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Abdelaziz Mouride - publié le Dimanche 29 Mars à 20:40

L’anarchie linguistique au Maroc




Abdelaziz Mouride : Si la Constitution du pays prend le parti de la langue arabe classique comme langue officiel, sur le terrain, les choses sont beaucoup plus différentes comme tout un chacun sait. Il suffit en effet de tourner le bouton de votre poste radio pour constater la multiplicité des idiomes qui se livrent bataille pour se faire une place dans la jungle de la médiation. L’arabe classique bien sûr, mais aussi le français, l’arabe darija, l’amazigh dans ses différentes variantes, voire l’anglais et l’espagnol.



Ce qui ne manque pas d’étonner les visiteurs étrangers, surtout originaires de pays développés où, malgré le cosmopolitisme très prononcé où il a appris à vivre, il est habitué à l’usage d’une seule langue, la langue national sensé être l’un des marqueurs essentiels de son appartenance nationale et culturelle dans un monde où il est difficile de se retrouver.

Ce fait suscite-t-il débat chez nous au Maroc ? Non. Soumettons-nous, tout un chacun à part soi, ce pluralisme linguistique plutôt subi que vraiment décidé, à la rigueur du questionnement et de la raison ? Peut-être, mais sans trop toucher mot au voisin de pallier et encore moins à la réflexion du grand public. Tabou ? crainte du péril de la dissension ? Ou alors diktat de l’habitude, de l’allant de soi, de l’évidence social ou pire encore, un pis-aller qui nous dispense de la pénible tâche de faire travailler nos neurones ?

Je pense pour ma part, qu’il y a un peu de tout ça, mais qu’importe. Le fait est que le Maroc, par son silence, ses dérobades, son laisser aller, prend le risque de se retrouver un jour dans une situation ridicule où il n’aura le maîtrise d’aucune de ses langues.

On en est déjà un peu là du fait que beaucoup de Marocains (à commencer par des parlementaires, des cadres d’entreprises et autres, les élites donc) ne s’expriment correctement dans aucune langue. En fait on ne parle pas, on baragouine dans plusieurs langues en même temps.

Mieux : Au Maroc nous sommes totalement tributaire de la production lexicale qui se fait totalement ailleurs, c’est-à-dire dans les pays avec lesquels nous partageons certaines des langues en usage chez-nous. Des exemples ? Il suffit de constater d’où nous puisons notre vocabulaire pour désigner de nouveaux produits tels un ordinateur ou un téléphone portable. De France pour le vocabulaire français, de l’Egypte et du Liban pour les mots arabes. Non seulement nous ne sommes pas producteurs des dictionnaires des langues que nous utilisons, mais en plus, nous dépendons d’autres pays pour pouvoir nommer les choses, les produits et les concepts nouveaux.
Si ça n’est pas perdre sa langue, qu’est-ce que ce serait alors ?

Certains croient régler le problème en dissertant sur le thème de l’ouverture et du bilinguisme. « Un individu qui ne parle qu’une seule langue est un analphabète » répète-t-on à l’envi. Or, notre problème au Maroc n’est pas le monolinguisme ou le bilinguisme, notre problème c’est qu’en voulant à tout prix mettre plusieurs langues au même rang, et de les parler toutes, on en est réduit à n’en maîtriser aucune, et à prendre notre baragouin pour de la grande éloquence.

Loin d’être une spécificité marocaine, le bilinguisme, voire le multilinguisme est la chose la plus partagée au monde. Les pays scandinaves, le Japon, l'Allemagne, la Hollande entre bien d’autres pays, utilisent en plus de leurs langues nationales respectives, la langue anglaise comme moyen de communication avec le reste du monde.

La différence entre le Maroc et ces pays, c’est que dans ces pays, la langue nationale occupe une place centrale en tant que langue de l’enseignement et de la communication à l’échelle du pays, tandis que les langues étrangères occupent une place secondaire, et ne sont utilisées que pour répondre à la nécessité de commercer avec le reste du monde, une sorte de prothèse pour surmonter l'handicap de la communication. Un Hollandais ne parle pas une autre langue que le hollandais avec un compatriote hollandais. Un étranger résidant en Hollande n’a pas d’autre choix pour se faire comprendre et être accepté, que d’apprendre le hollandais. En même temps, tous les hollandais étudient l'anglais. C’est tout le contraire au Maroc. Au lieu d’encourager les étrangers vivant parmi nous, à parler notre langue, nous préférons baragouiner dans la leur pour nous faire comprendre. Mieux, chez nous les étrangers non français, apprennent le français au contact des Marocains. Juan Guatisolo, l’écrivain espagnol résidant à Marrakech, se plaignait une fois dans une émission de télé, des difficultés pour lui, à apprendre notre parler, parce que ses interlocuteurs marocains croient devoir lui parler en français que lui, ne maîtrise pas.

Un dernier exemple qui témoigne de la débilité linguistique au Maroc. Nous sommes peut-être le seul pays au monde où à la télévision et dans les radios, on procède à la traduction de notre propre langue, l’arabe, en français, pour un public ne comprenant pas en grande majorité le français.
On le voit, le problème n’est pas celui de la pratique de plusieurs langues dans un pays.

Personnellement, je pense même, qu’il y a encore de la place dans la grille des idiomes en usage, pour d’autres idiomes comme l’anglais et l’espagnol. Le problème, celui du Maroc, est dans la hiérarchisation entre ces différentes langues.

Il n’y a rien à inventer à ce sujet, il suffit de faire ce qui se fait partout dans le monde : Dans tous les pays en effet, il y a une langue central qui cimente l’ensemble des citoyens et utilisée dans les écoles, les médias, l’administration et les entreprises, et à côté, une ou plusieurs langues locales ou étrangères pour les besoins locaux ou internationaux.

Certains pays pluricommunautaires comme la Belgique ou la Suisse, le Canada, chaque communauté pratique sa propre langue comme langue principale en plus d’une langue étrangère secondaire.

Toute la question est de savoir quelle langue principale à utiliser au Maroc. Selon la Constitution du pays, c’est l’arabe classique qui est seule habilitée à avoir ce statut. Dans les fait, les choses sont sensiblement différentes. Entre la domination du français dans les médias le monde de l’entreprise et dans l’enseignement supérieur ; l’usage majoritaire de la langue darija, et les revendications légitimes de l’amazigh, la situation est un peu plus problématique. D’où l’intérêt d’un débat national franc et profond.



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