Lemag.ma : Portail d’information dédié au Maroc et au Maghreb
Facebook
Twitter
App Store
Newsletter
Mobile
Rss
Une veille informationnelle sur le festival international du film de Marrakech App #eMarrakech #FIFM2016... https://t.co/34xwOAAqjU



par Sameer Jarrah - publié le Vendredi 12 Mars à 06:00

L'indépendance de la société civile jordanienne : une chance mais pas la panacée

None






Amman (Jordanie) – A la fin de l'année 2009, le roi Abdallah II de Jordanie a dissous le Parlement à mi-parcours de son mandat de quatre ans, invoquant la piètre gestion des affaires législatives. Le Premier ministre, Samir Rifai, a assuré aux médias locaux que les élections législatives auraient lieu au plus tard à la fin de l'année 2010. C'est au beau milieu de cette controverse que les principales conclusions du dernier rapport sur la Liberté dans le monde de la Freedom House ont été publiées; la Jordanie figure dans la catégorie des pays ''non libres'' du fait du recul des droits politiques et civils dans le pays.

Au cours des dix dernières années, la Jordanie s'est efforcée de surmonter les obstacles politiques, législatifs et sociaux qui ont entravé une démocratisation pleine et entière et l'émergence d'une société civile énergique. Cependant, l'émergence d'une société civile véritablement influente et politiquement indépendante reste un objectif lointain (mais pas irréalisable).

Dans les années 80, la Jordanie a fait face à une grave crise économique lorsque la baisse des prix du pétrole dans les pays arabes du Golfe a entraîné la baisse des envois de fonds et de l'aide étrangère à destination de la Jordanie. A la fin des années 80, avec la dévaluation du dinar jordanien, la hausse du chômage et l'agitation populaire, la situation économique s'est détériorée. Pour résoudre à cette crise économique, le pays a fini par accepter un prêt du Fonds monétaire international (FMI). En échange, il devait introduire un certain nombre de réformes politiques et notamment créer une société civile plus active. De ce fait, le nombre d'organisations de la société civile (OSC) a augmenté.

Bien que le concept de société civile soit encore relativement nouveau en Jordanie, l'histoire des OSC remonte aux origines du pays. Presque tout au long des soixante-quatre années de statut d'Etat de la Jordanie, les OSC se sont surtout concentrées sur les oeuvres de bienfaisance et le développement. Actuellement, il y en a plus de mille six cents dans tout le pays.

Néanmoins, la prolifération des OSC n'est pas un processus qui vient de la base ni le résultat de pressions exercées par des groupes de la société civile mais une partie de l'obligation de la Jordanie à introduire des réformes politiques en échange d'une aide internationale. Ainsi, les OSC n'ont pas été créées avec pour objectif de renforcer une société qui fonctionne indépendamment de l'Etat, ce qui est le but en théorie.

En tant que tel, leur rôle de partenaires actifs capables d'avoir un impact social et politique en Jordanie reste à prouver. Et elles ne seront pas en mesure de remplir ce rôle sans la structure institutionnelle et juridique indispensable.

La loi jordanienne n'est pas favorable au fonctionnement indépendant d'organisations non gouvernementales (ONG). En juillet 2009, le gouvernement a adopté une loi renforçant le contrôle administratif sur la création, le fonctionnement et le financement des ONG. En vertu de cette nouvelle loi, les groupes qui reçoivent des financements étrangers doivent informer le gouvernement des origines, conditions et objectifs de ces financements. Le gouvernement a également le pouvoir de dissoudre la direction de toute organisation et de nommer un conseil d'administration provisoire.

Toutefois, cela ne signifie pas que l'Etat est seul responsable des faiblesses que présentent les OSC jordaniennes.

Les OSC en Jordanie souffrent d'un nombre de failles internes, y compris d'une capacité organisationnelle limitée, d'un financement insuffisant et d'un manque de soutien collectif. Dans l'état actuel des choses, ces organisations doivent mener des réformes internes. Dans le même temps, la monarchie et le gouvernement jordaniens doivent aussi reconnaître que l'ouverture du domaine public est dans l'intérêt de tous car elle permet la participation du peuple et incite moins les citoyens à agir clandestinement et à contourner les lois restrictives.

La monarchie devrait oeuvrer pour supprimer les obstacles juridiques à l'indépendance des OSC. Par ailleurs, le gouvernement devrait créer une cour constitutionnelle indépendante qui se prononcerait sur la constitutionnalité des lois, vérifierait le pouvoir de l'exécutif et réduirait efficacement le contrôle direct qu'il exerce sur plusieurs OSC.

Les OSC ne devraient pas être considérées comme la panacée à tous les problèmes que connaît la Jordanie mais leur émancipation est essentielle au développement politique. Le cas de la Jordanie montre que la simple existence des OSC ne suffit pas à créer une société civile naissante. Ce qui importe, c'est leur fonctionnement efficace, leur réactivité aux besoins des personnes et leur faculté à faire pression sur le gouvernement. Il faut leur permettre de s'organiser pacifiquement et plaider en faveur de leurs besoins et priorités afin d'augmenter, de manière générale, la sécurité et la stabilité de la Jordanie ainsi que ses chances de réforme démocratique.

###

*Sameer Jarrah est un avocat international jordanien doté d'une grande expérience en matière de démocratie et de droits de l'homme; il est aussi directeur de projet du Programme Nouvelle Génération au Moyen-Orient et en Afrique du Nord à la Freedom House. Article écrit pour le Service de Presse de Common Ground (CGNews).

Source: Service de Presse de Common Ground (Cgnews), 12 mars 2010, www.commongroundnews.org
Reproduction autorisée.

Source : http://www.commongroundnews.org/article.php?id=274...


               Partager Partager


Dans la même rubrique :
< >

Samedi 3 Décembre 2016 - 10:37 L’ETOILE D'OR ne sera jamais marocaine!?

Vendredi 2 Décembre 2016 - 16:17 Ousmane Sow : Le sculpteur qui vient des étoiles