Lemag.ma : Portail d’information dédié au Maroc et au Maghreb
Facebook
Twitter
App Store
Newsletter
Mobile
Rss
Appel à renforcer le rôle des jeunes dans le suivi de l’Agenda 2030 à... | via @lemagMaroc https://t.co/CmCOvzqFM2 https://t.co/80Vlht9g1c



Rachid Amin - publié le Dimanche 13 Juillet à 19:34

La communication: un facteur de réussite ou d'échec des clusters !




Si dans les clusters ceux qui se ressemblent s’assemblent, pour découvrir la ressemblance, il faut d’abord communiquer.



A l’heure actuelle, et dans un monde caractérisé par la mondialisation, l’ouverture des marchés, le progrès technologique et la vitesse d’apparition de nouveaux produits et de nouveaux concepts, il serait facile et justifié de dire, que notre monde économique contemporain est fait d’innovations. Selon le manuel d’Oslo : « Une innovation est la mise en œuvre d’un produit (bien ou service) ou d’un procédé nouveau ou sensiblement amélioré, d’une nouvelle méthode de commercialisation ou d’une méthode organisationnelle dans les pratiques de l’entreprise, l’organisation du lieu de travail ou les relations extérieures ». Nouvelles technologies, nouveaux produits, recherche de valeur ajoutée pour les clients, que ce soit dans les procédés de production, la définition du produit ou service, ou la manière de travailler et de commercialisation, l’innovation fait la caractéristique du monde actuel, et elle est devenue une condition de survie et de compétitivité pour une entreprise actuelle ou en cours de création (Debonneuil, 2007).

Largement étudié et médiatisé, le concept de l’innovation joue un rôle clé dans les économies développées contemporaines, et la performance économique est désormais liée à la capacité des entreprises à innover. Cette capacité est liée aussi à l’existence de certaines conditions. En effet, dans une économie basée sur le savoir, et l’information comme un levier stratégique, l’innovation est largement liée à la création de connaissances et les processus d’innovation intègrent différentes formes de savoir et d’apprentissage (individuel et collectif). L’apprentissage individuel précède l’apprentissage collectif, dans le sens où ce dernier se base sur ce qu’a été appris au niveau individuel. L’apprentissage collectif « (…) amplifie le savoir créé par des individus et le cristallise en l’incorporant au réseau de savoir de l’organisation. Ce processus s’opère à l’intérieur d’une “communauté d’interaction” qui s’étend au-delà des frontières et des niveaux intra et inter-organisationnels » (Nonaka et Takeuchi 1997). Grâce à sa qualité d’être interactif, l’apprentissage collectif devient une source d’un nouveau savoir plus large que l’apprentissage individuel. Il est vrai que ce ne sont pas les seules conditions de l’innovation, car il existe des innovations de procédés technologiques et des produits, plus particulièrement dans les industries « à base scientifique », (Pavitt ,1984) comme la chimie, les biotechnologies et l’électronique qui ne pourront pas voir le jour sans un accès à des formes de connaissances scientifiques sophistiquées, et cela repositionne le rôle de l’université et les établissement d’enseignement, qu’est crucial dans la production des diplômés qui disposent du niveau requis de connaissances scientifiques et technologiques.

Le concept d’apprentissage collectif, est lié aussi à la coopétition, cette nouvelle forme de stratégies collectives, qui regroupe compétition et coopération en même temps (Sony et Samsung, IBM et Oracle, Renault et Daimler…). En fait, dans un contexte de mutations profondes, de rapidité, de crise, et d’ouverture des marchés, les entreprises cherchent d’autres sources de compétitivité et à renforcer leurs capacités d’innovation et d’apprentissage, en multipliant des liens de coopération et de collaboration entre elles et autres acteurs. Il faut dire que ces mutations économiques dans le cadre de la mondialisation ont changé la manière dont les entreprises fonctionnent afin d’être compétitives et performantes. Ces mêmes mutations ont donné naissance à de nouveaux termes mondialement reconnus comme l’économie nouvelle, l’économie de la connaissance, ou plus particulièrement les « Learning regions » ou « les régions apprenantes ». En 2001, L'organisation de coopération et de développement économique a fourni la définition suivante: «Learning regions are regions with a dense network of firms interacting with higher education institutions and research facilities. Policies to promote learning regions focus on regional cluster structures and university/firm linkages, while also promoting social inclusion of labour through learning».En fait, les « Learning regions » est un concept qui fait partie du courant de l’économie apprenante (Learning economy), qu’a été développé par des économistes danois, qui positionne la connaissance comme la source la plus stratégique et l’apprentissage comme le plus important pour l’innovation. (Landvall et Johnson, 1994 Ashim, 2001). Selon Landvall (1992), la qualité des institutions locales joue un rôle particulier sur l’innovation et l’apprentissage. Le concept de « Learning regions » se base sur le fait que les régions sont des milieux qui collectent et gardent des connaissances et des idées et créent l’environnement ou l’infrastructure qui favorisent et facilitent les flux d’idées, de connaissances et d’apprentissage (Florida, 1995). Dans ce sens, les « Learning regions » peuvent être considérées comme un moyen et un défi à l’échelle régionale pour faire face aux mutations et aux changements contemporains de l’économie mondiale, qui repositionnent le rôle des régions dans le développement économique et l’importance d’assurer leur attractivité pour en faire des pôles d’excellence et d’innovation en favorisant la coopération et l’apprentissage collectif. Les deux facteurs qui contribuent à la promotion de l’innovation et la compétitivité des firmes et des régions (Morgan, 1997).

