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Fatiha DAOUDI - publié le Mardi 28 Août à 00:16

La Siba du Maroc moderne




Même ceux qui n’ont pas une connaissance approfondie de l’histoire du Maroc savent que son territoire a connu des espaces de désobéissance au pouvoir central appelé makhzen. Cette désobéissance ou en dialectal marocain siba se résumait, en général, en un refus de payer les impôts.



La Siba du Maroc moderne
De nos jours, l’Etat marocain a une organisation moderne. Elle date du protectorat qui a introduit les concepts d’institutions et de service  public. Pour ne se pencher exclusivement que sur ce dernier, il est important de rappeler qu’il obéit à deux principes majeurs : le principe de la continuité et celui de l’égalité.

Le service public, pilier de la vie communautaire moderne subit, de nos jours,  les affres d’une   siba  nouvelle version ou, pour être plus clair, une désobéissance endémique à ses principes fondateurs.

Pour l’expliquer, le principe de la continuité permet de répondre sans interruption aux besoins d’intérêt public sous la forme d’horaires fixes ou de permanence. Le droit de grève réglementaire reste, cependant, respecté.

L’égalité devant le service public signifie que son accès et ses charges doivent être les mêmes pour toute personne. Il est  tout simplement la mise en œuvre du principe constitutionnel de l’égalité en droits et obligations.

La  siba , dans la continuité du service public, revêt la forme de grèves presque en continu des employés des arrondissements de communes, des fonctionnaires de l’éducation nationale et de la santé publique. Ces grèves prennent les citoyens en otages sans aucune considération pour le caractère essentiel de la permanence du service public.

Il n’est pas rare de se retrouver, pour des formalités administratives, devant des bureaux vides ou alors, chose incompréhensible, quand il n’y a pas de grève, devant un préposé à la légalisation de signatures qui ploie sous le travail titanesque que cela semble demander alors que plusieurs employés, à ses côtés, se roulent les pouces, sous prétexte qu’ils sont là pour assurer d’autres tâches. Vous verrez souvent ces préposés à la légalisation distiller leur mauvaise humeur et leur hargne sur le citoyen qui peut attendre des heures et se voir finalement refuser son tour parce qu’il est l’heure du repas ou de la prière, droits considérés comme autrement plus importants que le principe de la continuité du service public et de sa permanence.

La traversée des  frontières pour sortir du pays ou y rentrer est source de tracas et d’atteinte à la dignité humaine. Pour parler des frontières terrestres, vous pouvez vous trouver devant des guichets où les préposés ne sont pas là, comme ils le devraient, pour vous faciliter l’entrée ou la sortie.  Ils sont plutôt là pour en faire un bizness par l’entremise d’individus qui vous imposent leur médiation pour soit disant vous faciliter les formalités de passage, évidemment moyennant corruption.

Il est également fréquent que le citoyen voit, quand arrive le jour de son rendez-vous avec un médecin, difficilement obtenu, des services d’hôpitaux ou de dispensaires vides à cause de grèves, sans personne pour en assurer la permanence. Et quand il n’y a pas de grèves, les patients sont confrontés à un traitement inégal qui n’a, à son tour, qu’une seule explication : la corruption.
On voit aussi, de plus en plus,  des agents de police, censés gérer la circulation, préférer l’ombre d’un arbre et regarder, impassibles, les conducteurs de voitures et d’autobus brûler les feux rouges impunément. Même si l’on peut considérer que leurs conditions de travail sont difficiles, à cause de la chaleur et de la pollution, ils sont néanmoins payés par les contribuables pour leur assurer un minimum d’ordre et de sécurité dans la circulation.

Et  phénomène nouveau dans notre société où la  siba  se propage, quand les policiers décident de faire leur travail, ils peuvent le voir entravé par des délinquants et leurs complices. Plusieurs médias ont rapporté récemment la prise à partie de policiers par les délinquants qu’ils poursuivaient, appuyés en cela par les habitants du quartier!

Conséquemment à cela, il y a tout lieu de parler de déliquescence et surtout de se poser des questions : comment en sommes-nous arrivés là ? Les citoyens sont-ils complices de cette débandade ? Mais à propos peut-on parler de citoyenneté ? Ne vivons-nous pas actuellement une absence de civisme presque structurelle ?

Le civisme, base de la  citoyenneté n’est, certes, pas inné. Il exige une initiation dès le bas âge aussi bien au sein de la cellule familiale qu’à partir des premières classes de l’école où il devrait  être inculqué quotidiennement comme cela se faisait il y a une cinquantaine d’années. Plus encore, le civisme nécessite une « formation continue » à laquelle devraient contribuer tous les moyens de communication.

Par ailleurs, la fin de l’impunité est la principale digue contre la  siba  nouvelle version que nous vivons. Concernant notre propos, voir tous ceux qui transgressent les règles de la continuité et de l’égalité devant  le service public  rendre des comptes et être sanctionnés, sans distinction aucune, aurait  une vertu pédagogique incontestable.

Entraver les poches de corruption en diminuant au maximum les formalités administratives qui peuvent l’être sans difficulté est une démarche possible pour stopper la  siba  rampante. Par exemple, réfléchir sur l’intérêt réel des fiches de police aux frontières. Les informations figurant sur le passeport ne sont-elles pas suffisantes ? Supprimer ces fiches sonnerait  le glas du chantage aux frontières.

Venons-en à la légalisation de signatures qui semble, dans notre contrée, une formalité administrative quasi incontournable. Il y a lieu de se poser la question de sa réelle utilité et de son intérêt juridique.  Nous avons cru comprendre que la nouvelle carte nationale est sensée réduire bon nombre de formalités administratives.  Dans ce cas, seule l’authentification des actes juridiques tels que les contrats de vente, de bail devrait nécessiter la légalisation de signature.

Voici quelques pistes qui pourraient juguler de façon chirurgicale, avant qu’il ne soit trop tard, la  siba  nouvelle version qui est en train de gangréner la structure de la société marocaine dans sa totalité. Mais seule la fin de l’impunité achèvera de la guérir.


Tagué : Fatiha DAOUDI

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