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James Wilsdon - CGNews - publié le Samedi 10 Novembre à 11:58

L’islam, hostile à l’innovation ?




Par James Wilsdon : James Wilsdon, qui dirige le projet Atlas des idées du groupe de réflexion Demos, argumente contre une idée qui se fait jour et qui veut que l’islam soit “hostile à l’innovation”. Il montre, au contraire, que dans les toutes dernières années le monde musulman soutient de plus en plus la recherche scientifique et le développement. (Source: Financial Times, 18 octobre 2007) Reproduction autorisée pour le portail eMarrakech.info.



Londres – Nasir al-Din al-Tusi et Ibn al-Nafis sont des noms sans doute moins familiers à beaucoup de gens que ceux d’Isaac Newton ou d’Albert Einstein. Mais ces savants islamiques et d’autres, des 12e et 13e siècles, appartiennent au panthéon des penseurs qui ont imprimé sa direction à la science moderne.

Comme celle de la Chine, l’histoire de la science et de l’innovation en islam est celle d’une période de grand épanouissement suivi d’un déclin rapide et prolongé. De nos jours, les dépenses en recherche et en développement dans les 57 Etats membres de l’Organisation de la Conférence Islamique (OIC) atteignent à peine 0,38 % du produit intérieur brut, pourcentage à comparer à une moyenne mondiale de 2,36 %.

Ce n’est pas simplement un indice de pauvreté relative: les Etats producteurs de pétrole comme l’Arabie saoudite et le Koweit figurent parmi ceux qui investissent le moins en termes de pourcentage du PIB. En 2005, les 17 pays du monde arabe ont produit ensemble 13.444 publications, soit moins que les 15.455 de la seule Université d’Harvard. Une étude menée en 2002 sur la science dans la région n’a pu identifier que trois domaines d’excellence: technologies de désalinisation, reproduction des chameaux et recherche sur la fauconnerie. C’est ce qui a conduit certains commentateurs à avancer l’idée qu’il y aurait dans l’islam quelque chose qui est hostile à l’innovation. Mais le tableau commence à changer.

A travers le monde islamique, les 12 derniers mois ont été ponctués par des annonces qui attirent l’attention. En mai 2007, les Emirats Arabes Unis ont lancé une fondation dotée d’un budget de 10 milliards de dollars pour créer des centres de recherches dans les universités arabes. Au Nigéria, le gouvernement a versé 5 milliards de dollars à un fonds de développement de la technologie du pétrole qui a vocation à soutenir la recherche et l’enseignement. Au Qatar, une cité de l’enseignement de plus de 40 hectares a été construite dans les environs de Doha, qui accueille les campus internationaux de cinq des plus importantes universités du monde. Auparavant, en août 2006, le roi Abdullah d’Arabie saoudite avait posé la première pierre d’une université de 2,6 milliards de dollars consacrée à la science et à la technologie. En décembre dernier, le président de l’Egypte, Hosni Mubarak a lancé “une décennie de la science et de la technologie”.

A un niveau multilatéral, l’accent est mis sur la science et l’innovation. En 2005, l’OIC annonçait un programme d’action de dix ans, définissant des cibles pour une réforme de l’enseignement et proposant que vers 2015 les Etats membres devraient se proposer de consacrer 1,2% de leur PIB dans la recherche et le développement. Une dynamique particulière est donné par les nations riches en pétrole, qui voient dans l’innovation la clé de leur prospérité à long terme.

Jusqu’où et avec quelle vélocité chacun de ces pays pourra-t-il se hisser sur les tableaux de marque de la ligue de l’innovation, cela reste à voir. Peu d’entre eux ont quelque chance de pouvoir concurrencer l’Europe, le Japon ou les Etats-Unis dans un avenir prévisible, ou même avec la puissance scientifique émergente en Chine et en Inde. Mais, tout comme de petits pays tels que la Finlande, l’Irlande et Singapour ont su écrire, dans les dix dernières années quelques-unes des “success stories” de l’innovation mondiale, de même le monde islamique pourra-t-il un jour nous surprendre.

En Occident, grâce aux efforts de Richard Dawkins, Christopher Hitchens et d’autres, on constate une tendance renouvelée à considérer la science et la religion comme des pôles opposés. Partout ailleurs, on accepte souvent plus volontiers que la foi a sa place à côté de la preuve rationnelle et du raisonnement. Un nombre croissant de théocraties islamiques apportent un soutien exceptionnel à la recherche scientifique. L’Iran, pour nous en tenir à cet exemple, a été le premier pays du Moyen-Orient à développer une lignée de cellules souches embryonnaires humaines.

La voie vers un monde islamique plus innovant n’est pas sans obstacles. Quelques redoutables problèmes  demeurent. Une partie considérable de l’augmentation des fonds destinés à la recherche est dirigée vers la technologie militaire, guidée davantage par la géopolitique que par la quête de connaissances nouvelles. Les avancées iraniennes en matière de technologie nucléaire ne seront probablement pas considérées dans d’autres pays avec la bienveillance que les progrès de l’industrie du logiciel en Malaisie.

Il y a encore une substantielle fuite des cerveaux à partir du monde islamique, de nombreux savants et ingénieurs de talent préférant poursuivre leurs carrières aux Etats-Unis et en Europe. Rien pour l’instant ne permet de croire à un flux de retours comme ceux qui ont eu un impact si positif en Chine et en Inde. Ultime et plus fondamentale question: des sociétés qui souvent résistent encore à la démocratie et à la libre discussion peuvent-elles devenir des foyers de créativité et d’invention? Comme le dit Pervez Hoodbhoy, éminent savant pakistanais, dans la conclusion d’un article paru récemment dans <i>Physics Today</i>: “Le combat pour donner accès à la science doit aller de pair avec une campagne beaucoup plus ample pour écarter une orthodoxie rigide, et y faire entrer la pensée moderne, les arts, la philosophie, la démocratie et le pluralisme”.


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