L’innovation et la globalisation posent des défis, et les tendances imposent la promotion des activités innovantes à haute valeur ajoutée. Ceci explique la nécessité pour les économies de redéfinir leurs politiques industrielles. Dans ce sens, nous assistons à une spatialisation et un ancrage des activités économiques, parmi les plus innovatrices, dans des territoires locaux ou régionaux et les politiques industrielles cherchent à favoriser sur les territoires des synergies entre les différents acteurs qui peuvent mettre en commun leurs ressources pour innover. En effet, nombreuses sont les études empiriques qui ont montré que les entreprises co-localisées peuvent être plus innovantes et performantes que les autres (Beaudry et Brescia, 2003; Free et Harrison, 2006), et que la concentration géographique d’entreprises et d’institutions (universités, instituts de recherche publiques ou privés…) favorise l’apparition et la diffusion rapide d’innovations (Baptisât, 2000).

Dans ce contexte de nouvelles organisations collaboratives, et des réseaux d’innovation territoriaux, dont le développement est encouragé par les pouvoirs publics dans plusieurs pays, ont vu le jour. Selon Thaï, un réseau d’innovation territorial est un réseau d’innovation qui inclue une dimension de proximité géographique représentant un facteur incitatif de coopération et suggère une concentration géographique d’entreprises et/ou d’institutions publiques ou privées qui unissent leurs forces et compétences pour innover en s’appuyant sur des modes de travail en réseaux. Les clusters est une forme parmi d’autres de ces réseaux d’innovation. Selon Hamdouche (2008), un cluster d’innovation est comme un « ensemble d’organisations et d’institutions, définies par leur nature et leur localisation, qui interagissent formellement ou informellement au travers de réseaux inter-organisationnels et inter-individuels variés, et qui contribuent à la réalisation d’innovation dans un domaine d’activités donné, c’est-à-dire dans un domaine défini par des champs spécifiques de connaissances, de compétences et de technologies.». Il s’agit d’un réseau qui regroupe un ensemble d’entreprises dans un secteur donné, qui entretiennent des relations de coopération entre elles et des liens de partenariats avec des instituions (centres de formation et de recherche, laboratoires, sources de financement, associations…), ces liens sont coordonnés par une fonction d’animation et une structure de gouvernance dans le but de mettre en œuvre des projets collaboratifs d’innovation.

Aujourd’hui, les clusters existent un peu partout, et dans plusieurs pays, comme des réseaux nés d’une manière spontanée entre les entreprises d’un secteur d’activité, ou comme un outil politique qui vise à renforcer le rôle des régions et des territoires dans l’émergence des projets d’innovation, et l’amélioration de la compétitivité. Parmi les pays qu’ont choisis cette politique, le Maroc en fait partie, dans le cadre de la nouvelle stratégie Maroc Innovation.

L’un des objectifs attendus de ces clusters, consiste à mobiliser leurs membres pour participer à des projets de recherche et développement communs pour stimuler l’innovation et favoriser la création des start-up ainsi que la compétitivité et la croissance des entreprises. Cette décision de partager des initiatives en termes d'innovations techniques ou technologiques entre plusieurs acteurs d'un même territoire ne va pas forcément de soi. Les clusters sont constitués de diverses parties prenantes dont les attentes, les valeurs et les intérêts peuvent être convergents, mais aussi parfois contradictoires. Certains freins peuvent alors émerger (méfiance, individualisme des entreprises, propriété intellectuelle, manque d’intérêt, absence d’esprit coopératif, légitimité, crédibilité…), ce qui explique le rôle des équipes d’animation et les structures de gouvernance des clusters pour prouver la crédibilité du cluster et convaincre les adhérents de l’intérêt de créer des synergies (entre les industriels, et entre ceux-ci et les acteurs de la recherche et de la formation) dans le but de développer des projets collaboratifs et d’innover en partenariat

