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L’Iran vu d’aussi près qu’il m’est possible


par Samuel Thrope - publié le Vendredi 19 Octobre 2012 à 06:00 modifié le Jeudi 1 Janvier 1970



Erevan (Arménie) – Me voici à l’endroit le plus proche possible de l’Iran: derrière une barrière qui sépare l’Arménie de ce pays, juste au sud de la ville de Meghri. De l’autre côté de la frontière, je peux voir des collines de couleur ocre, et plus loin, le village iranien de Nordooz avec ses champs verts et sa mosquée bleue. J’ai toujours voulu visiter l’Iran depuis que j’ai commencé à apprendre le persan dans le cadre de mes études universitaires, il y a sept ans. D’abord, intéressé à l’histoire des juifs dans la Perse ancienne, j’ai très vite été attiré par le persan moderne et la culture et la littérature de la société iranienne contemporaine.

Pourtant, si près que je sois de ce pays, il ne m’est pas permis de m’y rendre en tant qu’Israélien. Après avoir regardé quelques minutes de l’autre côté de la frontière, avec une certaine envie, je fais demi-tour et je retourne en ville.

J’ai passé l’été à voyager en Arménie et en Géorgie, voisins de l’Iran au Nord, non seulement pour être près de ce pays, mais aussi pour me rapprocher des Iraniens. Ces Etats du Caucase ont tous deux des liens profonds avec l’Iran, sur le plan historique, culturel et économique et sont des destinations prisées par les touristes, les étudiants et les hommes d’affaires iraniens. Face à un discours de plus en plus belliqueux entre Israël et l’Iran, j’ai voulu – de manière non officielle et non scientifique – prendre le pouls des Iraniens et voir ce qu’ils ressentent envers Israël. Que pensent-ils des menaces d’attaques contre les installations nucléaires de leur pays ? Que savent-ils au fond d’Israël ? Comment réagiraient-il en faisant ma connaissance ?

Je m’attendais à un pénible interrogatoire de leur part, à propos de la volonté d’Israël de faire la guerre contre leur pays, mais leur réaction a été toute autre. Les Iraniens auxquels j’ai parlé se sont montrés surtout curieux de me connaître et d’en savoir plus sur Israël et le judaïsme. Ils m’ont aussi paru très désireux d’expliquer à quel point l’Iran était différent de l’image qu’on en a dans les médias et à travers les discours des hommes politiques. Chez certains, ce désir s’est traduit par la mise en évidence de l’unité sous jacente du judaïsme et de l’islam, tandis que d’autres m’ont parlé de la diversité de l’opinion politique dans la société iranienne, et d’autres encore m’ont faire part des aléas de la vie quotidienne à Téhéran.

Les personnes que j’ai rencontrées ne sont sans doute pas représentatives de toute la population iranienne mais j’ai été néanmoins frappé par la profonde volonté de tous de me donner à tout prix une image différente que celle que l’on retrouve dans les médias.

Celui qui m’a le plus marqué parmi tous ces Iraniens est un étudiant que j’ai rencontré à l’auberge de jeunesse d’ Erevan. A peine quelques minutes après mon arrivée, le jeune homme est entré dans le dortoir commun, se présentant comme étudiant de Téhéran, de passage en Arménie pour obtenir un visa pour l’Amérique – passage obligé puisque les Etats-Unis n’ont pas d’ambassade en Iran. Hossein, comme je l’appellerai, m’a ensuite demandé d’où je venais et lorsque je le lui ai dit, il s’est exclamé en écarquillant des yeux : « Vous êtes israélien et vous n’avez pas peur de moi ? ».

Durant notre séjour ensemble à Erevan, Hossein me parle de son université, des effets dévastateurs des sanctions économiques internationales contre l’Iran, de son détachement de la religion, et de son envie de quitter l’Iran pour étudier à l’étranger. Ses connaissances sur Israël sont limitées, mais je suis néanmoins étonné des choses qu’il sait. En effet, j’ai dit quelques mots en hébreux à un pensionnaire de l’auberge de jeunesse qui m’a demandé à quoi ressemblait cette langue. En m’entendant, Hossein a fait la remarque suivante : « D’habitude, l’hébreux est plus guttural. « Comment le sais-tu ?» lui ai-je aussitôt demandé ? Il a répondu : « Je regarde – comment dit-on - la Knesset [le parlement israélien] ? - sur la chaîne de télé satellite ».

Le dernier jour que nous avons passé ensemble à Erevan, nous avons visité la célèbre fabrique de cognac arménien, Ararat. Tout en marchant entre les fûts en chêne remplis de spiritueux en processus de vieillissement, je lui fais part de mes craintes et de mes frustrations face à la politique israélienne, et surtout de la démagogie qui incite le pays à la guerre. Hossein me répond par une phrase qui résonne encore dans ma tête : « En Iran, nous n’avons pas su apprécier les choses à leur juste valeur dans le passé. Nous avons protesté et les choses sont allées de mal en pis. Vous devriez être contents de ce que vous avez. »

Après s’être dit au revoir, je me suis rendu compte qu’être « content », à la manière de Hossein, n’aurait laissé aucune place au sentiment qui m’a poussé à entreprendre mon voyage : le refus de se satisfaire de la manière dont l’Iran et les Iraniens sont dépeints dans les médias israéliens. Pourquoi remettre en question ses opinions et partir à la découverte quand on se contente de ce que l’on sait ? Quoi qu’il en soit, malgré la résignation de Hossein à ne plus se battre pour le changement, cet échange avec lui, a en un sens, satisfait ma curiosité.

Pour qu’un Iranien exprime de telles pensées à un Israélien, cela suppose un degré de confiance impossible si l’on s’en tenait à ce que disent les journaux. Le message de cette rencontre est qu’il y a des choses que l’on peut apprendre les uns des autres, des choses que l’on peut s’enseigner mutuellement. C’est le début du dialogue et non la fin.

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*Samuel Thrope est un chercheur postdoctoral bénéficiaire d’une bourse Golda Meir à l’Université hébraïque. Ses essais et ses traductions ont été publiés dans les journaux suivant : Jerusalem Report, Haaretz, Zeek ainsi que dans d’autres publications. Article écrit pour Common Ground News Service (CGNews).

Source: Service de Presse de Common Ground (CGNews), 19 octobre 2012, www.commongroundnews.org
Reproduction autorisée.

Source : http://www.commongroundnews.org/article.php?id=321...