, mais qui est en réalité surveillée par plus d’un million de soldats de part et d’autre.
 
Après 1953, les deux Corée ont connu des orientations opposées. La Corée du Sud a adopté un régime politique démocratique et une économie libérale et capitaliste. La Corée du Nord avec une population de 25 millions d’habitants et une superficie de 125.000 Km2, est un régime totalitaire cultivant la culture de la personnalité avec un très faible niveau de droits de l’homme. La succession à la présidence de l’Etat est dynastique. C’est ainsi que Kim Jong-il a succédé en 1997 à son père, et que Kim Jong-un a succédé en 2011 également à son père à l’age de 27 ans. Il n’y a pas d’élections au suffrage universel du Parlement et des autres institutions, et l’économie malgré une petite ouverture en 2002, est restée planifiée et étatique dans sa grande majorité. La masse de la population vit dans la pauvreté et souffre de pénuries alimentaires. Par contre, toutes les ressources économiques sont orientées vers l’armée qui compte un effectif de 5,8 millions entre soldats d’active et de réserve.

Plus grave encore, la Corée du Nord s’est dotée de l’arme nucléaire en 2006, et a procédé jusqu’à maintenant à trois essais nucléaires et plusieurs tirs de missiles à moyenne et longue portée.
Les relations entre les deux Corée sont passées par des périodes d’acclamie et de tension. En 2000 les Présidents des deux Corée se sont rencontrés et ont créé une zone industrielle à Kaesong dans le Nord, où travaillent des entreprises sud-coréennes avec des ouvriers nord-coréens. Une nouvelle rencontre des deux Présidents a eu lieu en 2007. Mais à partir de 2008, plusieurs incidents le plus souvent provoqués par le Nord ont créé de graves tensions entre les deux pays.
 
Après son accession au pouvoir Kim Jong-un a déclaré le 1er Janvier 2013 sa volonté d’améliorer les relations avec la Corée du Sud. Mais le 12 Février 2013 la Corée du Nord a procédé à un nouveau essai nucléaire. A partir de Mars 2013 la Corée du Nord a menacé de frappes nucléaires préventives aussi bien la Corée du Sud, que le Japon et les Etats-Unis. Elle a fermé les points d’accès avec la Corée du Sud, et s’est déclarée en guerre avec son voisin du Sud. En Avril 2013, la Corée du Nord a interdit l’accès au complexe Kaesong et a retiré les employés nord-coréens. Elle a également indiqué que les Ambassades étrangères ne seraient plus protégées à partir du 10 Avril, et demandé aux ressortissants étrangers de quitter le pays. Enfin, elle a déployé sur sa côte orientale deux missiles d’une portée de 4.000 km capables d’atteindre la Corée du Sud, le Japon et l’île américaine de Guam. 
 
Devant cette attitude intempestive de la Corée du Nord, les Etats-Unis ne sont pas restés impassibles. Disposant de 30.000 soldats en Corée du Sud, ils ont entrepris en Mars 2013 des manœuvres militaires avec la Corée du Sud. De même ils ont fait survoler l’espace aérien sud-coréen par des B52 et des B2, et déclaré qu’ils défendraient leurs alliés dans la région de toutes leurs forces. De son côté, le Japon a indiqué qu’il répliquerait à toute attaque de la Corée du Nord, et a déployé des missiles sol-air Patriot. La Chine a placé son armée en état d’alerte près de la frontière sino-coréenne, et Taiwan a déployé des batteries de missiles sol-air. Enfin John Kerry le Secrétaire d’Etat américain a entrepris à partir du 12 Avril une mission dans la région, et a obtenu l’accord de Pékin pour la dénucléarisation de la péninsule coréenne.
 
Kim Jong-un va-t-il passer à l’acte ? La thèse la plus admise par les observateurs avertis est négative. Le jeune Chef d’Etat de la Corée du Nord fait toutes ces gesticulations pour des raisons internes, afin de consolider son pouvoir à l’intérieur du pays, et notamment vis-à-vis des forces armées. Les défenseurs de cette thèse ajoutent que cette attitude de Kim Jong-un a pour objectif d’obtenir des avantages économiques de la Corée du Sud et de la Chine, afin d’améliorer le niveau de vie de la population. Elle a également pour objectif d’amener les Etats-Unis à la table de négociations pour desserrer l’embargo qui étouffe le pays. Les spécialistes militaires ajoutent également que si la Corée du Nord dispose de l’arme nucléaire, elle n’a pas la capacité de lancer des missiles balistiques à tête nucléaire. Enfin l’argument le plus convaincant est que si la Corée du Nord lance un missile balistique à tête nucléaire, elle serait immédiatement détruite par l’arsenal américain. 
 
Espérons que cette thèse que je partage prévaudra, car une guerre nucléaire serait catastrophique pour toute la planète. A noter enfin l’attitude mesurée des Etats-Unis qui n’ont pas prétexté des provocations de la Corée du Nord pour l’attaquer et la détruire. Au titre de geste de bonne volonté, ils ont reporté le 7 Avril un essai de missile balistique intercontinental, et proposé d’ouvrir des négociations avec la Corée du Nord. Comme l’a dit la journaliste américaine Anne O’Hare Mc Cormick « Le vrai signe de puissance n’est pas aujourd’hui la capacité de commencer les guerres, mais de les éviter ».
 
Jawad Kerdoudi
Président de l’IMRI
(Institut Marocain des Relations Internationales)


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