Dans cet article nous nous intéressons à la communication comme un élément essentiel dans le développement d’un cluster. En effet, plusieurs auteurs (Marcus Andersson, Adrian Solitander et Per Ekman, 2012) ont parlé de la communication comme une fonction importante pour le développement des clusters. La communication doit permettre de rendre lisible la stratégie aux yeux des acteurs (partenaires, financeurs, prospects etc.) et garantir l’appropriation de celle-ci par les membres, elle doit également permettre le développement de la notoriété et la visibilité du cluster ainsi que la construction d’une image forte, voire d’une marque collective qui dynamisera la croissance des adhérents et servira ainsi les intérêts du territoire. Il est évident qu’une entreprise décidera de s’implanter dans une région si elle constate que d’autres sociétés de son secteur y sont déjà installées et se développent, pareil pour un chercheur, s’il trouve des appels à projets et s’il sait que des sources de financement sont disponibles pour investir dans des projets collaboratifs d’innovation. La communication du cluster doit aussi permettre de répondre à un enjeu important pour ses membres, celui de leur besoin de visibilité, de notoriété et de faire connaitre leurs savoir-faire. Il s’agit d’un projet dont la réussite nécessite un degré de collaboration. Dans ce sens la communication est importante. Pour que la collaboration soit efficace, une communication ouverte et fréquente doit être engagée. Il faut veiller à organiser des contacts fréquents et directs entre les partenaires et les différents groupes de travail ou instances décisionnelles. Il faut partager et échanger les informations de manière constante afin d'éviter qu'un groupe ne bénéficie que d'informations de seconde main (Costongs et Springett, 1997). Il est important de prévoir, entre tous les groupes, des canaux de communication dans les deux sens. Une structure de communication ouverte et visible (transparente et bien identifiée par tous les partenaires) accroît la confiance et réduit la possibilité de conflits (Costongs et Springett ,1997).

Sans une stratégie de communication, l’efficacité des actions du cluster diminue pour ne pas dire inexistante. Dans le contexte de management des projets (d’innovation ou autres), la communication joue aussi un rôle important qu’a été souligné par plusieurs auteurs. Crozier et Friedberg (1977) ou Axelrod (1992), expliquent comment la communication permet la coopération et peut ouvrir le champ à la motivation, particulièrement en situation d’incertitude, Kotter, (1995) et Vandangeon-Derumez (1998) déclarent que la communication constitue un facteur clé de succès lorsqu’il s’agit de vivre et de faire vivre à d’autres un événement se situant hors de la routine opérationnelle de l’entreprise. D’autres chercheurs, comme Elovitz (1999) et Kerzner (2000) montrent qu’un grand nombre de projets échouent par manque ou erreurs de communication. Dans les projets d’innovation, ce sont de nombreux acteurs, d'horizons et de métiers différents, qui sont en effet engagés. Ces personnes doivent communiquer aussi bien pour s'échanger des informations, que pour contribuer à l'émergence de cadres de référence communs, afin d'orienter l'action collective en développant des liens de collaboration. Le manque d'intérêt ou d'engagement des parties prenantes peut constituer une barrière à la collaboration (Butler, 1999; Milne, 1998; Selin et Beason, 1991 ; Timothy, 1999). La légitimité du projet figure comme un élément incitatif à l'intégration des parties. Elle suscite la convergence des intérêts des partenaires vers une mission commune et partagée (Préfontaine, Ricard et Sicotte, 2002). La communication, dans ce sens, peut être un outil puissant pour susciter l’intérêt et accroitre l’engagement des acteurs. A cet effet, pour être efficace, la communication se doit de suivre des schémas logiques. Ce qui nécessite l’élaboration des stratégies (Robert ESCARPIT ,1991).

