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Kandani Najib - publié le Mardi 17 Décembre à 09:56

L’université Cadi Ayyad, entre mensonge et réalité






« Nous les algériens, même arrivés au fond, on continue à creuser », cette boutade lancée par l’humoriste franco-algérien FELLAG, lors d’un de ses sketchs, s’applique bien à la réalité vécue ces deux dernières années à l’université Cadi Ayyad. En effet, depuis sa nomination à la tête de l’université, le président considère que sa mission principale, à l’inverse de son prédécesseur qui a favorisé une gestion déléguée des affaires de l’université, consiste à jouer le rôle du « patron » qui contrôle tout et a tout le monde sous ses ordres. Pour ce faire, il démarre son mandat par une opération de « limogeage » de l’ancienne équipe de la présidence, à savoir les deux vice-présidents et le secrétaire générale. La façon musclée avec laquelle s’est opérée ce changement, étrange aux us et traditions universitaires, n’est pas sans  nous rappeler des pratiques révolues, liées étroitement à ce que notre mémoire collective garde de ce qu’on a communément appelé « les années de plomb ».

L’instauration de la nouvelle équipe commence par la nomination de son adjoint chargé des affaires pédagogiques et qui n’est autre que l’un des membres de la commission chargée d’examiner sa candidature pour la présidence. N’est-ce pas là un « vice de fond » en termes juridiques ou un « délit d’initié  » selon le jargon commercial. Son deuxième adjoint est l’un de ses amis qu’il a déniché « hors zone » université Cadi Ayyad, qui s’est avéré sympathique mais n’a pu supporter les sévices quotidiens d’une secrétaire générale, choisie minutieusement par les soins du président pour « assainir la situation chaotique » et faire « régner l’ordre » au sein de  l’université.

« L’assainissement de la situation » et le « rétablissement de l’ordre » au sein de la présidence  ont constitué les mots clés du projet de ce président. Afin d’aller au bout de son « projet ambitieux », le président a procédé par étapes. Dans un premier temps, il a essayé de mettre de son coté les enseignants chercheurs en usant d’un langage adapté à leurs attentes, en plus d’avoir démultiplier les nominations des « chargés de missions » sans pour autant passer par les appels à candidatures qui doivent constituer les garants de la bonne gouvernance et rester en phase avec les mots clés de son « projet ambitieux ».

Une fois la confiance des enseignants chercheurs acquise, il a ouvert le feu sur les administratifs de la présidence en les traitant de tous les noms et gare à celle ou à celui qui ne se plie pas à ses ordres ou à ceux de sa secrétaire générale. Faute de pouvoir élaborer des propositions en concertation avec les représentants des administratifs dans le but d’entamer une opération de redéploiement, il a été à l’origine de l’instauration d’un climat d’irrespect et de suspicion au sein de la présidence, qui a fini par dégénérer et devenir irréconciliable. Cette situation chaotique qu’a vécue la présidence, a montré les limites des compétences de ce président dans la gestion des conflits. Pire encore, plusieurs tentatives de réconciliation, menées par des enseignants chercheurs de bonne volonté, sont arrivées à l’impasse,  car ce président déclare avec fierté qu’il est une tête dure qui ne cède jamais et qu’il est capable d’écraser tout individu qui se met sur son chemin.
Pendant cette période de crise, les établissements et partant les enseignants chercheurs ont énormément souffert du blocage de leurs affaires courantes (dossiers non signés à temps, marchés bloqués, etc…). Les répercussions de cette crise se sont fait sentir beaucoup plus à la faculté des sciences, qui avait un besoin urgent de réhabiliter ses salles des TP qui sont devenus vétustes et ne disposent plus des conditions minimales de sécurité (hottes non fonctionnelles, plomberie dans un état dégradé, etc…). Le conflit entre la présidence et les administratifs, a duré plus d’une année et a connu des périodes de violence inouïe et indigne de l’image que doit véhiculer l’université à la société. En effet, les deux protagonistes ont utilisé des moyens très regrettables, qui ont porté atteinte à l’image de marque de notre université.

En outre, ce président a eu « l’idée géniale » de s’approprier le projet de la création d’une cité d’innovation qui a été initié par ses prédécesseurs. En s’octroyant ce projet, il a fait tout un tapage médiatique autour, considérant qu’il va soigner tous les maux dont souffre la recherche scientifique dans notre université. Malgré l’opposition farouche des membres du conseil de la faculté des sciences Semlalia à la façon de financer ce projet, puisqu’il va piocher dans le budget du programme d’urgence (45.000.000,00 DH) dont les établissements ont énormément besoin pour compléter leur mise à niveau qui permettra d’engranger la massification galopante, surtout dans les établissements à accès ouvert. Profitant de sa « lune de miel » avec les représentants des enseignants chercheurs au conseil de l’université, il a pu avoir l’accord de ce conseil. Jusqu’à date d’aujourd’hui, la mise en œuvre de ce projet, est encore à son état embryonnaire et a été entachée de certaines irrégularités à commencer par l’appel d’offre de l’architecte.

