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Ellen Francis - CGNEWS - publié le Samedi 3 Mai à 09:29

L'Iran n'est pas notre ennemi




Ellen Francis : Augusta (Géorgie) – L'"axe du mal" ? Ce terme m'est incompréhensible, lorsque je pense à l'Iran, ce pays dont j'ai pu connaître le visage humain, aimant et hospitalier pendant 40 années de proches rencontres. J'ai vécu en Iran de 1968 à 1978, et y suis retournée en 2005 avec des délégations de la paix. C'est une des plus grandes joies de ma vie que de voir ceux qui y viennent pour la première fois aujourd'hui se débarrasser progressivement de toute une série de malentendus et de peurs accumulés.



Un délégué me disait récemment: "je viens de rencontre un mollah dans la rue, il était très sympa! Qui aurait cru qu'un mollah puisse être sympa?" Un autre, qui connaît bien le Moyen-Orient, dit: "Les Iraniens sont le peuple le plus hospitalier que je connaisse."

On avait conseillé à un délégué juif de se méfier: "Ils pourraient te tirer dessus s'ils s'aperçoivent que tu es juif." A son grand étonnement, il a vu des juifs pratiquer ouvertement leur religion et se promener dans les rues de Téhéran coiffés de leurs kipas. Personne ne lui a tiré dessus, mais en revanche il a été pris d'assaut par les fidèles d'une synagogue, qui n'en revenaient pas de trouver parmi nous … un juif.

Les membres les plus jeunes de nos délégations ont constaté avec surprise la diversité de l'habillement dans les rues. Ils ont vu que les jeunes Iraniens s'arrangent pour se donner rendez-vous. Les plus artistes ont vibré en voyant des foules se recueillir devant les tombeaux de leurs grands poètes, Hafez et Saadi. Nous avons tous été témoins du grand amour des Iraniens pour la musique. A Ispahan, nous avons vu un jeune homme muni d'un sac à commissions chanter une chanson d'amour sous une passerelle. Il chantait comme si son chant dolent et exquis n'était pas une performance, mais un acte ordinaire de la vie courante.

Quel contraste entre ces images et la représentation que donnent les médias occidentaux, qui ne montrent volontiers qu'un océan de robes noires et de poings tendus.

Lorsque les Iraniens apprennent que nous venons des Etats-Unis, ils nous répondent invariablement: "Nous aimons le peuple américain; nous n'aimons pas votre gouvernement, c'est tout." Remarque généralement suivie de la question suivante : "Pourquoi Bush veut-il nous bombarder?" Certains demandent pourquoi les Etats-Unis ont imposé des sanctions à l'Iran, pourquoi ils veulent changer leur gouvernement. "S'il doit y avoir un changement, nous le ferons nous-mêmes".

Nous savons aussi que la vie en Iran peut être dure, surtout s'agissant de politique. Les candidats réformistes sont souvent interdits d'élection, et, malgré cela, il reste encore des centaines de candidats qui se battent pour quelques très rares mandats. A l'époque de notre voyage, on se préparait pour les élections législatives. Des gens disaient qu'ils ne se dérangeraient pas pour aller voter; une femme a dit qu'elle compterait sur son érudit de père pour lui donner son analyse des candidats. A l'inverse, les minorités religieuses officielles (chrétiennes, juives et zoroastriennes) nous ont dit toute leur fierté d'avoir leurs propres représentants au Majlis. Quelques jours avant le scrutin, nous avons pu nous entretenir avec l'ex-président Khatami. On le sentait très attaché à son mouvement de réforme et très déçu de n'avoir pu faire plus pendant son mandat. Selon lui, c'est la paix qui manque le plus à notre monde, c'est la paix qui fait le plus gravement défaut dans les relations internationales. Il soulignait que la guerre est glorifiée dans nos cultures et dans nos histoires, depuis Homère jusqu'au grand poète perse Ferdousi.

Les Iraniens ont une mémoire profonde et persistante de leur histoire: ils se rappellent le coup d'état de 1953 et le renversement du premier ministre Mossadegh par la CIA. Les Américains ont le souvenir des photos des employés de leur ambassade, captifs, un bandeau sur les yeux. Nos mémoires historiques sont bien distinctes. Privés de relations diplomatiques depuis 30 ans, nous n'avons jamais eu l'occasion de refaire connaissance et de travailler à la réconciliation.

L'Iran n'est pas un pays parfait, les violations des droits de l'homme y existent encore, la liberté d'expression y est encore entravée. Mais d'après ce que j'ai pu voir moi-même, j'estime qu'il n'y a aucune justification ni motif rationnel pour déclencher une intervention militaire ou imposer des sanctions. Toute tentative depuis l'extérieur pour changer le régime sera nuisible à l'instauration d'un climat de confiance et à la réforme.

A mon avis, l'Iran serait prêt à entamer des négociations diplomatiques, mais à la condition que toutes les parties s'y engagent avec respect, s'efforçant sincèrement d'aboutir à une réconciliation et à un sursaut de la paix dans le monde.

* Ellen Francis est pasteur épiscopale et sœur de l'Ordre de Sainte-Hélène. Elle a été coresponsable de délégations américaines voyageant en Iran sous le patronage de Fellowship of Reconciliation (www.forusa.org).


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