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par Agung Yudhawiranata - publié le Samedi 27 Mars à 23:38

L'islam multiculturel de l'Indonésie fait ses preuves






Djakarta – L’anniversaire du prophète Mahomet, qui a été fêté le 26 février cette année, est célébré par les communautés musulmanes de toute l’Indonésie par des célébrations religieuses et autres manifestations spéciales. A Java, cet anniversaire se célèbre dans le cadre unique de la fête de Sekaten. Ces manifestations culturelles durent une semaine et se déroulent dans les principales villes de l'île – Cirebon, Surakarta, Semarang et Yogyakarta, la plus célèbre.

Malgré ses origines islamiques, la fête de Sekaten en est progressivement venue à symboliser le multiculturalisme et le pluralisme à Java. Pendant cette fête, et surtout pendant la dernière manifestation, tout les habitants, quelles que soient leur religion ou croyance, se réunissent sur la grand'place pour participer aux festivités héritées de l’histoire et de la tradition de la région.

La fête de Sekaten est née à Java au 15e siècle. Le Sultan Hamengkubuwana I avait organisé une fête à laquelle il avait invité la population essentiellement hindoue afin qu'elle embrasse l'islam. Aujourd'hui, la fête s'est distanciée de ses racines évangéliques pour célébrer indistinctement toute la diversité des croyances et des ethnies des peuples de Java.

A Yogyakarta, seul sultanat qui demeure à Java, la fête tourne autour du gamelan, ensemble d'instruments de musique javanais comportant des métallophones, des xylophones, des tambours, des gongs, des flutes et des cordes, qui joue dans la cour de la Grande Mosquée de la ville. Deux ensembles de gamelan sacrés anciens jouent sans discontinuer pendant toute la semaine que dure la fête. Leur style est bruyant et majestueux, comme il le fallait traditionnellement pour attirer le peuple à la mosquée. On dit que cet ensemble aurait été créé par Sunan Kalijaga, l'un des neuf saints musulmans du 16e siècle qui ont joué un rôle de premier plan dans la diffusion de l'islam. Aujourd'hui, les musulmans constituent entre 60 et 65 pour cent de la population de Java.

Jouissant d'une grande popularité auprès des touristes, le gamelan est utilisé surtout pour les spectacles de marionnettes, de danses traditionnelles et les noces. En revanche, à la fête de Sekaten, il joue son rôle traditionnel de rassembleur.

La fête se déroule sur toute une semaine, pour culminer sur un rite cultural exécuté par le Sultan de Yogyakarta, qui détient toujours l'autorité sur la province. Il remercie Dieu pour les bienfaits répandus sur la communauté l'année précédente. Elle commence par la parade de la garde du palais, avec toutes les unités en grand uniforme. Derrière elle se tiennent deux gunungan, offrandes pyramidales de fruits et de légumes symbolisant le mâle et la femelle, la santé et la richesse du royaume et de son peuple.

En Indonésie, la coutume des offrandes remonte à plusieurs siècles, bien avant que le pays n'ait acquis son identité musulmane. De nos jours, elles rappellent comment les anciens symboles peuvent faire partie des célébrations religieuses. En outre, le parcours du défilé symbolise la vie du Sultan et ses devoirs en tant que fils de la Reine-mère, dirigeant politique et administratif et être humain, un musulman ordinaire rendant grâces à Dieu.

Lorsque le gunungan pénètre dans la cour de la Grande Mosquée, la foule qui s'y est amassée est libre de se servir des aliments entassés sur la pyramide. On se chamaille dans la bonne humeur pour se servir, car la tradition veut que cette coutume apporte la prospérité.

Outre qu'elle est une superbe célébration de l'anniversaire du fondateur de l'islam, cette fête chante la diversité du pays, associant l'islam avec la culture javanaise de façon incomparable. Bien qu'elle soit propre à Java, la fête de Sekaten pourrait être prise en exemple dans toute l'Indonésie, et même au-delà. Elle prouve qu'on peut être musulman – avec tout ce que cela comporte d'enseignements et de rites – sans pour autant détruire les traditions et cultures locales. De fait, la fête de Sekaten nous le montre, le mariage de la religion et de la culture permet ici à toutes deux de mieux s'épanouir.

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* Agung Yudhawiranata est membre du comité de rédaction du Service de Presse de Common Ground et coordonateur des projets de rapprochement islamo-occidental en Indonésie.


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