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Abdelkarim Chankou - publié le Vendredi 6 Juin à 08:30

L’eau contre le pétrole




Abdelkarim Chankou - Il est encore temps pour que la « vieille Europe » des peuples et non des technocrates se rende compte que l’on ne choisit pas son voisin. Et que l’Afrique du Nord qui est à 14 km de l’Europe est une réalité géographique et historique immuable. Car la réussite de l'UPM est « tributaire de l'adhésion consciente et avertie de tous » comme l’a si bien souligné André Azoulay.



Quelle qu'en seront les contours la future Union Pour la Méditerranée (UPM), qui est susceptible d'apporter plus de parité dans les relations Nord-Sud selon Alain Juppé ex-Premier ministre et actuel Maire de Bordeaux, ressemblera à un immeuble en co-propriété. Les étages supérieurs comprenant les appartements les plus vastes et confortables seront européens alors que ceux nichés dans les étages en dessous - pour ne pas dire « bas étage » - qui abriteront les « bahuts » seront en toute évidence nord-africains.

Et il n'y a aucun mal à le dire. Mais cette dichotomie ne peut éviter à l'immeuble le besoin de disposer d'un bon syndic dont le rôle de médiateur sera de veiller à ce que le bon voisinage ne se mue en promiscuité et que les espaces communs ne soient accaparés par les plus riches. Autrement dit éviter que le rêve d'une Mare Nostrum ou Lac de Tibériade tant chanté par les poètes et les humanistes des deux bords prenne l'eau !

Parlant d'eau et sans jeu de mot ni transition, celle-ci sera incontestablement -sinon est déjà- l'enjeu majeur de toute géopolitique future. Les unions entre Etats se feront et se déferont autour de cette matière vitale sans laquelle rien n'est.

L'EUROMED A BESOIN D'UN BON SYNDIC

Le Parlement européen, réuni jeudi dernier en plénière à Bruxelles, a adopté avec une majorité de 562 pour et 50 voix contre une résolution soutenant les propositions de la commission européenne sur le projet d'Union Pour la Méditerranée.

Cette résolution a entre autres soutenu les projets proposés par la commission européenne dans le cadre de l'Union pour la Méditerranée. Notamment ceux qui sont relatifs à la désalinisation de l'eau de mer pour faciliter l'accès à l'eau potable et à la production d'électricité solaire thermique dans le désert d'Afrique du Nord.

Les eurodéputés ont accompagné leur vote d'une recommandation : qu'une discussion à ce sujet soit une priorité lors des premières réunions de l'Union pour la Méditerranée.

En clair, l'assemblée de Strasbourg craint un double risque : d'une part qu'un jour, la sécheresse ne pousse des hordes de Nord-africains, affamées et assoiffées, à envahir l'Europe. Et de l'autre que cette sécheresse, couplée au renchérissement et la raréfaction des hydrocarbures, ne produise un déficit énergétique tellement grave que les entreprises européennes, de plus en plus présentes au Sud de la Méditerranée, en fassent les frais.

Bien entendu, notre propos ici n'est pas de mettre en exergue l'hypocrisie des uns et des autres ni de faire le procès d'intention d'une quelconque partie. On voudrait seulement dire des choses telles qu'elles sont réellement sans enrobage ni dérobade.

Oui, les relations euro-africaines en général et euro-nord-africaines en particulier ont toujours été teintes d'hypocrisie. Or il est encore temps pour que la « vieille Europe » des peuples et non des technocrates se rende compte que l'on ne choisit pas son voisin. Et que l'Afrique du Nord qui est à 14 km de l'Europe est une réalité géographique et historique immuable. Car la réussite de l'UPM est « tributaire de l'adhésion consciente et avertie de tous » comme l'a si bien souligné André Azoulay, Conseiller de SM le Roi Mohammed VI et président de la Fondation euro-méditerranéenne Anna Lindh mercredi dernier à Fès.

De même et sur un autre ordre d'idée, il faut que les Algériens se convainquent une fois pour toute que le spectre d'une crise de l'eau plane sur eux et que ce n'est pas par les armes si sophistiqués soient-elles ni par les barils du pétrole qu'elle trouvera une solution idoine et durable.

D'aucuns conviennent que l'eau de la Méditerranée est aussi sale que salée. Donc son épuration et dessalement sont plus onéreux et compliqués. Il n'y a qu'à demander aux Maltais dont l'eau de robinet provient quasiment de la mer. Or, l'eau de l'Atlantique, dont l'Algérie ni la Tunisie encore moins l'Egypte et la Libye n'ont accès est moins salée et plus propre. Dans certains endroits, elle est très claire.

Le Maroc s'étend sur 3500 de km de cotes dont 3.000 atlantiques. Des projets de centrales électriques basés sur le mouvement de l'eau de mer (basse marrée, haute marée) existent depuis les années 1970. L'un d'entre eux conçu par l'allemand Siemens pour le lieu dit Sabkhat Tah (une dépression près de Tarfaya) pourrait produire la consommation en électricité de tout le Maghreb seulement en canalisant le mouvement perpétuel et naturel du va-et-vient de l'eau de mer.

Le projet ne demande qu'à être sorti des tiroirs de l'Office marocain de l'électricité pour voir le jour. Mieux : il est possible qu'une partie du courant produit par ce dispositif (dont le prix a triplé depuis les années 1970) soit employée pour le dessalement de l'eau de mer. Et si les fonds européens suivent, ce qui n'est pas quand même la mer à boire pour une Europe riche, ce projet profiterait à tout le monde même aux Européens.

D'une façon ou d'une autre. Et rien que pour paraphraser Feu Hassan II, rappelons que la terre maghrébine est un prologement par continuité de l'Europe et vice versa. Les Canariens sont à 20 minutes à vol d'oiseau et ils ne crachreont pas sur de l'énergie bon marché. Bref, il y a à boire pour tout le monde. A bon entendeur, salut !


Tagué : economie, pétrole

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