Pour créer des synergies et des liens de partenariats et de coopération, il est essentiel de créer des relations de confiance pour que des projets puissent prendre forme, et qu’ainsi des activités de recherche et développement soient lancées. Il est évident de dire, qu’on ne peut pas créer un groupe de travail entre des gens qui ne se connaissent pas. Il faut donc chercher à créer la confiance, et des liens constructifs entre les acteurs, pour qu’au-delà, le cluster puisse remplir ses objectifs en termes d’innovation et de croissance. Cela nécessite un partage des intérêts et des enjeux entre toutes les parties prenantes. Au niveau interne, aucun cluster ne pourra assurer la réussite de ses missions s’il n’y a pas un engagement, une implication des membres et des différents acteurs qui le composent et qui partagent une vision commune et se retrouvent dans un positionnement commun et des défis communs. Réaliser des projets d’innovation collaborative, cela exige un bon niveau de communication, qui permettra l’instauration d’une circulation fluide des informations entre les différents acteurs. Le cluster doit apporter une satisfaction à ses membres à travers l’instauration d’une approche dynamique et participative et qui implique tout le monde pour la réussite de tous. Pour cela, il faut connaitre les besoins des membres et des cibles ainsi que leurs attentes et motivations. Pour y arriver, cela exige l’instauration des liens d’échange et de communication. Au niveau externe, les clusters cherchent à être attractifs pour attirer plus de membres et de partenaires et assurer l’attractivité du territoire pour attirer les investisseurs étrangers et les porteurs de projets et convaincre les donateurs et ceux qui détiennent les capitaux, ainsi que les chargés de financement dans les institutions privées et publiques qui vont débloquer les sommes nécessaires pour la réalisation des projets collaboratifs. Cela aussi, exige un effort de communication et un échange professionnel qui s’inscrit dans un cadre stratégique et qui correspond aux missions, à l’identité et aux valeurs du cluster. La visibilité médiatique et la réputation du cluster sont deux éléments essentiels de sa réussite. Un cluster connu et reconnu est plus attractif pour de nouveaux membres, est plus facilement impliqué dans des projets de coopération internationaux et possède un pouvoir de conviction plus fort auprès des pouvoirs publics. Le développement des activités de relations publiques aux niveaux local, national, international et au sein du secteur d’activité technologique permet de mieux sensibiliser les parties intéressées. Une stratégie de communication est nécessaire afin de cibler les instruments médiatiques les plus adéquats.

Dans le contexte marocain, il faut voir si les caractéristiques des PME pourront faciliter l’adhésion de ces dernières aux clusters. La décision qui revient au dirigeant ou au propriétaire peut poser des problèmes. Les PME souvent individualistes, et qui cherchent à assurer leurs survies dans un environnement de plus en plus concurrentiel et instable auront peut-être du mal à adopter des stratégies collectives et des stratégies de coopération et de collaboration avec les concurrents. En plus, il faut payer une cotisation annuelle pour adhérer au cluster. Cela suppose que l’entreprise voit son intérêt dans le fait d’adhérer au cluster, et estime que le cluster est crédible et légitime, ce qui n’est pas toujours le cas. On peut même se poser la question si le concept du cluster est connu chez les PME marocaines. L’état a opté pour cette stratégie, des fonds ont été débloqués pour subventionner les clusters qu’ont été créées depuis le lancement de la stratégie Maroc Innovation. Mais disposons-nous des profils adéquats pour animer ce genre de réseaux ? , Jusque-là aucune école ni université marocaine ne propose des formations dans ce sens, alors qu’en France par exemple, on voit déjà l’intégration des filiales pareilles dans le système d’enseignement. Il s’agit alors de déterminer les spécificités des clusters comme des réseaux nouveaux au Maroc, qui regroupent compétition et coopétition, dont l’animation nécessite des qualités et surtout en termes de communication. Il serait aussi important au niveau national de penser à organiser des séances ou des compagnes de sensibilisation chez les entreprises quant aux bienfaits des clusters et la valeur ajoutée qu’ils peuvent apporter aux adhérents, à l’image des districts italiens ou la silicon valley et leurs semblables. Ces évènements peuvent créer des rencontres et des liens de connaissances entre les entreprises, et peuvent être organisés en partenariat avec tous les acteurs locaux et les différentes parties prenantes. En fin, pour garantir une réussite de cette politique, il serait important de choisir les bons profils qui pourront jouer le rôle d’animateur d’une manière efficace, et concevoir des messages qui peuvent attirer et faire engager les différents acteurs ciblés. Si les clusters réussissent ailleurs, ce n’est pas la forme qui compte, c’est beaucoup plus ce qui se passe à l’intérieur du cluster, son image à l’extérieur ainsi que toutes les actions mises en œuvre pour dynamiser le réseau et faire émerger des projets d’innovation, qui ne pourraient jamais voir le jour sans coopération et collaboration, et sans une communication professionnelle très réfléchie.

Si dans les clusters ceux qui se ressemblent s’assemblent, pour découvrir la ressemblance, il faut d’abord communiquer.


Tagué : Rachid Amin

               Partager Partager