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MAP - Roukane EL GHISSASSI - publié le Vendredi 20 Mars à 17:13

L'exposition "Femmes et religions, points de vue de femmes du Maroc" interroge sans équivoque la cohabitation des religions et la discrimination de la femme



Rabat - Le vernissage d'une exposition placée sous le thème "Femmes et religions, points de vue de femmes du Maroc" s'est déroulée, récemment à la Galerie Fan-Dok de Rabat, où d'emblée le propos des 21 artistes qui présentent leurs œuvres est clair et sans équivoque: "la cohabitation des religions dans la cité" et "la problématique de la discrimination de la femme au regard des différentes religions".



Galerie Fan-Dok à Rabat
Galerie Fan-Dok à Rabat
Chacune de ces artistes - qu'elles soient marocaines, amazighes, arabes, andalouses, américaines, méditerranéennes, colombienne, américaine, française, italiennes, suisse, syrienne, égyptienne - a interprété ces deux thématiques à sa manière dans ses toiles ou ses installations s'octroyant une grande liberté de création et d'imagination dans cette exposition qui s'inscrit dans le sillage de la parution d'un livre collectif paru sous le même titre et qui vient d'être publié aux éditions "La croisée des chemins" et présenté en cette même occasion.

D'entrée de jeu est placée au cœur de la Galerie une installation imposante sonore et vidéo de Zayneb Nasri. L'artiste qui intitule son installation "In-Existence" estime, que la dimension d'"inexistence" qu'elle soit "d'un être" ou encore "d'une chose" ne peut être conçue qu'en "l'admettant en tant qu'absence, attente ou espérance".

"Emprunter un chemin d'inexistence, c'est effleurer toutes ses existences éteintes, peut-être parties ou celles qu'on voudrait retrouver, c'est aussi se risquer à s'anéantir un moment afin de s'engouffrer au plus profond de soi, là où le silence refuse de nous taire ", lit-on dans un texte affiché sur le mur et placé juste à côté de la toile pour expliquer son travail.

Sur le côté droit de la Galerie est placée une pancarte de Khalida Hriki où est inscrit "héritage. Femme = homme", un thème que de plus en plus de femmes et également des hommes osent en parler pour qu'il ne reste plus tabou.

Toujours sur cette question de l'héritage, une autre jolie pancarte tout en couleurs vives et variées de A. Azdem laisse voir des chiffres " 1=2 / 1=1 ". Le message revendiqué est clair "la femme doit hériter la même part que l'homme".

Juste à côté, sur un autre mur, volontairement ou par coïncidence, se trouve un hadith du prophète "Le paradis est sous les pieds des mères", que Malika Aguezenay a eu l'intelligence d'esprit de présenter dans un tableau cadre décoratif, à fond couleur de la soie écrue avec calligraphie dorée. L'artiste fait ondoyer cette formulation à l'infini dans la toile qui l'insère mais laissant l'écriture "alguée" respirer.

Sur un tout autre registre, Drissia Aouididden, présente, pour sa part, deux tableaux placés dès l'entrée de la Galerie sur le côté gauche. 

"Quand Hakima Lebbar (Directrice de la Galerie) m'a appelé pour participer à cette exposition elle m'a demandé de travailler sur deux thèmes, la pression des religions sur la femme et les religions dans la cité", rappelle dans une déclaration à la MAP, l'artiste Aouididden, cette native de Fès mais vivant aujourd'hui à Kenitra.

"Le problème qui s'est posé à moi, lorsque j'ai commencé à travailler sur ces deux toiles, c'est essayer de faire cohabiter deux paramètres, l'art et le message. Où commence l'un et où finit l'autre ? C'est difficile", estime-t-elle.

Mais l'artiste a en tout cas réussi un travail artistique porteur d'un message clair qui peut être lu et compris.

"Pour le premier tableau +Discrimination de la femme+, je n'ai rien trouvé de mieux pour évoquer la femme si ce n'est ses escarpins qui la symbolisent", explique-t-elle arborant un sourire.

"Dans le 2-ème tableau +les religieuses dans la cité+, j'ai essayé de composer une ville avec tous les symboles religieux que j'ai ensuite envahie de couleur noir, pour dire que les religions qui sont censées rapprocher les humains" ne jouent plus ce rôle, regrette-t-elle, déplorant que les religions soient souvent utilisées à des fins politiques.

"Le rouge qu'elle utilise dans sa toile évoque "les guerres" et si elle fait surgir inopinément "une lumière" tout au milieu, c'est pour elle " l'espoir qu'un jour l'humanité puisse vivre ensemble en paix indépendamment des confessions des uns et des autres ", insiste-elle, en gardant cette fois le sourire.

Et saisissante, une autre œuvre, celle de Florance Arnold (française vivant à Casablanca) titrée "le cri de femme" montrée dans un mille feuilles de papier à travers une technique mixte dans boîtage en Altuglas. Y voit-on un corps déchiré, bras arrachés et tête décapitée dégageant une impression de flottement dans l'espace de la toile.

Un diptyque de Myriam El Haïk " Carré sacré, sacré carré 1 " et " Carré sacré et sacré carré 2" est étonnant par sa simplicité de sujet mais paradoxalement déconcertant. Si l'un de ses tableaux se présente en blanc, l'autre est totalement noir mais partagent le même motif, vraisemblablement des clous - du moment que l'artiste accorde au visiteur une grande latitude de l'interpréter comme il lui sied - qui traversent à l'infini la toile dans les deux directions, à horizontale et à la verticale.

Décidément, le phénomène de répétition représenté par cette précision du trait et cette économie des couleurs, déroute !

"Le signe que j'invente ne veut rien dire à part qu'il m'appartient, qu'il est ma signature. Mais il est aussi une sorte de +Joker+ où chacun projette ce qu'il veut bien y voir ", explique El Haïk dans un petit texte qu'elle a pris la peine d'afficher à côté de ses toiles.

Ce diptyque, ajoute-elle, " raconte à la fois la honte, la faute, la culpabilité, la contrainte, le corps blessé, le corps dressé, de la femme mais aussi la libération par l'apprentissage, l'écriture, la main à l'ouvrage, et surtout la pratique rituelle commune à toutes les cultures religieuses ou laïques ".

A ses yeux, "ce qui permet d'être et d'être ensemble. C'est le rituel", qui "se répète sans pouvoir se répéter à l'identique", dit-elle.

"A chacun de choisir ou de s'inventer ses propres rituels", un propos qui ne cède pas de place à la contrainte chez cette artiste.

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