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Youssef Girard - publié le Mercredi 26 Janvier à 23:50

L'Internationale Socialiste et le PS ou le cynisme et l'hypocrisie comme politique






Après le renversement de Zine el-Abidine Ben Ali par le peuple tunisien, les discours apologétiques vantant le « modèle » tunisien se sont retrouvés totalement disqualifiés. Les médias dominants et les responsables politiques occidentaux ont été contraints de vouer aux gémonies un dictateur pro-occidental et son système politique qu'ils encensaient auparavant. Suivant le troupeau médiatique et politique, l'Internationale Socialiste (IS) vient d'exclure le parti de Ben Ali, le Rassemblement Constitutionnel Démocratique (RCD), sans véritable explication. La décision a été prise le 17 janvier 2011, soit trois jours après la fuite de Ben Ali en Arabie Saoudite, et rendue publique le 18 janvier par Martin Schulz, le chef de file des socialistes au Parlement européen et ancien vice-président de l'IS.

Pourquoi le RCD a-t-il été finalement exclu de l'IS ? Durant plus de vingt ans, les membres de l'IS n'ont pas été particulièrement dérangés pas la dictature pro-occidentale de Ben Ali et du RCD puisque ce parti était membre de « plein droit » de l'Internationale Socialiste. Serait-ce alors parce que Ben Ali et le RCD ont échoué dans leur mission de « gardiens » des intérêts occidentaux en Tunisie, dans le monde arabe et en Afrique ?

Au niveau français, les membres du PS ont, eux aussi, pris leurs distances avec la dictature pro-occidentale de Zine el-Abidine Ben Ali et du RCD. Martine Aubry a affirmé que le PS avait réclamé « à plusieurs reprises » le départ du RCD de l'IS. François Hollande a expliqué avoir demandé que le RCD « soit mis de côté dans l'Internationale socialiste » et, qu'en tant que premier secrétaire du PS, il avait «rompu toute relation entre le Parti socialiste et le parti RCD de Ben Ali » (1). Notons, puisque les mots sont importants, qu'il y a une différence claire entre demander une « mise de coté » et une exclusion pure et simple d'un membre d'une organisation.

Ces affirmations des dirigeants « socialistes » français sont pratiquement invérifiables puisque l'IS ne publie pas de comptes rendus précis de son activité interne. En revanche, publiquement, le PS ne s'est jamais montré particulièrement virulent envers la dictature pro-occidentale de Ben Ali et du RCD. Certains « socialistes », tel que Dominique Strauss-Kahn en visite le 18 novembre 2008 à Carthage (photo ci-dessus), n'ont pas hésité à faire publiquement l'apologie du « modèle » économique et social mis en œuvre par le régime de Zine el-Abidine Ben Ali.

Par son retournement de dernière minute, le PS cherche à faire oublier ses dérangeantes amitiés passées. Dans le but de se refaire une virginité, le PS s'est rendu, bannière déployée, dans diverses manifestations de solidarité avec le peuple tunisien en affirmant qu'il soutenait la révolution tunisienne contre la dictature pro-occidentale de Ben Ali et du RCD.

Après la chute de Zine el-Abidine Ben Ali, l'IS a exclu le RCD et les « socialistes » français se sont présentés comme les défenseurs des « droits de l'homme » et de la « démocratie » en Tunisie. L'hypocrisie et le cynisme des « socialistes » français sont sans frein puisque les mêmes qui se réclament nouvellement des « droits de l'homme » et de la « démocratie » pour la Tunisie, recevaient au mois de novembre dernier Ehud Barak, président du Parti Travailliste « israélien » et vice-président de l'IS. Occupant les fonctions de ministre de la « défense » lors de l'agression contre Gaza en décembre 2008 - janvier 2009, Ehud Barak est l'un des premiers responsables des 1.350 morts et des 5.450 blessés palestiniens causés par l'attaque. Manifestement, les « socialistes » français ne sont pas particulièrement dérangés par le fait de s'afficher avec l'un des responsables d'un tel massacre et le représentant d'un mouvement politique ayant un tel passé. Il est vrai qu'en matière de colonialisme, le passé de l'ancêtre du PS, la SFIO, n'est guère plus glorieux que celui de son homologue sioniste.

Le Parti Travailliste « israélien » qui est membre de « plein droit » de l'IS, a été admis au sein de l'Internationale Socialiste lors de la Conférence d'Anvers, tenue du 29 novembre au 1er décembre 1947. Au même moment, la Haganah, groupe paramilitaire proche du Parti Travailliste, se lançait, à la suite du vote du plan de « partage » de la Palestine par l'ONU le 29 novembre 1947, dans une entreprise de nettoyage ethnique de la Palestine aboutissant à l'expulsion de leurs terres et de leurs demeures de 900 000 Palestiniens. Après la proclamation de l'Etat sioniste, le 15 mai 1948, la Haganah fut dissoute et constitua la base de la nouvelle armée sioniste officiellement créée le 26 mai 1948.

Parallèlement, le Parti Travailliste « israélien » prit les rênes du nouvel « Etat » et conserva le pouvoir de manière ininterrompue jusqu'en 1977. Durant cette période, le Parti Travailliste « israélien » mena une politique colonialiste particulièrement agressive envers le peuple palestinien et l'ensemble des peuples arabes. Cette politique colonialiste fut marquée notamment par l'agression tripartite contre l'Egypte nassérienne en 1956 et par la guerre de conquête de juin 1967.

Au cours de ces années, l'adhésion du Parti Travailliste « israélien » à l'IS n'a jamais été remise en cause. Au contraire, l'Internationale Socialiste a soutenu activement la politique sioniste. Au niveau français, le SFIO puis le PS ont toujours apporté un soutien indéfectible à la politique sioniste en général et au Parti Travailliste « israélien » en particulier. Dans ce cas précis, les soi-disant principes « humanistes » et « démocratiques » ont été jetés aux oubliettes de l'histoire pour préserver la seule chose que l'IS et les « socialistes » français n'aient jamais cessé de défendre: les intérêts de l'Occident impérialiste.

Ne doutons pas cependant que le jour où le vent tournera en Palestine, l'IS et le PS nous expliqueront « qu'ils n'ont pas eu la position qu'ils ont eue ». Ils nous diront que nous n'avons pas compris leur position qui fut de tout temps en faveur des « droits de l'homme » et du « droit des peuples à disposer d'eux-mêmes ». Visiblement, pour l'IS et les « socialistes » français, le cynisme et l'hypocrisie tiennent lieu de politique.

(1) Cf. Martin Julien, « Ben Ali, l'épine du PS et de l'Internationale socialiste »,Rue 89, 19/01/2011.


Tagué : Youssef Girard

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