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par Joseph Mayton - publié le Samedi 10 Octobre à 11:02

L’islam modéré se diffuse sur les ondes






Le Caire – L’homme sur l’écran de télévision semble furieux ; il parle vite et vocifère, adjurant les musulmans de « suivre le droit chemin de la foi ». Deux jeunes filles égyptiennes, aux foulards ou hijabscolorés, assises à une table du café, près du poste de télévision, regardent le cheikh vêtu de blanc. Elles échangent un regard qui dit tout de ce qu’elles pensent : ce n’est pas cela qu’elles voudraient voir sur une chaîne de télévision islamique.

Dans l’Egypte d’aujourd’hui, de plus en plus conservatrice, le poste de télévision dans le café diffusant des sermons de prédicateurs hargneux, le vendredi et même d’autres jours de la semaine, est devenu banal, mais beaucoup de gens-– dont beaucoup de jeunes femmes voilées - s’opposent néanmoins à cette tendance.

Heba, âgée de 22 ans, a récemment terminé ses études universitaires dans le domaine des médias. Elle porte le foulard depuis ses 18 ans, mais elle trouve excessif le discours virulent des vieux prédicateurs et attire l’attention sur le fossé qui se creuse de plus en plus au sein de la population égyptienne.

« Je n’aime simplement pas la violence de leurs propos et leur jugement catégorique » a-t-elle confié à The Media Line. Son amie Sara acquiesce d’un signe de la tête.

Toutes deux adhèrent à la tendance grandissante chez les jeunes Egyptiennes qui ont la vingtaine et qui attendent de la télévision islamique une vision plus modérée des choses.

Ana TV, chaîne de télévision lancée récemment par IslamOnline correspond exactement à leurs attentes et Heba et Sara s’en réjouissent.

« Je lis les articles d’IslamOnline parce qu’ils donnent une vision positive, honnête et pas du tout arrogante de l’islam sur les problèmes qui me préoccupent », dit Sara, âgée de 21 ans. Elle avait décidé de renoncer au port du foulard jusqu’à ce qu’elle tombe sur ce site d’actualité modéré. « Cela m’a permis d’avoir une nouvelle vision de ce que c’est que d’être musulmane et de vouloir être libérale et ouverte à de nouvelles idées et à de nouvelles façons de penser ».

Ana TV fait partie d’un consortium dirigé par IslamOnline, dont l’objectif est de créer une nouvelle ouverture sur les médias islamiques en essor dans le monde musulman. Heba et Sara espèrent qu’il s’agit là d’une tendance qui continuera.

« Nous espérons que cet objectif sera commun à toutes les organisations faisant partie ou non de ce consortium. C’est une invitation ouverte à tous ceux qui veulent participer concrètement à la campagne », dit une déclaration d’IslamOnline, qui souligne le besoin croissant de gérer la nouvelle vague de libéralisme en Egypte et dans la région.

Un reporter d’IslamOnline, qui a demandé à rester anonyme, étant donné le lien de ce site avec l’organisation, a dit : « Nous sommes une institution islamique modérée à divers égards et nous essayons de proposer une nouvelle voie pour découvrir le sens l’islam dans la vie moderne. »


Rania Jalal, chercheuse tunisienne spécialiste de l’islam qui a participé au lancement de la nouvelle chaîne pense, elle aussi, que la modération est essentielle.

« En reconsidérant l’époque du prophète [Mahomet] et des autres personnages importants de l’histoire de l’islam, nous pouvons constater que ceux-ci étaient ouverts au débat, lorsqu’on abordait des problèmes relatifs à l’essence même de la foi, sans conditions préalables », dit- elle en ajoutant : « Ce n’est que des siècles plus tard, lorsque rois et califes essayèrent de s’approprier l’islam que les choses changèrent et ne furent plus comme elles étaient censées être ».

Grâce à ses programmes permettant de discuter des principes de l’islam, des opinions différentes et de la loi islamique, Ana TV est considérée par les jeunes musulmans comme novatrice dans la nouvelle génération des médias islamiques.

Pour Rania Jalal et d’autres jeunes femmes musulmanes qui sont dans la vie active, cette chaîne pourrait, pour reprendre ses termes, aider à lutter contre les «dictatures des cheikhs » à dominance masculine, qui sévissent actuellement sur les chaînes de télévision par satellite.

« Ces dernières années, on a assisté à une montée des chaînes extrêmement conservatrices qui diffusent une image faussée de l’islam - notamment par le biais de programmes de télévision approuvés par la dictature des cheiks, dirigés par des wahhabites d’Arabie saoudite. Il est temps que les choses changent. »

« Le temps nous dira si Ana TV réussira à établir un certain standard au sein des nouveaux médias islamiques ou si, au contraire, elle ne sera qu’une initiative parmi d’autres tâchant de représenter une partie du monde musulman, et qui finira par s’estomper », affirme l’éminent penseur libéral islamique Gamal al-Banna.

« J’espère que les gens voient cela comme une opportunité de discuter et d’avoir une conversation à propos de problèmes qui se trouvent au cœur de notre société » dit l’érudit, âgé de 88 ans, qui n’est autre que le frère cadet de Hassan al-Banna, fondateur des Frères musulmans. « Je pense que l’ouverture est la clef du succès et de l’avenir de l’islam. »

Dans un moment de détente, entre deux bouffées de narguilé, Sara et Heba disent qu’elles peuvent aider à modeler l’avenir de leur pays et de cette région du monde.

« En observant la manière dont les choses évoluent, il est évident que nous avons besoin de réfléchir et de discuter davantage sur les problèmes qui nous touchent » dit Heba.

Sara acquiesce tout en écoutant une blague de la présentatrice d’Ana TV qui la fait sourire. Elle fait remarquer que c’est justement ce genre de choses qui leur a manqué jusqu’à maintenant.

« Les gens sont trop sérieux ; lorsqu’on parle de ma religion, tout est noir ou blanc. Je pense que lorsqu’on plaisante, la tension disparaît et permet aux gens de raisonner par eux-mêmes » dit-elle.

Les deux jeunes filles s’accordent à dire que le Prophète Mahomet aurait trouvé qu’Ana TV était une bonne démarche pour les musulmans, et selon Sara, qu’elle leur aurait permis à chacun de chercher « au fond de son cœur le sens de l’islam . ». Puis elle a ajouté : « C’est justement le but. Si nous n’avions pas chacun notre propre foi, mais seulement celle des autres, nous ne serions alors pas de bons musulmans ».

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* Joseph Mayton est rédacteur et fondateur de Bikya Masr (bikyamasr.com), site égyptien d’actualité en ligne de langue anglaise. Article abrégé distribué par le Service de Presse de Common Ground (CGNews) avec l’autorisation de l’auteur. Le texte est disponible dans son intégralité en anglais sur www.themedialine.org


Source: The Media Line, 28 septembre 2009, www.themedialine.org
Reproduction autorisée.

Source : http://www.commongroundnews.org/article.php?id=265...


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