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Bahija El ouardi - publié le Jeudi 17 Avril à 15:17

L'intérêt des cuisines du tiers monde




Foie gras au poivre timut, agneau a la mongole, bar tandoori etc. ..
Depuis quelques temps, les grandes maisons font leurs renom, de plus en plus, grâce aux épices et recettes originaires de pays du tiers monde. Ou du moins perçu comme tel.



Photo : chilipeppered
Photo : chilipeppered
Normale me dira-t on! Obligatoire répondrais- je. Si on se réfère a la capitale de la gastronomie, Paris, les produits d'obédience française, y sont si manipulés que, chaque instant, ils perdent de leurs substances.

Une des fâcheuses résultantes de la concurrence effrénée dans ce monde.  Le mot d'ordre dans les hautes sphères de la gastronomie est: tu t'arrêtes, tu es has been.

Alors, les intervenants font de la résistance pour rester a la page, par conséquent ils perdent de vue la raison même de la créativité culinaire qui, a mon avis, réside en un seul mot: Sublimer.

La seule option viable qui se présente alors,  est de se rabattre sur les spécialités des pays en voie de développement, parfois, avec l idée de les anoblir !! Je me plais a imaginer que ces derniers n ont rien demandé et sont bien content de leur situation sociale. Entre nous c est un parachute dorés pour tout un chacun en mal de créativité
L'honnêteté, eut été de les présenter dans leurs absolues dignités, non de les intégrer en sous main, ou bien de les mettre sous les projecteurs en prétextant la tendance.

L'avenir de la cuisine, a mon avis, réside dans celle des pays du monde en voie de développement pour des raisons  mathématiques, ni par patriotisme professionnel,  ni par solidarité aveugle. Le secret,  s il y en a, est en premier lieu la relative virginité de ces cuisines. Il suffit de feuilleter n importe quelle magazine dédié ou de zapper sur des chaines spécialisée pour voir que la représentation de ces spécialités brilles par son absence. En second, c est la croissance démographique. Vu que malgré une qualité de vie souvent précaire, les résidents de ces pays se reproduisent frénétiquement, et surtout, ils migrent,  ils colonisent, autrement certes, mais ils colonisent quand même.

En créant des diasporas à travers le monde, ils confirment une présence participative dans les pays d accueils, et les générations nées sur place sont en train de se débarrasser des reliquats de ce sentiment d infériorité hérité du temps des colonies.

Qu’est ce que cela a-t-il a voir avec la cuisine? Je dirais tout. Primo on peut tout oublier avec une certaine aisance sauf les saveurs et les goûts de son enfance. Ensuite c est le premier projet auquel les immigrés  s intéressent dans leur pays d accueil. Ouvrir une gargote n a besoin ni de formation supérieure ni de fonds énormes. Les premières ébauches sont loin du qualitatif, mais c est la présence qui compte. En sociologie l'importance d un phénomène est jugé a travers sa réalité non par sa qualité ni par sa quantité, quoique ces dernières n auront d’autre choix que de s’imposer  d ‘ elles mêmes.

A l'époque de la grande aventure du rail américain, les travailleurs chinois, visionnaires et prévoyants, ont lancé des projets de restauration bien avant la fin des grands chantiers. Les juifs allemands ont ouvert des delicatessens,  les mexicains, des tex-mex,  les cubains de Floride supplantent toutes les autres spécialités.

Il n'y a que le nombre qui puisse résister au nombre, le plus modeste des investisseurs le confirmera, si je vends un croissant par heure et quinze tacos durant cette même heure, le croissant se retrouvera  au musée plus vite qu’il n en faut pour le dire, il fera partie de l histoire sur le champ.  Si l’habitant local tient a sa ligne de conduite gastronomique et toise de haut celle du migrant, la réciprocité n’est pas automatique, le migrant est avide de découverte, ils choisira après ;  par expérience , et non par préjugés

En Europe il y a de plus en plus de restaurants de spécialité étrangère que de ceux représentant le terroir.
Généralement une fois installée, une communauté de migrants a pour reflexe de se fondre dans la masse, ne pas attirer l'attention, c est le leitmotiv, même que cela conduit souvent a l'aliénation de la personnalité d origine.

Il est  évident qu’on ne quitte sa terre natale qu'après y avoir subi  exactions et injustices dont la plus humiliante, l'injustice sociale.
Dans sa colère, le migrant, rejette toutes références à ce pays partial et cruel qui le pousse aux retranchements et a la fuite. Pêle-mêle il hait patrie et compatriotes.

Compréhensible, dans une phase de transition forcée et d exil volontaire, l’analyse objective  n’est pas invitée.

Seulement toutes les rivières  finissent par regagner leurs lits, le calme revient et la haine fatigante, de nature, commence à s'estomper, vient alors le temps des bilans, le mirage d une  vie meilleure s'amenuise, l effort requis par l intégration  s'alourdit et  la reconnaissance inconditionnelle tarde a venir.

De par son essence, le migrant est un  révolté en puissance, la résignation, n est pas son credo, il finit par se remettre en question,  s’interrogeant  si  le rejet de l’intégralité de son entité n était pas excessif?

Inconsciemment, l'idée de se reformuler à chaque instant pour plaire à l habitant d'origine le travaille au corps tel un cancer. Le cadre même usiné par cet habitant devient carcans, large ou étroit, ce cadre dérange, c est son immanence.

Cette perception que l habitant d'origine se fait du migrant irrite, cette idée saugrenue qui consiste a imaginer untel de cette façon afin de lui concéder un statut  d humain.

A force, le migrant n en peut plus de cet état  de sous personne sujette a restrictions.

Débute alors le processus de réconciliation avec les origines. Il commence inéluctablement par le culinaire et le vestimentaire, le tagine remplace le thon mayonnaise, la djellaba  pour les grandes occasions dame le pion au costard cravate.

Parfois on verse parfois dans le grotesque et le ridicule, tout changement engendre un apprentissage, et tout apprentissage des erreurs.  Dans le cheminement, long, de ce procédé, nait une élégance et un raffinement, laissant ébahis la majorité des résidents d'origines, et expectatifs les autres.

Le local commence à saisir les subtilités du migrant, dés-lors, il le perçoit différemment, la cohabitation évolue  vers un niveau plus réfléchi,  l’aspiration a la bénédiction  de l un et l’amusement de l exotisme de l autre, font place a une réelle fusion de deux visions ayant fait la paix et décidant d évoluer ensemble.

Quand je t invite à manger un couscous chez moi c est par envie de t ouvrir a ma conception des plaisirs de la table. Et tu me convie a partager ton rôti du dimanche par plaisir de ma compagnie et de sceller notre entente nouvelle et durable.
C est dans notre différence et ses complexités que le meilleure de nous même éblouit

Photo crédit: chilipeppered



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