L’appel à candidature au poste de directeur de L’ENSAM, a constitué un tournant décisif dans la relation entre la présidence et les représentants des enseignants chercheurs. En effet, le président a concocté une commission à sa guise pour avantager l’un de ses protégés, un proche parent de sa secrétaire générale et disqualifier le directeur sortant qui a refusé de se plier à ses ordres. Des voies se sont levées au conseil, pour dénoncer ces pratiques indigne d’une institution supposée être à l’avant garde de la société, pour consolider les principes de base de la démocratie, à commencer par l’égalité des chances et l’instauration d’une culture de la méritocratie. Cet événement a constitué l’étincelle qui a éveillée « la conscience malheureuse » des enseignants chercheurs qui avaient cru au « projet ambitieux » de ce président. Furieux que des enseignants chercheurs osent se mettre sur son chemin, le président a déployé tous les moyens de communication pour les décrédibiliser au niveau du ministère, mais en vain, les enseignants ont eu gain de cause et le concours a été annulé. Fort heureusement pour le candidat déchu, il a pu décrocher le concours d’expert scientifique lancé par l’AUF que dirige le président.

Au divorce de la présidence avec les administratifs, vient s’ajouter un deuxième plus douloureux avec les enseignants chercheurs. Le président, sûr de lui de par les relations qu’il prétend avoir avec des personnalités très influentes dans  les hautes sphères de l’état, trouve un plaisir à faire sortir le refrain « je n’ai de compte à rendre qu’à mon roi ». N’étais-ce pas là, le comble du paradoxe qu’un président d’université sensé défendre les valeurs universelles des droits humains, à savoir un état de droit dans lequel nul n’est au dessus de la loi, vient entacher l’image de la monarchie qui ne cesse de rappeler son adhésion irrévocable, au projet d’une société moderne et démocratique.  

Notre pays déploie d’énormes efforts pour réformer son système éducatif, afin de le rendre capable de garantir une formation de qualité qui facilite l’intégration de nos citoyens dans la société d’aujourd’hui et de demain. Parmi les conditions principales de réussite de ce projet ambitieux, il y a l’optimisation de l’utilisation des ressources humaines, qui ne serait atteinte que par l’établissement d’un cadre, où doit régner la confiance, la  paix et le respect de la dignité humaine. On ne peut espérer concrétiser un projet aussi parfait qu’il soit, s’il n’acquiert l’adhésion des premiers concernés, à savoir les enseignants chercheurs, les administratifs et les étudiants. Un président d’université se doit d’être capable de faire adhérer l’ensemble des composantes de l’université, en commençant par faire régner une ambiance de confiance, de respect et de paix entre ses collaborateurs et non de semer la peur, la suspicion et le lynchage de tout ce qui ose lever le petit doigt pour critiquer sa gestion.  

En résumé, à part le tapage médiatique autour de  projets qui n’ont pas pu dépasser le stade de « maquette » ( cité de l’innovation, MOOC, etc…), notre université a rétrogradé ces deux dernières années, puisqu’ au lieu de constituer un havre de paix et de tolérance comme jadis, qui rayonne par son savoir, elle s’est transformée en un ring où tous les cous sont permis même les plus abjects.  

J’ose espérer que ce président agit à sa guise et qu’il constitue un cas isolé guidé par son narcissisme et non qu’il s’inscrive dans un projet de déracinement des acquis de l’université publique, comme certains aiment à le répandre. Je reste persuadé que nos responsables sont convaincus que la crise que traverse notre enseignement exige de nous tous des sacrifices. En parallèle aux efforts financiers consentis par l’état, les potentialités humaines doivent être optimisées. Ceci exige des responsables réconciliés avec l’histoire de notre pays et confiant en nos citoyens, se comportant avec respect et considération envers eux. Il est révolu le temps du « big brother », nous avons milité depuis notre jeune âge pour un état de droit qui respecte les valeurs intrinsèques des droits humains. Nous estimons avoir fait un bon bout de chemin dans la concrétisation de ces droits. Le processus de démocratisation de notre pays est  irréversible. Il est hors de question de permettre à quiconque de remettre en cause nos acquis démocratiques arrachés par tant de sacrifices consentis par les militants de toutes les forces vives de ce pays.

Kandani Najib
Chef de Département de Chimie
Faculté des Sciences Semlalia-Marrakech



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