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par Gerald Knaus - publié le Vendredi 2 Octobre à 06:00

L'UE et la transformation de la Turquie

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Cambridge (Massachusetts) - Lorsque la Commission européenne a annoncé en octobre 2004 que la Turquie répondait aux critères requis pour l'ouverture de négociations d'adhésion, la nouvelle fit la une de la presse mondiale. En effet, la Turquie attire l'attention internationale non seulement en raison de son importance géostratégique, mais aussi parce qu'il s'agit du premier pays candidat à majorité musulmane.

Au cours de ces cinq dernières années, la Turquie a enregistré des avancées spectaculaires: consolidation des institutions démocratiques, désengagement croissant de l'armée de la vie politique, assouplissement des restrictions imposées aux minorités et abolition des tribunaux d'exception. Pour la plupart, ces réformes auraient été impensables, encore moins réalisables il y a quelques années. Pour reprendre les termes de Ziya Önis, professeur de relations internationales à l'Université Koç d'Istanbul : "Devant l'ampleur des réformes, la puissante coalition hostile à l'Union européenne a progressivement dû baisser les bras".

C'est une réforme tous azimuts. Le nouveau Code Pénal, promulgué en 2004, traite pour la première fois la sexualité féminine comme un droit individuel et non comme une question d'honneur familial. Les amendements apportés à la constitution font obligation à l'Etat turc de prendre toutes les mesures nécessaires pour faire respecter l'égalité des sexes. Des tribunaux de la famille ont été créés, le droit du travail a été modifié et de nouvelles mesures ont été prises pour attaquer le problème de la violence domestique et pour favoriser l'accès des filles à l'instruction. Ce sont les modifications les plus radicales qui aient été apportées au statut de la femme en 80 ans.

Rétrospectivement, on a de la peine à se rappeler l'abîme qui séparait la Turquie des pays membres de l'UE pas plus tard qu'en 1999. Dans un rapport datant de cette époque, la Commission relevait: "Il existe de graves manquements en matière de droits de la personne et de protection des minorités. Sans être systématique, la torture est encore largement répandue et la liberté d'expression est régulièrement réprimée par les autorités".

Entre 1991 et 1994, des milliers de plaintes pour torture ont été soumises aux organisations de défense, des milliers d'assassinats mystérieux se sont produits. Au printemps 1996, quelque 3.000 villages avaient été rasés en Anatolie du sud-est dans le cadre de la guerre que menait le gouvernement contre le Parti des Travailleurs du Kurdistan (PKK). Dans une large mesure, la politique nationale avait été récupérée par l'"état profond", entité opaque et insaisissable dont l'existence se justifierait par la prétendue nécessité de combattre les ennemis de la Turquie, particulièrement le PKK.

Si le rythme des réformes semble marquer le pas, l'année 2009 a vu toute une série d'initiatives, à commencer par une prise de contact politique avec la minorité kurde et une limitation des pouvoirs des tribunaux militaires. D'où la question: pourquoi, puisque la méthode douce de l'UE a été ainsi récompensée, pourquoi tant de pays européens sont-ils encore si récalcitrants devant une candidature turque?

La réponse n'est pas simple. Au printemps 2006, le sondage semestriel d'Eurobaromètre, qui recueille l'opinion publique européenne sur les questions intéressant l'Union, annonçait une opposition à 69% contre le projet d'adhésion de la Turquie. Après l'Autriche (81% contre), l'Allemagne et le Luxembourg étaient les plus opposés à cette candidature. En France, l'élite politique dans son ensemble redoute la grande taille de la Turquie et l'impact que produirait sa présence sur les mécanismes institutionnels de l'UE.

A côté de ces sceptiques, une nette majorité de pays se dégage en faveur d'une éventuelle accession. En fait, malgré tous ces problèmes et la lenteur due la démarche, personne n'a encore essayé de faire dérailler le processus. Il faut voir là un indice remarquable, surtout si l'on considère la forte résistance populaire qui s'exprime, surtout en Allemagne, en France, en Autriche et à Chypre.

Parlant devant l'Assemblée nationale turque le 6 avril, le Président Barack Obama affirmait: "la grandeur de la Turquie réside dans sa vocation à être au centre. Ce n'est pas ici que l'Orient et l'Occident se divisent, c'est ici qu'ils se rencontrent". A mesure que la Turquie continuera son travail de réforme, elle continuera de donner le démenti à ceux qui pensent que ce pays ne pourra jamais changer.

Dans l'immédiat, le ballon est dans le camp de la Turquie, car le gouvernement s'apprête à attaquer plusieurs dossiers importants: le statut social de la femme (au-delà de l'aspect juridique), le statut des minorités, la progression vers des normes environnementales européennes et la reprise en main de l'armée par les civils.

Certes, il est facile d'être pessimiste. Mais tout le chemin parcouru depuis 1999 justifie un optimisme prudent: la grande histoire de l'"européanisation" de la Turquie ne s'arrêtera pas en si bon chemin.

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* Gerald Knaus est le président- fondateur de l'Initiative européenne pour la stabilité (ESI, www.esiweb.org) et professeur au Carr Center for Human Rights Policy de la Harvard Kennedy School. Cet article, écrit pour le Service de Presse de Common Ground (CGNews), fait partie d’une série consacrée à l’analyse des politiques occidentales dans le monde musulman.

Source: Service de Presse de Common Ground (CGNews), 2 octobre 2009, www.commongroundnews.org
Reproduction autorisée.

Source : http://www.commongroundnews.org/article.php?id=264...


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