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Ahmed Hamdaoui - publié le Lundi 2 Septembre à 22:00

L'archaïsme des lois de gestion financière des universités marocaines




LE COMBLE : quand l’argent pour un projet est disponible dans le budget de l’Université mais que vous ne pouvez pas l’utiliser ! …



L'archaïsme des lois de gestion financière des universités marocaines
Il est bien connu que les lois de gestion financière des établissements publics au Maroc restent encore archaïques et sont faites pour être « violées ». Quand il s’agit des Universités sensées faire un travail d’enseignement et de recherche scientifique qui doit être rapide, efficace et compétitif, le problème prend alors une toute autre ampleur.

Les étudiants dans les Universités Européennes ou Américaines préparant une thèse de doctorat dans un laboratoire de recherche, peuvent en cas de besoin, décrocher le téléphone pour passer une commande urgente d’un produit ou matériel nécessaire pour le déroulement de leurs expériences de recherche. La livraison du matériel commandé est faite généralement le lendemain… Pour les commandes groupées non urgentes, la livraison peut être faite dans la semaine qui suit la commande. Ceci reste encore, de nos jours, du domaine de la fiction pour les Universités marocaines…

Passer une commande dans nos Universités est un vrai parcours du combattant. En effet, vous devez faire face à toute une série de démarches administratives lourdes et fastidieuses pour ne recevoir votre matériel, si vous êtes chanceux, que six mois ou un an après la commande … Le même problème se pose si vous voulez engager des travaux d’aménagement d’une salle ou d’un laboratoire… Dans les laboratoires à l’étranger le plus difficile c’est de pouvoir décrocher des financements pour engager des travaux de recherche, chez nous, lorsque vous décrochez des financements c’est là que les ennuis commencent ! … Avec cela on exige de nos étudiants de soutenir leurs travaux de thèse dans un délai de TROIS années et ce n’est pas tout, il faut qu’ils aient publié leurs résultats de recherche dans un journal scientifique international ?! … Si vous êtes le Directeur du laboratoire l’organisme qui vous finance vous demandera un rapport d’activité ANNUEL … ce qui revient à dire que vous devez préparer le rapport d’activité avant même de recevoir vos produits ! …

Dans les domaines scientifiques d’expérimentation tels que la chimie, la biochimie, les biotechnologies …, vous êtes amenés à passer des commandes continuellement. Souvent il est impossible de passer des commandes groupées, car vous n’êtes pas sensés savoir à l’avance la nature exacte des réactifs ou produits nécessaires car généralement ce sont les résultats préliminaires des expériences qui vous dictent ce qu’il faut commander. Cette nécessité est absolument inaccessible avec les lois financières actuelles.

Lorsque un chercheur d’une Université marocaine arrive à faire une publication scientifique ou arrive à faire aboutir un travail de thèse, il faut que tout le monde sache que derrière cela il y a tout un travail colossal et beaucoup de persévérance et de patience.

Si malgré tout, des réalisations importantes ont pu aboutir à l’Université marocaine c’est aussi grâce au courage de certains responsables qui ont autorisé une certaine souplesse dans l’application de ces lois.

Les Présidents des Universités devraient donner à ce problème une grande priorité et devraient par conséquent exercer une forte pression sur les décideurs nationaux pour changer cette situation. Notre espoir a grandi avec l’arrivée à la tête de certaines Universités de Professeurs de la diaspora marocaine, comme c’est le cas à l’Université Cadi Ayyad de Marrakech. Malheureusement, notre déception est tout aussi grande. Pourtant, le Président de l’Université Cadi Ayyad demande aux universitaires marocains de s’engager dans les technologies de pointe et les travaux d’ingénierie et d’innovation. Tout le monde sait que pour élaborer des brevets d’invention surtout au niveau international, le facteur temps est très important pour pouvoir affronter la rude compétition qui existe dans ces domaines. Une question logique s’impose, comment peut-on le faire avec ces contraintes financières et les lenteurs administratives imposées aux universités et aux enseignants chercheurs marocains.

Le grand public marocain doit aussi savoir que les enseignants chercheurs qui s’accrochent malgré tout à la recherche scientifique vivent une situation HUMILIANTE vis-à-vis de leurs collègues étrangers avec lesquels ils collaborent. En effet, alors que ces chercheurs étrangers ont la possibilité de commander tous les produits dont ils ont besoin à tout moment, la possibilité aussi d’octroyer des bourses à des étudiants ou à des chercheurs et même la possibilité de régler certaines dépenses des activités de leur laboratoire avec des cartes bancaires, les « pauvres » Professeurs marocains, eux, passent tout leur temps à mendier des produits ou réactifs et à chercher des bourses et pour eux-mêmes et pour leurs étudiants…

Avec cette réalité amère, faut-il encore s’étonner du mauvais rang de nos Universités dans les classements internationaux ?! …

Monsieur Le Ministre, Messieurs les Présidents des Universités, il n’y a point le choix, si vous voulez que les activités des Universités et de la recherche scientifique se redressent au Maroc, vous devriez absolument changer ces lois archaïques de l’age de la pierre, encore en vigueur dans la gestion financière des Universités. L’Université marocaine regorge de compétences capables de faire encore des miracles pour rehausser le rang de nos Universités dans les classements internationaux à condition qu’on veuille bien les reconnaître, leur donner les moyens et toute l’aide nécessaire.

Ahmed Hamdaoui
Professeur à l’Université
Cadi Ayyad de Marrakech


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