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Lemag.ma : Le quotidien maghrébin
     

L’icone de Tahannaout


Abderrahman Benhamza - publié le Mercredi 13 Juin 2012 à 15:51 modifié le Mercredi 13 Juin 2012 - 15:49

En deux décennies de création et présence publique, Mohamed Mourabiti est devenu un nom important de l’art plastique marocain contemporain. A côté de ses amis marrakchis comme lui, Mahi Binebine, Larbi Cherkaoui, My Youssef El Kahfaï (pour ne citer que ceux-là), l’icone de Tahannaout présente un profil bien plus singulier : d’abord en référence à son parcours atypique, lequel est en rupture avec toute formation académique (Mourabiti est un autodidacte, mais qui s’est vite rattrapé), ensuite du fait de sa sensibilité originale de formaliste ayant opté, délibérément, pour ce genre devenu si problématique aujourd’hui, qu’est l’abstraction.



Mohamed Mourabiti
Mohamed Mourabiti
Si les thématiques abordées par Mourabiti se ressourcent en gros dans le réel comme donnée mentale plus que visuelle, tels la terre, les marabouts d’ici et d’ailleurs, les antennes paraboliques, la femme comme concept évoquant la sensualité et comme manifestation onirique liée à la vie des instincts, l’architecture comme lieu de projection de l’être humain, approchée tel un objet de design, ce qui ressort de ses réalisations atteste d’une volonté de sublimation incontestable chez cet artiste raffiné et sensitif.

Cela nécessite effectivement une démarche méthodique, une manière d’exploration menée au rythme d’un temps calculé sur les sursauts de l’âme pour ne pas dire sur le flux et reflux accidentel de l’inspiration.

Depuis ses premières toiles en 2000 jusqu’à aujourd’hui, c’est un procesus créatif qui n’arrête pas de surprendre et de marquer des étapes qui, une fois toutes évaluées, sont la preuve et la somme d’une recherche en profondeur où, matière, formes, couleurs, volumes, lumière, tantôt s’associent en point focal, tantôt se bousculent sur la toile dans un jeu dialectique, à qui aurait plus d’impact qualifiant. Il en résulte une idée maîtresse de contraste réussi, qui s’enrobe de résonances mystiques ou philosophiques, comme ont voulu le voir certains critiques, d’ailleurs à raison.

L’abstraction que pratique Mourabiti devient de la sorte une véritable seconde nature ; on n’y décèle guère de clichés, ni de parodies, ni de mimétisme, mais une idiosyncrasie artistique déterminante. Autrement dit, c’est le langage plastique « naturel » de Mourabiti.

Wölflin disait que l’abstraction est une mamelle intarissable dont le débit passe par la réflexion qui en est la substance fondamentale. Certes, seulement et en plus, Mourabiti est un coloriste subtil. A force manipuler la couleur, les pigments, il finit par en découvrir le caractère proprement poétique, l’esprit à la fois illusoire et fantastiqueet qu’il sait très porteur...

Issu d’une grande famille versée dans la culture et politiquement traditionnaliste (cela dit à titre indicatif), Mourabiti en a hérité d’un souci de l’exactitude et d’une fidélité à soi dans la formulation générale des choses de la vie, dans son cas des choses de l’art surtout. Trait qui relève d’une certaine logique et d’un certain bon sens ; pour l’artiste, ce bon sens reste de l’ordre de l’imagination. C’est ainsi qu’on retrouve dans ses oeuvres ce scrupule au niveau des nuances et cette technique de la pondération dans la gestion de l’espace, afin d’y mettre les tons qui conviennent. Des oeuvres avenantes, au chromatisme stylisé, aux graphismes à la limite de l’esquisse, qui en disent long sur une scénographie pictuale animée au fond de sensations fulgurantes, sur un sens de la lumière à la fois jouissif et énigmatique.
Voici une peinture contemporaine au cheminement spécifique, très ouverte et avide de nouvelles prestations pour mieux pénétrer les arcanes de ce monde qu’on dit invisible, mais aussi celles de l’identité, une identité aux racines multiples, les unes liées au sol natal, les autres à la mémoire collective dont Mourabiti régule les échos et note les expressions à travers les implications culturelles dont son « Maqam » à Tahannaout (lieu de rencontres distinguées depuis sa fondation, où il travaille et a ses ateliers) a servi et sert toujours de plateforme.

Nous avons dit « autodidacte » à propos de l’artiste. En fait, c’est un homme de culture, mais de cette culture qui ne s’acquiert pas forcément sur les bancs de l’école fussent-ils universitaires, et donc par la pratique de livres savants. Nous avons eu l’occasion de côtoyer le personnage et, en conclusion, à l’entendre parler de son expérience ou de celles des autres, ses propos débités sur un ton critique de bon aloi semblent dénués de tout nombrilisme et de toute prétention, objectifs à souhait, d’une prudence tout à fait saine.

Mourabiti ! Un artiste-peintre sans doute rare dans son genre ; un abstrait qui n’en finit pas d’idéaliser les formes de son art, pour leur donner de nouvelles vigueurs et significations.

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Dernières expositions de Mourabiti :
- Exposition collective au Sénégal du 12 au 16 mai 2012 avec El Haj Adama Keita, Ngoor, Fatou Kande Senghor, Saad Tazi et Mounat Charrat sous le thème « Sur le fleuve Sénégal »
- Alwan’art, début juin 2012, une exposition collective organisée dans plusieurs endroits de la ville de Marrakech.



           


Commentaires

1.Posté par Nadiryt le 13/06/2012 17:06 | Alerter
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Mourabiti est un bon peintre certes mais le titre est exagéré ...





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