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Stephen J. Coulthart (CGNews) - publié le Samedi 28 Juillet à 12:20

L’opinion des jeunes : La guerre conventionnelle ne peut rien contre le terrorisme




Stephen J. Coulthart* - La “Greatest Generation” a dû affronter les néfastes puissances de l’Axe. Les “Baby Boomers“ tenaient au bout du canon de leur fusil une destruction mutuelle assurée. La génération actuelle se débat contre une menace terroriste omniprésente.



C'est sans doute le Moyen-Orient qui souffre le plus intensément des affres du terrorisme. Soutenu par certains gouvernements et sauvagement réprimé par d'autres, le terrorisme impose sa présence dans presque tous les pays de la région. Selon une enquête de la Rand Corporation, l'incidence des attentats terroristes a augmenté de 783% par an dans le monde arabe (Irak exclu) entre le 12 septembre 2001 et mars 2003.

De l'autre côté de l'Atlantique, les Etats-Unis restent vulnérables à des attaques non conventionnelles sur leur territoire et continuent d'être la cible préférée des attentats terroristes à l'extérieur. L'expression " la guerre contre la terreur " et bien d'autres sont martelées sans cesse depuis six ans et les événements du 11 septembre 2001. Nous ne savons toujours pas ce qu'ils signifient exactement. Choisissant la facilité, les médias et les milieux politiques américains définissent ces réseaux en termes simplistes, autant quant à leur nature qu'à leurs buts. Généralisant le concept de "groupes islamiques armés", ce langage laisse entendre qu'il existerait une solution taille unique au problème.

Selon le professeur et stratège John Arquilla, 90% des forces militaires américaines sont encore consacrées à la lutte contre des menaces conventionnelles. Il faut le déplorer. Tout montre que les Etats-Unis continuent d'appliquer une solution unidimensionnelle à un problème beaucoup plus complexe. Dans ce puzzle, la force militaire brute n'est qu'une des nombreuses pièces qui seraient nécessaires pour compléter toutes les autres stratégies qui ne recourent ni à violence conventionnelle ni à l'occupation territoriale. Il est urgent de trouver des solutions de rechange plus adaptées et plus pérennes.

En fait, c'est grâce aux services sociaux qu'ils proposent que les groupes islamistes armés ont gagné l'engouement du peuple. Dans le sud du Liban, le Hezbollah est l'exemple type d'un réseau doublé d'une forte composante bénévole. Au Liban en général, le Hezbollah n'est pas considéré comme une organisation terroriste, comme c'est le cas en Occident, mais plutôt comme un mouvement de résistance qui fournit des services essentiels au quotidien. Ne soyons donc pas surpris, lorsque l'armée israélienne rase tout un quartier pour tuer des combattants du Hezbollah, que la population prenne toujours fait et cause pour ceux qu'elle considère comme ses bienfaiteurs.

Une stratégie de rechange pourrait consister à aider des pays en difficulté tels que le Liban à fournir ces mêmes services. Sans aucun doute, si cette volonté politique existait aux Etats-Unis il serait possible de donner aux gouvernements concernés les moyens d'assurer ces soutiens élémentaires. Les Etats-Unis dépensent en gros la moitié du budget militaire mondial (402 milliards de dollars en 2005). Avec de telles ressources, la politique étrangère américaine pourrait faciliter la mise en oeuvre des services élémentaires dans les pays où des organisations extrémistes ont comblé les vides. L'avantage serait double: en réalisant les objectifs humanitaires et en créant un courant de sympathie sur le long terme, ces programmes compromettraient le soutien populaire dont les terroristes bénéficient.

Autre mesure possible: interdire la torture. Historiquement, les Etats-Unis se sont toujours targués d'être moralement au-dessus de tout soupçon sur la scène internationale. Pourtant, depuis cinq ans, le bilan du gouvernement Bush en matière de droits de l'homme a laissé pantois même ses alliés les plus fidèles. A maintes reprises, les Etats-Unis ont été cités pour de nombreuses violations internationales de leurs obligations en matière de torture – depuis Guantanamo jusqu'aux prisons clandestines. Ainsi que l'écrit Peter Bergen dans son livre The Osama Bin Laden I Know, c'est dans les cellules de torture égyptiennes que furent semés les premières graines d'Al Qaeda.

A l'échelle mondiale, il est donc indispensable que les Etats-Unis s'écartent de la politique étrangère unilatérale qu'ils poursuivent depuis cinq ans. Dans le nouvel affrontement entre Etats et organisations extrémistes, la coopération est aujourd'hui tout aussi importante que l'était la puissance militaire à l'époque de la guerre froide. Dans America at the Crossroads, Francis Fukuyama déplore les lacunes de cette politique. Il propose de la remplacer par un wilsonisme réaliste qui préconise "une démilitarisation spectaculaire en matière de politique étrangère et une montée en puissance d'autres instruments politiques". Comme l'indique Fukuyama, c'est le recours à la force militaire qui a fait exploser le proverbial nid de frelons irakien.

Bien sûr, de nombreuses stratégies restent encore à inventer, car ce sont les jeunes d'aujourd'hui qui prendront la relève des combattants de la Guerre froide et qui devront procéder aux ajustements nécessaires de la politique étrangère américaine. Le plus grand espoir qu'on puisse avoir d'un avenir pacifié et stable dans le monde serait que ces nouveaux dirigeants comprennent l'importance de mener une politique étrangère qui ne soit ni agressive ni inféodée à l'armée.

* Stephen Coulthart est étudiant avancé en diplomatie et affaires internationales à la Whitehead School of Diplomacy de Seton Hall, dans le New Jersey.



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