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Farid Zerrouq - publié le Mercredi 18 Septembre à 21:17

L’université à la conquête de son environnement




Mais alors, dit le vieil homme, que proposez-vous pour nous sortir de là ?, car le diagnostic, il est bien connu et depuis longtemps … Malheureusement, je n’ai pas toute la solution, et c’est dans un débat national et durable, qu’il faut aller la chercher.



Prof. Farid ZERROUQ
Prof. Farid ZERROUQ
L’appel à projets dans les domaines prioritaires de la recherche scientifique et du développement technologique, est une action qui découle d’une volonté de bien faire, il ne faut pas en douter un seul instant. Mais cette action risque cependant, de très vite se transformer en déception, voire en cauchemar, un de plus, pour toutes les parties concernées, sauf pour ceux qui savent comment en profiter, car, et c’est bien connu, les mêmes causes conduisent aux mêmes effets. Surtout que, l’université est dans un tel état, et la suspicion de l’Entreprise à son égard, à un tel niveau, qu’il ne nous est plus permis d’échouer.

Or qu’avons-nous changé, pour prétendre avoir plus de chances de réussir aujourd’hui, et ne pas, une fois de plus, jeter l’argent par les fenêtres, et davantage de discrédit sur notre université. Beaucoup de mes confrères, qui continuent à se battre contre vents et marées pour continuer à encadrer et à produire, mériteraient bien mieux que cela, en plus d’une révérence pour leur courage et leur ténacité.

Mais alors, dit le vieil homme, que proposez-vous pour nous sortir de là ?, car le diagnostic, il est bien connu et depuis longtemps … Malheureusement, je n’ai pas toute la solution, et c’est dans un débat national et durable, qu’il faut aller la chercher. Néanmoins, il y a des disfonctionnements tellement évidents, qu’on peut commencer à y réfléchir, en attendant.

Savez-vous que dans les établissements universitaires au Maroc, il n’y pas de locaux dédiés à la recherche scientifique, sauf quelques exceptions. Les chercheurs squattent alors les locaux d’enseignement, ce qui engendre une gêne mutuelle et des conflits. Il faut y remédier en urgence, et donner un local à chaque unité de recherche digne de ce nom et un bureau décent à chaque enseignant, pour qu’il puisse encadrer et travailler dans de bonnes conditions.
Il faut identifier les unités de recherche performantes dans notre pays, pour les privilégier dans les financements et motiver les ressources humaines de la recherche, par les moyens connus : La transparence, la participation dans la prise de décision, l’intéressement sur la base du rendement et la formation continue.
Il faut revoir les méthodes de gestion financière des universités qui sont un frein au développement de l’enseignement supérieur dans notre pays. Des méthodes qui font qu’un ordinateur de 2000 Dirhams est facturé à 6 fois son prix, sans parler des abus de tous genres …

Les accords de partenariats doivent avoir des retombées réelles sur l’université et sur les acteurs de la recherche scientifique et de l’enseignement. La plupart des accords avec les universités étrangères ressemblent à des trophées de chasse, sans vie, accrochés aux murs des administrations. Il faut imposer aux responsables un minimum de personnes qui doivent bénéficier de congés de recherche, de périodes de stages et de formations continues, chaque année. Sinon, comment voulez-vous donner vie à ces accords de coopération.

Il faut multiplier les journaux scientifiques spécialisés et créer des revues en lignes sur les sites des établissements et des universités, et réfléchir sur les moyens d’amélioration de la qualité de la production scientifique dans notre pays : Journaux indexés, brevets, valorisation des résultats, mutualisation des moyens, collaborations avec l’industrie, participation aux prix, distinctions ...

Il faut, en plus de tout cela, évaluer à tous les instants et à tous les niveaux. En plus du ministère, de l’université et des instances nationales d’évaluation, c’est les bailleurs de fonds et les Entreprises, qui doivent exiger une qualité minimale des prestations, la réalisation des objectifs et le respect des délais. C’est non seulement leur droit, mais leur devoir, pour faire fructifier leurs investissements, bien sûr, mais aussi pour inciter les unités de recherche et les responsables à bien travailler.

Et quand on évalue, il faut le faire correctement. A titre d’exemple, s’est-on jamais posé la question de la fiabilité des résultats de nos recherches à l’université ? Je ne mets pas en doute la compétence de mes collègues enseignants-chercheurs, mais ils ne sont qu’un constituant des 5M qui déterminent la réponse à cette question.

Combien des méthodes pratiquées par les laboratoires d’analyses à l’université, peuvent passer avec succès un essai interlaboratoires de fiabilité ? Cela pose la question de la qualité des travaux scientifiques ayant utilisé les résultats de ces laboratoires. Des méthodes d'analyse fiables sont donc nécessaires, pour assurer la conformité avec les réglementations nationales et internationales, et fournir aux clients, des résultats qui répondent à leurs exigences en termes d’exactitude et de précision. C’est le rôle de la validation des méthodes et de l’adoption de procédures de contrôle interne et externe, de la qualité, selon les exigences des normes internationales.

Comme preuve de la faisabilité de cette démarche, on peut citer le cas du Laboratoire de diagnostic épidémiologique et d’hygiène du milieu, LRDEHM, à la direction régionale de la Santé de Fès-Boulemane, qui a obtenu, il n’y a pas longtemps, l’accréditation «NM ISO/CEI 17025 : 2005» délivrée par le ministère de l’Industrie, du commerce et des nouvelles technologies ... Voici une équipe dont notre pays peut être fier, mais qui, malheureusement, n’a reçu en guise de motivation pour ce qu’elle a fait, qu’une toute petite lettre de félicitation du ministère de la Santé. Et on se demande pourquoi ça ne marche pas …

Prof. Farid ZERROUQ
Université SMBA-Fès


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