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Darrehmane Boudriss - publié le Mardi 11 Juin à 22:09

La carte cognitive et le découpage des territoires




En 1908 la cartographie cérébrale de brodmann est définitivement adoptée, elle dévoile 52 zones cérébrales ; coïncidence ou pur hasard le nombre des zones corticales est presque le même que celui du nombre des Etats d’Amérique.



Darrehmane Boudriss
Darrehmane Boudriss
La carte cognitive, selon les psychologues cognitivistes est une représentation mentale d’un environnement physique que l’organisme construit lors d’un apprentissage complexe. Cette carte concerne aussi bien le processus d’apprentissage des individus que l’adoption des plans stratégiques ou des découpages des territoires. Pourquoi les Etats-Unis par exemple, à un certain moment de leur histoire, et après moult réflexions et luttes, ils ont conçu leur pays sous forme de 50 Etats : effet de l’histoire ou effet de la carte cognitive de l’époque ? Pourquoi à un certain moment de l’histoire, il eût la guerre froide qui divisât le monde en deux ?

Pourquoi à un certain moment de l’histoire, il y eut l’apparition du bloc des pays non alignés ? Pourquoi à un moment de l’histoire les Etats Européens ont décidé de préparer leur union ? Et pourquoi encore les Etats-Unis pensent actuellement à reconstruire le Grand Moyen Orient ? Autant de questions auxquelles on devrait trouver réponse dans les structures mentales de la cartographie cognitive.

En 1908 la cartographie cérébrale de brodmann est définitivement adoptée, elle dévoile 52 zones cérébrales ; coïncidence ou pur hasard le nombre des zones corticales est presque le même que celui du nombre des Etats d’Amérique. L’Amérique en optant pour ce découpage aussi bien du cerveau que de la géographie obéit sûrement à une force latente qui lui fait admettre la réalité sous le même nombre. Que de réalités scientifique ou politique adoptées uniquement sous la puissance occulte du chiffre. Le cerveau est lui aussi une géographie, mais qui impose à la vraie géographie sa propre puissance. La puissance des neurones.

Après les années soixante-dix du vingtième siècle, une nouvelle cartographie commence à prendre consistance, elle tourne autour de l'idée forte de la présence de colonnes cérébrales au sein du cerveau humain. La présence de ces colonnes se dévoile par la présence de deux types de cellule: les cellules étoilées et les cellules pyramidales."les cellules "pyramidales", nous apprend Jean-Pierre Changeux, se reconnaissent par leur corps cellulaire conique, leur dendrite apicale qui part verticalement vers la surface du cortex, et leurs dendrites basilaires en forme de racines; leur axone s'enfonce en profondeur et sort finalement, du cortex. Les cellules étoilées restent à l'intérieure du cortex. Elles portent des noms suggestifs de la diversité de forme de leurs arborisations" . Grâce à la longueur, la taille et la ramification des cellules pyramidales, l'idée de l'existence de colonnes ramifiées de communication cérébrale prend forme et consistance, et comme l'explique Jean-Pierre Changeux hors du cortex…

Les cellules étoilées qui ne quittent pas l'enceinte du cortex sont diverses. Changeux décrit l'une d'entre elles comme suit:"à double bouquet dendritique dont le cylindre axe(ou axone) s'épanouit en une arborisation extrêmement touffue" .Il décrit une autre cellule étoilées comme suit: "à cylindraxe court et ramifié en longues branches horizontales"

L'adoption de l'idée de la présence de colonnes et d'étoiles de communication au sein de la boite cranienne s'est conçue comme un grand dépassement de la théorie de spécification et de localisation des zones corticales. Cette nouvelle conception neurologique a eu beaucoup de retombées sur les domaines économiques et politiques. A vrai dire, il est très difficile de dire qui de ces domaines a transféré à l'autre son modèle de pensée. La théorie de la spécification des zones corticales, cette théorie purement atomiste, correspond parfaitement à des modèles de conception politique et économique. Ainsi par exemple, l'idée de l'Etat Nation, durant la période qui s'étale de la première guerre mondiale jusqu'aux années soixante du vingtième siècle doit son exploit à l'atomisation du système de communication cérébrale. Les Etats ne sont conçus que comme des petites entités qui ont besoin pour survivre à l'arme de la bombe atomique. Ainsi l'atomisation des systèmes a sans doute valorisé à l'extrême le système de l'atome.

