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par Cynthia Schneider - publié le Vendredi 25 Septembre à 06:00

L’autre Pakistan

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Washington – Le musicien de rock pakistanais, Salman Ahmad (également médecin, écrivain et réalisateur), qui a créé le célèbre groupe de musique Junoon, a expliqué samedi soir aux membres permanents de l’Assemblée générale de l’ONU, que c’est en voyant un film vidéo qu’il a décidé d’agir. La vidéo, montrant deux hommes mettant à terre une jeune adolescente qui lui avait été envoyée par un de ses amis vivant au Pakistan pendant qu’un troisième la battait, a poussé le musicien à quitter New York - sa ville d’adoption – pour s’envoler au Pakistan afin d’y trouver une réponse à une question qui le tourmentait: «Quel est le véritable Pakistan?»

Est-ce que le Pakistan est le pays du soufisme et de la poésie, de l’art et de la culture? Celui dont la poésie s’est mise au service de la liberté d’expression pendant plus d’un millénaire? Ou est-ce le pays dans lequel les jeunes filles se font battre en public pour de prétendus crimes de mauvaise conduite?

Echaudés par la mort tragique de Daniel Pearl et par les vidéos montrant la brutalité des Taliban, les Américains ont tendance à associer le Pakistan à l’extrémisme et à la violence gratuite plutôt qu’à la poésie, à la musique et à la culture. Or les médias donnent une image déformée de ce pays, comme peuvent l’attester les personnes ayant vu l’exposition «Hanging Fire: Contemporary Art of Pakistan» de l’Asia Society et le public du «Concert for Pakistan» donné par Salman Ahmad.

A l’occasion de cette soirée historique, sponsorisée par la Mission du Pakistan auprès des Nations-Unies qui s’est déroulée dans le Hall de l’Assemblée générale, Salman Ahmad avait rassemblé tout un parterre de musiciens de divers pays allant de l’Irlande à l’Iran (et notamment le sensationnel irlandais Gavin Rossdale et le groupe de hip hop danois Outlandish) pour attirer l’attention du public sur le problème des trois millions de personnes déplacées de la Vallée de Swat et collecter des fonds en leur faveur.

Une chanson de Sting et un message spécialement concoctés par le chanteur pour cette occasion ont été diffusés. Des invités, dont le lauréat du prix Nobel R.K Pachauri, se sont exprimés au nom du Pakistan et de son peuple. Le Pakistan hospitalier, vibrant et intellectuel qu’ils ont décrit est en grand contraste avec le Pakistan extrémiste dépeint par les médias. De même, la version tolérante de l’islam présentée lors du concert de samedi par Naïf-Al-Mutawa (créateur de la série de bande dessinée LES 99, dont les super-héros ont été créés selon les 99 attributs de dieu dans l’islam) est bien différente des idéologies doctrinaires qui ont droit à un temps d’antenne bien plus long.

Salman Ahmad et Naïf Al-Mutawa font tous deux partie du réseau Brookings Institution’s Creative Network, qui est constitué de plus de 200 décideurs américains et arabes dans le domaine de l’art et de la culture, qui chaque année ont l’occasion de rencontrer des responsables politiques au Forum Etats-Unis – Monde islamique de Doha. Ces personnes, ainsi que d’autres sympathisants, proposent une ouverture des sociétés arabes et musulmanes, à condition que les diplomates et les responsables politiques veuillent bien faire quelque chose qui ne leur est pas facile: prendre l’art et la culture au sérieux.

Dans les pays comme le Pakistan (ou l’Iran d’ailleurs) où les poètes ont joué un rôle fondamental tout au long de l’histoire, l’art, la culture et les médias s’immiscent régulièrement dans la vie politique. Les écrits de Rumi ou d’autres poètes, qu’ils soient sous forme de vers ou de paroles de musique rock, inspirent les citoyens du Pakistan d’aujourd’hui, ainsi que ceux de la grande diaspora pakistanaise dans le monde. La poésie et l’art sous toutes leurs formes font simplement entièrement partie du tissu de la vie et peuvent souvent véhiculer des idées qui ne seraient peut-être pas acceptées dans les forums politiques. Salima Hashmi, curatrice de l’exposition actuelle sur l’art contemporain pakistanais de l’Asia Society, a dit à ce propos: «lorsqu’on fait taire les partis politiques, les poètes et les artistes peuvent enfin s’exprimer».

Que ce soit à travers la peinture, la poésie, la musique rock ou les séries télévisées, l’art , la culture et les médias fournissent un véritable moyen de transmettre aux grandes couches de la population, «sans que les politiques s’en aperçoivent», une réflexion sur la société, la politique et la religion. Ils parlent d’histoires dans les quelles, par exemple, les femmes assument des rôles importants au sein de la famille et de la société, remettant ainsi en question les idéologies extrémistes. Des chansons traditionnelles, rock ou hip hop rappellent de même aux universitaires, aux adolescents et aux serveurs de thé la richesse de la culture pakistanaise et son rôle à part entière dans l’identité pakistanaise.

Pour Salman Ahmad, son épouse Samina et leur ONG Salman and Samina Global Wellness Initiative (ssgwi.org), ce concert représente le début d’une plus grande campagne qui vise à exploiter le pouvoir de l’art, de la culture et des médias pour rendre la société civile plus forte au Pakistan. Le mouvement des avocats a déjà démontré la volonté des Pakistanais à défendre leurs droits. Un mouvement puissant émanant de la société civile ne résoudra pas tous les problèmes du Pakistan, mais pourra éventuellement constituer un rempart contre l’extrémisme.

Les Etats-Unis semblent désormais plus souvent éviter d’imposer leurs propres valeurs pour habiliter les voies régionales à s’exprimer. Le concert de Salman Ahmad, son mouvement qui vise un plus large public et l’exposition de l’Asia Society offrent des ouvertures pour la poursuite de cette stratégie au Pakistan.

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* Cynthia Schneider est experte en diplomatie culturelle et dirige l’Initiative art et culture au Saban Center for Middle East Policy de la Brookings Institution. Elle enseigne également un cours sur la diplomatie et la culture à l’Université de Georgetown. Article distribué par le Service de Presse de Common Ground (CGNews), avec l’autorisation de l’auteur.

Source: USC Center on Public Diplomacy, 17 septembre 2009, www.uscpublicdiplomacy.com
Reproduction autorisée.

Source : http://www.commongroundnews.org/article.php?id=263...


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