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Nadia Birouk - publié le Mardi 27 Mai à 11:31

L’imaginaire, l’image et le texte littéraire



L’imaginaire a été la source de l’erreur pour les anciens philosophes ; notamment Aristote qui définit l’homme comme étant un animal parlant c’est-à-dire un être capable d’utiliser sa raison, afin de s’exprimer en évitant de s’induire à l’erreur. Un être susceptible d’organiser sa vie selon la logique rationnelle qui exclue le rêve et les songes. Cette idée va s’épanouir avec Descartes, Kant et autres ce qui a donné à l’Europe un grand essor économique et scientifique, mais le mépris de l’imaginaire va aussi retarder la découverte des talents qui présentaient l’homme créateur ou l’homme inventeur.



Les rêves et les songes

G. Bachelard était le premier philosophe a parlé de l’importance des rêves et des songes dans le développement des connaissances. Cet épistémologue affirme que la recherche scientifique ne peut exclure le rêve, que la science se concrétise à partir des rêves et non des expériences. Cette pensée a constitué le début des études sérieuses sur l’imagination, l’image, la photographie ou l’iconique en général….Une véritable révolution où l’imaginaire met au défi le réel et où notre monde s’affronte à d’autres mondes inexistants, mais vivants et menaçants.

Cette notion critique de l’imaginaire peut faire l’objet d’une approche pertinente des textes littéraires. Le texte littéraire en lui-même, n’est qu’un fruit de l’imagination, un reflet de l’inconscient et du conscient aussi, une reproduction d’une impression, d’un malaise, d’un songe, d’une idée ou d’un souvenir…

Pourtant, avant de parler de la pertinence de cette approche, il faut préciser que les notions : image, imaginaire, imagination sont si ambigües puisqu’elles tracent cette faculté de reproduire un objet, une sensation, un rêve, un mythe, un fantasme, une figure, une pensée, un souvenir, un sentiment…en s’imprégnant du vécu. L’image selon certains peut former le réel, mais selon d’autres elle peut bien le déformer. Ainsi un texte littéraire est l’image brute d’une opération mentale, qui produit une réalité ou une invention créatrice modifiant complètement cette réalité. A notre avis, un texte littéraire est un reflet de l’énergie intérieure d’une personne hypersensible capable d’inventer un nouveau monde, de le visionner à partir d’un langage précis où les mots constituent les lignes de forces, les pôles d’attractions et le point de fuite d’une image construite pour être décomposée par le lecteur réel que nous sommes.

Un poème avec son harmonie, son unité thématique et morphologique reste l’image d’une âme touchée par la pression d’une expérience douloureuse ou par une force fatale qui obéit à ce jeu de miroitement ; où le moi peut renvoyer à l’Autre qui nous habite, d’où cette compassion ou cette identification des lecteurs à un tel personnage ou à une telle situation de communication incarnée par le texte.

L’imaginaire est un refuge, un éclatement d’une pensée pure qui réincarne l’existence d’un monde abstrait et sombre qui fait partie de notre réalité quotidienne. Personne ne peut nier l’âme et ses détours, personne ne peut contrarier l’importance des dieux mythologiques dans les civilisations anciennes et modernes.

L’imaginaire reste une logique à part qui trace ses propres théories et ses propres vérités ; l’imaginaire peut même devenir une croyance.

Si nous optons pour une méthodologie de l’imaginaire afin d’analyser des textes littéraires, nous pouvons dire qu’il suffit de prendre le texte dans ce cas pour une image impressionniste de base, qui regroupe d’autres images qui font la totalité de l’énoncé. De ce fait, la pensée n’est qu’une série de mots dotée d’une logique qui met à distance le réel en profit de l’imagination abondante qui n’est pas du tout le résultat de l’observation, mais le résultat d’une perception modifiée et déformée en création indépendante. Nous assistons à une invention d’un second monde artificiel où le langage peint sa propre réalité. Une réincarnation qui impose sa nouvelle forme et ses nouvelles règles. De là, le lecteur doit revivre ce monde imagé, afin de saisir ses particularités et ses messages.

A notre avis, le lecteur doit premièrement décomposer le texte en schèmes porteurs de sons et de sens sans oublier la disposition des idées en lignes, en paragraphes ou en vers… Deuxièmement, il faut chercher le dynamique du texte, ses analogies spatio-temporelles, historiques, socioculturelles, politiques, mythiques, des moments forts, ses récurrences, ses insinuations, ses tournures…

Troisièmement, l’étude de la cohérence de l’énoncé est nécessaire pour comprendre le fonctionnement de l’image et ses aboutissements. Il faut signaler que les phrases jaillissent comme un fleuve vers sa chute, elles présentent un univers à part susceptible d’émouvoir et de séduire son récepteur. Les mots sont les fils constitutifs de l’image que l’auteur fait de soi, des autres, d’une réalité, d’un rêve, d’un cauchemar, du bonheur, du malheur, d’un mythe, du monde…


Le texte est une image qui n’est pas toujours claire ou nette, elle est souvent brouillée, implicite, lourde d’insinuations ; ce qui dérouté le lecteur qui se trouve parfois devant des impasses, incapable de pénétrer l’imaginaire d’un créateur redoutable. Tel est l’exemple du nouveau-roman.

Le texte littéraire peut être découpé selon ses lignes de forces, ses mouvements d’attraction telle est l’image fixe, qui suggère une idée et qui met en valeur une scène. Il peut aussi faire l’objet de plusieurs images en mouvement créant un univers unique. Ce découpage doit respecter l’unité de l’énoncé, car c’est l’étude de l’ensemble qui donne l’essence de la pensée.