Durant un siècle on a vu succédé quatre types d'Etat qui ne sont entre autre que la prolongation épistémique de l'exploration des cellules cérébrales. On est passé de l'Etat Nation à l'Etat raciale, en passant par l'Etat continental à l'Etat mondial

L'atomisation cérébrale est succédée par l'acceptation de l'idée de fonctionnement par intérim: une zone corticale en hibernation, par exemple celle de la vision pour les non-voyants, transfère son pouvoir de fonctionnement à une autre zone corticale, celle du toucher ou de la parole. Le fonctionnement par intérim, qui n'a pas en réalité succédé à la théorie de spécification corticale, mais qui a cohabité avec elle, transfère lui aussi son pouvoir de concevoir a l'économique et au politique. La conception de la réalisation de l'idée du protectorat au Maroc, ou l'idée de donner conseil par le FMI par exemple a un pays pour adopter les même mesures économiques et politiques appliquées par un autre pays pour s'assurer les privilèges du progrès, est en quelque sorte un type de fonctionnement par intérim adoptée grâce à la nouvelle carte cognitive.

Actuellement l'idée des colonnes cérébrales est une idée qui structure à merveille l'espace géopolitique du globe terrestre. On assiste sur le plan économique à l'ébranlement du capital nation, à la disparition graduelle de l'Etat nation et à l'apparition des grands espaces économiques et des grandes nations continentales comme celle de l'union européenne, ou celle des regroupements financiers, ou celle encore des zones commerciales du libre échange. Ainsi, il faut admettre que le monde se conçoit comme une pure et simple carte cognitive ce qui veut dire qu'il faudrait faire valoir le mental au détriment du réel. Si les locataires de la maison blanche se battent pour imposer une nouvelle carte du moyen orient c'est qu'ils sont sous le joug d’une nouvelle carte cognitive dont les soubassements et les présupposés laissent croire à l’unique éventualité de ne pas négocier le futur monde.

Que de comportements étranges, en une seule journée toute l'Espagne s'est vue basculer vers la gauche, et, par là, contre ce qui s'était conçu à une date récente comme allant de soi: la guerre "légitime "en Iraq…
Les politiques obéissent-elles uniquement aux principes des intérêts, ou sont-elles aussi le fruit de cartes cognitives?

Au sein de notre dépôt intellectuel, entre les interstices de la géographie des neurones, s'installe une immanence qui à chaque fois devant une situation à résoudre elle prête à cette autre géographie une façon d'interpréter et de comprendre. A la façon des plantes, cette immanence est sans doute une sève qui irrigue et jalonne tous les parcours et les entrailles ?

Les colonnes cérébrales qui s'assemblent et s'étendent depuis le tronc jusqu'aux extrémités des limbes, et à travers tous les sillons et toutes les circonvolutions, les protéines qui les font nourrir que véhiculent-elles? Si non des idées et des modules. Le module religieux par exemple, lui aussi n'échappe pas à cette règle.

Etrange, le chiffre quatre traverse le module religieux. Effet du hasard ou effet de la géographie des neurones. Les trois religions monothéistes, chacune d’elle fait reposer son socle sur quatre dogmes référentiels bien distingués. Le christianisme reconnaît quatre évangiles. L’islam admet quatre dogmes :

• Le dogme malékite
• Le dogme hanafi
• Le dogme wahhabi
• Le dogme chiite

Ce dernier dogme, lui aussi par coïncidence de l’histoire, s’est subdivisé en quatre sous dogmes interprétants.

Les savoirs scientifiques laissent des traces, les leurs d’abord, celles de leur propre histoire et de leur propre évolution dans le temps ; mais elles laissent aussi des traces d’autres choses que nous ignorons tous et qui façonnent nos méthodes et nos interprétations. Les connaissances scientifiques sont des connaissances par ce qu’on y croit aussi et du moment qu’on y croit plus elles ne sont plus des connaissances scientifiques. Que sont –elles alors ? De pures spéculations idéologiques ! Ou de simples avatars de simples principes scientifiques presque immuables.

Pour construire un savoir on a toujours besoin d’un schéma. Ce schéma on ne le construit pas on l’hérite de notre passé et on lui donne forme selon cette géographie cartographique que nous nommons culture et religion. Les sérails du savoir ressemblent aussi à ceux de la croyance et de la culture. Ils sont presque toujours le fruit d’un texte religieux Même les chiffres sont dotés d’une religiosité. Parfois c’est le chiffre trois chrétiens qui leur donne forme et dans d’autres cas c’est le chiffre "sept" musulman. Incroyable les frontières entre la religion de la science et la science de la religion se mêlent. Sciences de l’esprit et esprit de sciences se côtoient et se miroitent sans cesse. Y’a-t-il vraiment une science qui ne soit mêlée à une croyance. Ce sont aussi les croyances qui décident de l’avenir de la science



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