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Florence Beaugé - Le Monde - publié le Vendredi 1 Août à 16:59

L'irruption d'un nouveau parti, conduit par un ami du roi, provoque l'irritation de la classe politique marocaine




Florence Beaugé - Rabat - Pour le neuvième anniversaire de son arrivée au pouvoir, Mohammed VI a choisi la ville de Fès, première capitale de l'histoire du royaume, pour prononcer, mercredi 30 juillet, son traditionnel discours sur l'état du royaume.



De ce discours d'une demi-heure, on retiendra surtout l'appel lancé aux partis politiques pour qu'ils favorisent l'émergence de "partis forts, fédérés en pôles homogènes", afin de rendre la scène politique marocaine "plus rationnelle".

L'allusion n'était sans doute pas neutre. Elle adoubait indirectement un tout nouveau parti, dont la naissance avait été annoncée la veille par la presse marocaine. Cette formation devrait être animée par un ami de collège du souverain, Fouad Ali El-Himma, 45 ans, qui fait la "une" des journaux depuis des mois.

A la surprise générale, M. Himma a abandonné l'année dernière ses fonctions de ministre délégué à l'intérieur pour se lancer dans l'arène politique. Elu député aux élections législatives de septembre 2007 sous l'étiquette d'indépendant, puis président de la commission des affaires étrangères du Parlement, "l'ami du roi", comme on l'appelle, devrait fédérer, sous une bannière centriste et libérale, cinq petits partis politiques et y adjoindre des hommes à lui, en prévision des municipales de 2009 et des législatives de 2012.

Dans l'ensemble, les formations politiques traditionnelles voient d'un mauvais oeil l'apparition de ce nouveau parti qui, parce qu'il bénéficie de l'onction royale, risque de leur damer le pion. M. Himma, lui, s'est toujours défendu d'agir sur ordre du souverain. Il dit vouloir être "dans l'action" et "pas dans le discours". L'un de ses principaux objectifs est de combattre les islamistes du Parti de la justice et du développement (PJD). Cette formation est la deuxième au Parlement en termes de sièges, mais la première dans le royaume en nombre de voix. Elle vient de se doter d'un nouveau chef haut en couleur, Abdelilah Benkirane.

DE LONGUES ABSENCES

M. Himma et son parti constituent-ils une intrusion supplémentaire du Palais dans la vie politique marocaine ? Beaucoup en sont persuadés, à commencer par le PJD. "Cette formation sera un ramassis de gens qui veulent se faire une place au soleil. Mais El-Himma ne réussira pas à rassembler des gens d'horizons si différents. Cette ratatouille ne sera pas de bon goût", gronde Lahcen Daoudi, vice-secrétaire général du PJD.

Quoi qu'il en soit, la vie politique marocaine est plus atone que jamais. Le premier ministre, Abbas Al-Fassi, issu du vieux parti de l'Istiqlal, ne cache pas que sa feuille de route est "celle du Palais". Quant à l'Union socialiste des forces populaires (USFP), en pleine guerre de succession, elle ne se remet pas de sa défaite de septembre 2007. Arrivée en cinquième position à l'issue de ce scrutin marqué par une très forte abstention, l'USFP n'a pas réussi, lors de son congrès en juin, à désigner son prochain premier secrétaire.

Dans ce contexte, le roi continue de régner et de gouverner, fort du concept forgé par le Palais de "monarchie exécutive". Personne, dans la classe politique, n'ose l'interpeller. C'est la presse qui s'en charge, avec une grande liberté de ton. Les journaux francophones Tel Quel et Le Journal hebdomadaire, ou encore le quotidien arabophone Al-Jarida al-Oula, ne se privent pas de critiquer les longues absences du souverain - soit en vacances, soit en province pour inaugurer des écoles, des centres sociaux, ou des barrages -, les conseils des ministres qui ne se tiennent pas pendant six mois d'affilée, ou encore l'affairisme de certains conseillers du palais.

Jeudi 31 juillet, en fin de journée, a eu lieu à Fès la cérémonie annuelle de la Bey'a. Juché sur un étalon, au milieu de 3 000 notables encapuchonnés dans des djellabas blanches, courbés en deux et hurlant littéralement leur allégeance, Mohammed VI a présidé ce spectacle grandiose dont la seule finalité, selon l'éditorialiste et directeur de Tel Quel, Ahmed Benchemsi, est de rappeler "la suprématie absolue du Seigneur et l'obéissance de ses sujets".



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