Certains critiques spéculent qu’il est possible d’analyser les textes littéraires à partir d’une méthodologie mythique, ils aillent jusqu’à affirmer que chaque énoncé contient un ensemble d’images susceptible de faire l’objet d’une sagesse sociale relatant un mythe ancien ou moderne. Ancien lorsqu’il s’agit d’une création collective dilatante et flexible qui se métamorphose en une croyance universelle agissante et fabuleuse. Moderne quand le mythe se présente sous forme d’images fortes incarnant le drame de l’homme actuel, enlisé dans un système de bourse, de robotisations, de machinations, de réseaux communicatifs, de spots publicitaires érotiques… Cette mytho-critique met en relief l’imaginaire qui reste une source inépuisable de sens, dans la mesure où le fictif nous habite, notre moitié est égarée au-delà du réel, au-delà du vécu : c’est pour cela qu’il est difficile de comprendre l’être humain, qui se distingue des autres créatures par un esprit et un cœur indécis entraînant la raison dans un gouffre inexplicable.

Le texte littéraire est construit ainsi, selon des principes mythiques qui relèvent de l’imaginaire, il suit une organisation dramatique qui transcende les esprits à partir des personnages fictifs, des protagonistes surnaturels, des transgressions spatiotemporelles, socioculturelles, politiques réelles ou irréelles, des rapports ordinaires ou utopiques… Tous ces éléments suivent une structure énonciative précise, qui met en valeur la liaison : émetteur/récepteur, relatée par un schéma discursif, qui gère les relations entre les narrataires et les narrateurs en visant souvent les lecteurs qui doivent subir ou assumer le pacte ou l’impact de leur acte de lecture.

Chaque texte littéraire s’imprègne du mythique, puisqu’il est répétitif, il trace une idée, qui progresse selon une dynamique incarnant cette force appelée parfois la mise en abyme ou le récit dans le récit qui peut faire l’objet de répétitions, de retour de séquences…

Ce recours aux mythes dans l’explication ou dans la création des textes littéraires, indique ce poids de l’imaginaire dans l’élaboration et la construction du sens. Le choix du mythe est dû à son importance et sa pesanteur socioculturelle, politique… Le mythe est polysémique, éternel, chargé d’une sagesse universelle.

Nous pensons également que l’idée d’expliquer les textes littéraires selon des régimes diurnes et nocturnes est intéressante, car l’élasticité du tems rejoint la multitude de l’espace. Ces deux facteurs constituent le trajet de l’action et de l’idée dans toutes ses dimensions. Ces régimes présentent un système à part où l’imaginaire s’entremêle au réel. De là, le fait de parler d’une perception objective n’est qu’une illusion. En effet, notre vie en elle-même, n’est qu’une suite de jours et de nuits où le rêve frôle le réel sans jamais se rencontrer. Cette isotopie illustre, en quelque sorte, cette dualité de l’esprit humain divisé par les émotions, ravagés par les passions et réglé par la logique scientifique et juridique.

L’home est le conscient, mais aussi l’inconscient, c’est cette force de s’accrocher à la vie par l’invention, le travail…Nonobstant ce feu de passion, d’amour, de pulsions. L’homme est cette poussée de rêves, d’espérances, de l’imaginaire qui nourrissent le succès. L’homme s’épanouit à travers son imagination fertile : un enfant par exemple, construit son monde fantastique où le démoniaque et l’angélique s’entremêlent pour développer une vision d’ensemble ou une prise du vécu.

L’imaginaire n’est pas seulement cette image féérique qui orne les textes, c’est cette énergie énigmatique qui meuble le vide psychique ou sentimental.

L’imaginaire est le repos de l’âme et la tranquillité de la raison. L’imaginaire c’est le miroir d’un monde camouflé qui cherche ses incarnations et ses formes au cœur même du réel.

L’homme est corps et âme, ses inventions sont le fruit de son imagination : les sous-marins étaient pour Jules Verne un rêve, la science a pu réaliser ce rêve. Les conquêtes spatiales étaient de la pure magie ou de la science fiction, aujourd’hui tout le monde en parle comme s’il s’agit d’une chose naturelle. L’homme a longtemps voulu voler et à présent les avions volent à sa place…A vrai dire, le premier pas vers l’invention c’est l’imagination littéraire.

Nous croyons que la méthodologie de l’imaginaire doit être prise au sérieux, puisqu’elle peut très bien constituer une véritable exploitation des textes littéraires et un vrai champ d’investigation pour les lecteurs qui cherchent l’épanouissent spirituelle et culturelle, car derrière un esprit sain il y a toujours un cœur rêveur.

Derrière le désordre d’une image, il ya souvent l’ordre d’une logique rationnelle. En effet, rien n’est antérieur à l’image littéraire.

Les recherches actuelles essayent d’analyser l’œuvre littéraire à travers l’imaginaire du lecteur réel qui doit retravailler l’œuvre en fonction de sa réception du texte. L’acte de lecture à présent devient une découverte de soi et une reproduction du texte littéraire. A partir de l’activité fictionnalisante du lecteur. En effet, nous pouvons aboutir à une nouvelle manière d’approcher et d’étudier le texte littéraire.

Nadia Birouk : 2002-2003/ Université de Toulouse II le Mirail (France)

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