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Mohamed Bentou - publié le Mardi 29 Novembre à 12:25

La crise des logements sociaux : un symptôme du mal-être algérien






Au début du mois, des heurts ont opposé la police et des habitants d’un village de Kabylie, sur fond d’attribution contestée de logements sociaux. Cet épisode de violence est l’un des nombreux symptômes de la crise multiforme – que ce soit sur le plan social, politique ou économique – que traverse une Algérie qui peine à se réformer.
La colère monte en Kabylie. De violents heurts ont éclaté entre la population et les forces de l’ordre dans un village proche de Tizi-Ouzou, samedi 5 novembre. En cause, l’affichage d’une liste de bénéficiaires de logements sociaux. Les habitants dénonçaient « l’absence de l’équité » dans l’établissement de la liste – les tensions étaient d’autant plus élevées que ce projet avait été annoncé il y a plusieurs années. Pour exprimer leur mécontentement, les manifestants se sont rassemblés devant le commissariat local. Après une longue attente, certains ont commencé à jeter des pierres en direction des policiers, qui ont riposté en usant de bombes lacrymogènes, puis chargé à plusieurs reprises. Les échauffourées se sont prolongées jusqu’au soir, augmentant en intensité, la riposte des forces de l’ordre devenant de plus en plus musclée. Tant et si bien qu’à la fin, le mouvement ne protestait plus contre les restrictions d’accès aux logements sociaux, mais bien contre les violences policières dont les manifestants disaient être victimes. 

La Kabylie n’en est pas à son premier mouvement de contestation. Ses habitants se plaignent de la répression de leurs droits politiques, linguistiques et du peu d’intérêt que le gouvernement central porte au développement de la région. Seulement, depuis deux ans, le mécontentement semble s’être répandu au-delà des minorités algériennes, et une part croissante de la population montre des signes de frustration. Les accusations de clientélisme, de copinage et de clanisme sont de plus en plus fortes. Alors que les responsables politiques en appellent à l’austérité, la corruption étatique est très mal vécue. Dans un rapport publié cet été, la Gendarmerie nationale dénonce la « situation sociale préoccupante »  et s’inquiète de « foyers de tensions » et de la recrudescence des « contestations à caractère social ». Pour l’heure, le gouvernement d’Abdelaziz Bouteflika semble ne pas vouloir – ou pire, ne pas être en mesure de –répondre aux nombreuses attentes exprimées par les citoyens. 

Avec un taux de dépendance budgétaire de 60 % à sa fiscalité pétrolière, l’Algérie est frappée de plein fouet par la baisse vertigineuse du prix du baril. Deux ans seulement après le choc pétrolier le plus violent de ces trente dernières années, la tendance est plus que jamais à la baisse des ressources des compagnies et la surenchère entre pays producteurs. Une situation particulièrement délicate en Algérie, le pays étant incapable, à la différence de l’Arabie saoudite, de la Russie, de l’Irak ou de l’Iran, d’augmenter ses exportations pour compenser un cours du baril en berne. Alors que sa consommation intérieure explose et rogne son surplus exportable, la production du pays est en baisse depuis dix ans. De fait, la rente pétrolière s’est effondrée (elle rapportait 70 milliards de dollars avant la crise, seulement 27 milliards sont espérés cette année) et le déficit budgétaire attendu en 2016 devrait atteindre 30 milliards de dollars, soit près de 20 % du PIB national. L’avenir, quant à lui, ne semble pas des plus rassurants. En effet, L’Agence internationale de l’énergie (AIE) annonce une baisse de la demande prévue en 2017 à 1,2 million de barils par jour (bpj), contre 1,4 million de bpj en 2016.

Un régime à la peine...

