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Rabia Chaudry - publié le Vendredi 9 Août à 22:52

L’expérience de ma famille, une recette contre la haine






L’expérience de ma famille, une recette contre la haine
Washington – De nos jours, il est rare d’ouvrir un journal sans y lire toutes sortes d’histoires de violence interreligieuse ou interethnique. De nombreux universitaires passent leur carrière à chercher à comprendre pourquoi certains êtres humains ressentent tant de haine. Mais peut-être faudrait-t-il aborder le problème dans l’autre sens et se demander ce qui fait que tant d’autres n’en éprouvent aucune ?

Dans le cas de ma famille, des liens personnels que nous avons tissés avec des gens d’autres communautés nous ont permis de nous prémunir contre le rejet de l’autre.

Lorsque mes parents sont arrivés aux Etats-Unis, il y a une trentaine d’années, ils n’avaient jamais rencontré de juifs. Ils en avaient une perception restreinte ; en somme ils ne savaient de ces derniers que ce qu’en disaient les responsables religieux pakistanais de l’époque, dans le contexte du conflit israélo-palestinien.

Préférant que sa femme et sa fille nouveau-née le rejoignent plus tard, mon père était d’abord venu seul aux Etats-Unis. Vétérinaire de formation et curateur du zoo d’un parc national du Pakistan, ses possibilités de travail, en arrivant dans ce nouveau pays, étaient limitées. Au début, il a dû se résoudre à faire des petits boulots, qui n’avaient rien à voir avec sa profession. Ma mère et moi n’avons pu le retrouver qu’au bout d’un an, une fois que sa situation financière s’était stabilisée.

Comme cela arrive souvent pour les familles fraîchement immigrées, les premières années furent difficiles sur le plan financier. Mes deux parents travaillaient, jonglant avec plusieurs emplois, sans avoir la satisfaction de travailler dans leurs métiers respectifs. C’est par un pur hasard que mon père eut soudain l’opportunité de collaborer avec le Dr. Keller, un vétérinaire, qui allait bientôt prendre sa retraite.

Mon père commença à travailler le soir dans la clinique de ce vétérinaire, qui se trouvait dans une banlieue chic de Washington, à Potomac dans le Maryland. Le Dr. Keller, se rendit vite compte qu’il était difficile pour mon père de faire les trajets quotidiens depuis la Virginie où nous vivions dans un appartement exigu. Il nous proposa donc de venir habiter la maison attenante à la clinique dont il était le propriétaire.

Grâce à la générosité de ce vieux juif américain, notre famille déménagea dans sa première maison. Mon père put enfin commencer sa carrière dans le monde vétérinaire américain. Le Dr. Keller était le premier juif que mes parents rencontraient. Cette rencontre allait mettre une fin définitive aux craintes et aux préjugés qui dataient du Pakistan.

Par ailleurs, nous n’aurions jamais pu nous installer en Amérique sans l’aide d’un ami chrétien de la famille. Le Dr. Emmanuel Gulab – que mon père connaissait du temps où il était étudiant et que j’ai toujours considéré comme un oncle - s’était porté garant pour l’obtention de nos visas. Il faut dire qu’il y a trente ans, une amitié si proche entre un musulman et un chrétien était encore possible – c’était du temps où la situation au Pakistan était plus sereine.

Mes souvenirs d’enfance sont remplis de fêtes de Noël célébrées avec les Gulab et leur fille Shubnum – qui était ma meilleure amie. Je me rappelle aussi de dîners de Ramadan chez nous, en présence de cette famille et d’autres, issues de la communauté sud-asiatique naissante du Maryland. Les Belani, des hindous du Sindh, dont les parents avait été protégés et sauvés par des voisins musulmans à Karachi, à l’époque de la partition en 1947, faisaient eux-aussi partie de notre cercle d’amis. Quand nous allions manger chez eux, ils prévoyaient toujours de la viande halal pour nous. Et moi, j’adorais aller dans la chambre de leur fils feuilleter ses livres qui expliquaient l’hindouisme aux enfants.

Voilà l’histoire de mon enfance, une histoire d’immigrés, sans crainte et sans haine, dans une Amérique d’avant le 11 septembre 2001. À mesure que la communauté sud-asiatique a grandi et que d’autres Pakistanais chrétiens, hindous ou musulmans sont venus s’installer aux Etats-Unis, chacun s’est retranché dans sa communauté et nous avons perdu notre utopie pluraliste. Mais le respect et l’amour entre les uns et des autres sont restés intacts. Nous avons tous continué à participer aux événements marquants de nos vies respectives – naissances, mariages, et hélas funérailles.

J’ai énormément de chance d’avoir pu côtoyer des personnes de religions différentes en grandissant : cela a été pour moi une vraie leçon de vie sur les enseignements de l’islam à propos du comportement vis-à-vis des fidèles d’autres religion. De la charte de Médine à la promesse de Mahomet aux moines du monastère de Sainte-Catherine (leur garantissant de les protéger contre toute personne cherchant à leur nuire), la vie du Prophète (que la paix soit sur lui) témoigne du respect entre musulmans, juifs et chrétiens.

Je ne soulignerai jamais assez à quel point des amitiés toutes simples peuvent faire disparaître les craintes que nous éprouvons envers ceux qui sont différents. Pour ma part, je suis incapable de haïr qui que ce soit à cause de sa religion, grâce aux liens amicaux que j’ai tissés avec des non-musulmans tout au long de ma vie.

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* Rabia Chaudry est avocate. Elle est la présidente de Safe Nation Collaborative (www. Safenationcollaborative.com), une société de formation qui fournit des ressources aux forces de police et aux communautés musulmanes américaines contre l’extrémisme violent. Article écrit pour (CGNews).



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