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par Leonidas Oikonomakis - CGNEWS - publié le Dimanche 26 Septembre à 22:04

La Grèce, la Turquie et la diplomatie du basketball, vues d'en bas




Athènes - Au moment même où j'écris ces lignes, un événement de basketball très important se déroule en Turquie: le championnat du monde 2010 organisé par la FIBA (Fédération Internationale de Basketball). En tant que connaisseur de ce sport, je vous parie qu'il y aura deux gagnants cette année: la Grèce et la Turquie.



Bon, d'accord, ce n'est pas possible - je sais qu'il ne peut y avoir qu'un gagnant sur le terrain. Mais en dehors du stade, il peut y en avoir plus d'un. Cet événement sportif pourrait bien être l'occasion d'un rapprochement entre la Grèce et la Turquie, pas au niveau des hautes sphères politiques, mais au niveau de la base, de la rue.

J'en veux pour exemple un calicot créé par un fidèle groupe de supporters grecs appelés "Pelargoï" (les cigognes), du nom de la mascotte du championnat européen de 1987 que la Grèce avait remporté à Athènes. La banderole, qui est déployée tout au long des stades du championnat en Turquie, arbore, en grec, en turc et an anglais, la maxime: “Nous sommes des voisins, pas des ennemis”.

Tout récemment, la Turquie a annoncé qu'elle allait supprimer la Grèce du premier rang de son Document de Sécurité Nationale (MGSB), signifiant ainsi que ce pays ne constitue plus son risque majeur. Ahmet Davutoglu, ministre des affaires étrangères a aussi fait savoir que la Grèce et la Turquie ont ouvert un dialogue pour mettre un terme aux “dogfights” (escarmouches aériennes) qui se déroulent au-dessus de la mer Egée, aux prix, souvent de la vie des pilotes. De plus, maintenant que les offices religieux y sont autorisés, le monastère orthodoxe de Notre-Dame de Soumela a rouvert ses portes pour la première fois depuis 88 ans. Encore un signe de bonne volonté de la part de la Turquie.

Ces progrès sont à mettre en rapport avec les activités du tout nouveau Conseil de coopération stratégique, constitué cette année pour accélérer la coopération bilatérale. Ce conseil, composé de dix ministres turcs et sept grecs, a tenu sa première réunion à Athènes en mai 2010. A cette occasion, les ministres ont signé 22 accords et protocoles de coopération sur des sujets tels que la protection de l'environnement et de la biodiversité, les échanges de bonnes pratiques et de savoir faire, l'éducation, la modification des manuels d'histoire incitatifs, et enfin le tourisme, avec la promotion de voyages organisés mixtes et la coopération en matière de tourisme culturel.

Sur l'autre rive de la mer Egée, la Grèce s'affirme, ô surprise, en championne de l'entrée de la Turquie dans l'UE. Elle travaille d'ailleurs à un rapprochement avec son ancienne ennemie depuis que feu Ismaïl Cem, alors ministre des affaires étrangères, et le Premier ministre Georges Papandreou déployèrent la “diplomatie du tremblement de terre” à la suite des deux séismes catastrophiques qui frappèrent les deux pays en 1999 et après que tous deux se précipitèrent au secours l'un de l'autre, chacun envoyant chez le voisin des secours d'urgence. Ces entretiens débouchèrent sur des mesures de détente et de renforcement de la confiance.

Tout ambitieux qu'ils soient, les efforts de rapprochement ont toujours été orchestrés “par le haut”, par les élites politiques des deux pays et non par leurs peuples.

Tandis que l'élite politique grecque considère la candidature de la Turquie à l'UE comme une occasion de se réconcilier sur les questions historiques et les différends bilatéraux, la population grecque ne partage pas ce point de vue. Pendant 400 ans, la Grèce a subi l'occupation ottomane, à maintes reprises, les deux pays sont entrés en guerre - guerre des Balkans, Première guerre mondiale et Chypre en 1974. Il faut bien l'admettre, le Grec moyen est toujours hostile au peuple turc et il en va de même du Turc moyen envers les Grecs.

Il faut dire que cette hostilité séculaire a été largement encouragée par la propagande d'Etat telle qu'elle s'exprime dans les manuels scolaires des deux pays. Si cette mentalité n'est pas corrigée au niveau des citoyens grecs et turcs eux-mêmes, le rapprochement des Etats ne sera ni réussi ni réel.

Voilà pourquoi il faudrait plus d'initiatives “du peuple d'en bas ”, à l'image de celle des supporters de basket de Pelargoï, en même temps que les initiatives politiques des deux gouvernements. A la reconversion des mentalités dans les livres d'histoire doit s'ajouter une réduction historique des dépenses militaires de part et d'autre, car elles figurent parmi les plus élevées de l'OTAN.

Et puis, il faut nous y mettre tous autant que nous sommes - analystes, chercheurs, militants et journalistes – tous, nous devons soutenir toutes les initiatives constructives, où qu'elles se présentent. Comme le dit la bannière des amateurs de basket “nous sommes des voisins, pas des ennemis”. Ne l'oublions jamais.

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* Leonidas Oikonomakis est chercheur associé à l'Université de Crète et à la Middle East Technical University. Il travaille en ce moment pour le Programme de développement durable en Egée. 


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