La réponse du gouvernement algérien à cette débandade du marché de l’or noir n’a pas réussi à inverser la situation. Le grand « Emprunt national pour la croissance économique » (ENCE) a été un échec retentissant (à peine l’équivalent de 2 milliards d’euros récolté jusqu’ici). Entre 2014 et 2015, le dinar a reculé de 20 %, s’accompagnant d’une inflation à presque deux chiffres. Si la situation venait à s’empirer, elle provoquerait des pénuries et un appauvrissement douloureux de la population. En ce qui le concerne, Abdelaziz Bouteflika refuse de reconnaître qu’il a une part de responsabilité dans ce qui arrive au pays. Dans un message envoyé aux Algériens le 5 juillet 2016, à l’occasion de la fête de l’indépendance, le chef de l’État a tenté d’expliquer la crise par un phénomène mondial, indépendant de sa gestion : « La crise économique et financière n’est guère l’apanage d’un pays particulier, notamment dans l’économie mondiale globalisée. C’est la réponse à cette crise qui varie d’un pays à l’autre, selon le degré de mobilisation et de consensus interne. » 

Une analyse contestable et contestée. Les institutions internationales ont commencé à accentuer les pressions sur le dirigeant algérien, pour que celui-ci change sa politique, professant une amplification majeure de la crise si rien n’est fait. Ainsi, lors de sa récente visite à Alger, Jean-François Dauphin, le chef de la mission du FMI en Algérie, a estimé que des réformes « de très grande ampleur » sont nécessaires « pour aider à réformer le modèle économique afin que la croissance soit davantage tirée par le secteur privé et soit moins dépendante des hydrocarbures et, donc, plus diversifiée ». Des mises en garde largement ignorées par le gouvernement, comme le démontre la déclaration du ministre des Finances Baba Ami. Ce dernier, interrogé sur les solutions prévues dans le cas où le baril venait à passer sous la barre des 50 dollars, s’est contenté d’affirmer que « les experts et les spécialistes s’accordent à confirmer que le prix du pétrole se maintiendra à 50 dollars en 2017 ». 

Une opposition qui gagne en popularité

Le pays semble bloqué dans un surplace politique, lié à la question de la succession du président Bouteflika. L’homme fort d’Alger, qui est aux manettes depuis son élection en 1999, a habilement manœuvré pour rester au pouvoir au-delà des deux mandats prévus par la Constitution. Mais sa succession est devenue une inquiétude réelle depuis le printemps 2013, lorsque ce dernier a été évacué d’urgence à l’hôpital du Val-de-Grâce, à Paris, après avoir été victime d’un accident cardiaque. L’opposition dénonce une mauvaise gestion et rue dans les brancards. En tête des réformateurs, Ali Benflis, l’ancien Premier ministre passé dans l’opposition (Talaiou El-Houriyet – Avant-garde des libertés). Cet ancien proche du clan Bouteflika a fini par claquer la porte en 2003, lassé par une politique sans vision. Il dénonce aujourd’hui un « blocage des institutions » et une « dégradation avancée de l’économie », qui pour lui sont imputables à une « vacance de pouvoir ». 

Son parti a connu une solide expansion et est aujourd’hui implanté dans 1 300 communes sur 1 500 en Algérie. Un gain de popularité, né de l’insatisfaction générale, qu’il expliquait en juillet dernier au journal Le Monde : « le vide au sommet de l’État fait que les problèmes sont laissés en jachère. Il n’y a aucune vision de long terme. Ce n’est pas l’Algérie qui est à bout de souffle, mais le régime qui la dirige ». Face à cette défaillance, plutôt que d’ouvrir sa politique à des suggestions externes, le gouvernement verse dans l’autoritarisme. À l’image de la censure médiatique des incidents en Kabylie, ou de l’annulation de l’achat du groupe de médias El-Khabar par le groupe agroalimentaire Cevital (synonyme, pour le gouvernement, d’une perte de contrôle de la diffusion d’informations), la mainmise du pouvoir se resserre à mesure que son action est questionnée. « Notre régime ne s’explique jamais. Il communique en intimidant, en utilisant les vieilles recettes des régimes autoritaires. Dès que sa survie est en jeu, il s’attaque à la liberté d’expression », déplorait M Benflis. « Aujourd’hui, il verrouille les médias publics et multiplie les pressions sur les journaux indépendants, car il se sait fragile. » 

Quant une éventuelle participation de son parti aux législatives 2017, M Benflis, déclare avoir « entamé un processus de large consultation des structures locales du parti » à ce sujet afin « de traiter ce dilemme démocratiquement ». La décision sera officiellement rendue le 7 janvier 2017. 



Source : http://www.blog.ma/La-crise-des-logements-sociaux-...



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