Lemag.ma : Portail d’information dédié au Maroc et au Maghreb
Facebook
Twitter
App Store
Newsletter
Mobile
Rss
Quand l’ambassadeur algérien à Bruxelles s’autoproclame porte-parole... | via @lemagMaroc https://t.co/F0hTNSg04E https://t.co/kNECBG2gzr



par Khairil Azhar - publié le Vendredi 16 Octobre à 06:00

L'Indonésie en quête de sermons prônant la tolérance

None






Jakarta – Tous les vendredis, les musulmans, surtout les hommes, se rendent à la mosquée pour la prière de Midi et le sermon connu sous le nom de khutba. Lorsque j'assiste à ces prières dans différentes mosquées des environs de Jakarta (la capitale d'un pays varié et en grande partie tolérant), j'entends parfois des prédicateurs délivrer des sermons qui expriment la haine à l'égard d'autres religions. Pour étayer leurs opinions, ces prédicateurs se réfèrent souvent aux versets du Coran dont le sens réel est mal interprété.

L'un des versets les plus souvent cités est le 2:120 qui affirme que « Ni les Juifs, ni les Chrétiens ne seront jamais satisfaits de toi, jusqu'à ce que tu suives leur religion. » En rappelant ce verset, certains prédicateurs soutiennent que les Juifs et les Chrétiens essaieront de convertir les musulmans au judaïsme ou au christianisme, ce qui engendre méfiance et hostilité envers les peuples de ces deux religions.

Toutefois, ce que ces prédicateurs ne parviennent pas à voir, c'est le contexte social ou historique dans lequel les versets sont apparus. Au lieu de cela, ils tentent d'appliquer un sens littéral à notre situation actuelle.

Si nous regardons de plus près, ledit verset se rapporte en fait à la décision du prophète Mohamed de changer la direction dans laquelle les musulmans s'orientent pour faire leur prière, de la mosquée Al-Aqsa à Jérusalem à la Kaaba à la Mecque. Certains juifs et chrétiens ont raillé cette décision. Le prophète Mohamed aurait alors conseillé aux musulmans d'ignorer cette réaction et leur aurait dévoilé ledit verset en guise de consolation. Le but du verset n'était ni de cautionner la ségrégation ni de développer des préjugés chez les musulmans à l'égard de leurs voisins non-musulmans.

Il n'est guère facile de s'assurer que les prédicateurs délivrent des sermons basés sur une étude approfondie et une interprétation sensée des préceptes islamiques. Les sujets des sermons religieux sont souvent choisis sur la base de ce que l'assistance est supposée souhaiter ou rechercher, ou en rapport à des questions qui suscitent ferveur et enthousiasme. Comme dans bien des religions, les prédicateurs ont parfois l'impression qu'ils seront plus respectés s'ils peuvent faire naître une passion dévorante. Persuader l'assistance de rester calme ou de travailler sur d'éventuelles solutions face à l'adversité est, par conséquent, un choix moins populaire.

En outre, beaucoup de prédicateurs n'ont pas accès à divers textes et commentaires religieux en indonésien. Cela signifie qu'ils ont tendance à transmettre des messages inculqués par leurs professeurs sans envisager, d'un oeil critique, d'autres perspectives.

Les prédicateurs actuels pourraient apprendre de Buya Hamka (1908-1981), l'un des plus éminents spécialistes religieux et prédicateurs indonésiens dont les sermons encourageaient les gens à vivre dans la simplicité et à bien traiter autrui. Son exemple montre qu'il n'est pas nécessaire de délivrer des sermons incendiaires pour s'attirer les foules; ses mots ont touché beaucoup de monde.

A titre d'exemple, dans Tafsir al-Azhar, une explication du Coran par Hamka, qui a été lue par un très grand nombre, il est précisé: ''L'islam honore quiconque souhaite atteindre Dieu par ses bonnes actions. Même ceux qui prétendent être les fidèles, ceux qui récitent la profession de foi musulmane devraient en faire la preuve par de bonnes actions... Quelle que soit sa religion, quelle que soit son identité, chaque individu sera récompensé par Dieu, selon sa foi et ses actes...''

Hamka a beaucoup lu de littérature et de textes islamiques et occidentaux, ce qui l'a aidé à faire passer des messages de paix dans ses sermons. Ses sermons étaient remplis d'histoires connues et proches de l'expérience de ses auditeurs; il a donc profondément touché ceux-ci en leur apportant des conseils spirituels convainquants sans recourir à des sermons provocateurs.

Dans un monde où les malentendus conduisent souvent à la violence, il y a grand besoin de prédicateurs religieux qui prônent la tolérance, le dialogue et la coopération entre les différents groupes religieux.

Les institutions qui traditionnellement forment les prédicateurs, comme les pensionnats islamiques, les universités islamiques et les mosquées, ont besoin de bibliothèques garnies d'ouvrages rédigés en indonésien et prônant la tolérance. Les futurs prédicateurs auraient ainsi un accès plus large à un matériel qui leur permettrait d'approfondir leurs connaissances sur l'islam et de contribuer à améliorer les relations entre les différents groupes religieux.

Par ailleurs, il conviendrait de créer davantage de programmes destinés à former les prédicateurs. Les organisations musulmanes nationales comme Nadhatul Ulama et Muhammadiyah qui favorisent une compréhension traditionnelle de l'islam et se sont affiliées au clergé qui excelle dans la formulation des préceptes de tolérance et de compréhension de l'islam, pourraient être les premières à oeuvrer dans ce sens.

De tels efforts auraient pour effet de faire apparaître davantage de sermons en faveur de la paix dans un plus grand nombre de mosquées, non seulement dans des villes comme Jakarta mais aussi à travers l'Indonésie.

###

* Khairil Azhar est l'administrateur du programme international à la Lazuardi Global Islamic School à Jakarta. Article écrit pour le Service de Presse de Common Ground (CGNews).

Source: Service de Presse de Common Ground (CGNews), 16 octobre 2009, www.commongroundnews.org
Reproduction autorisée.

Source : http://www.commongroundnews.org/article.php?id=265...


               Partager Partager


Dans la même rubrique :
< >

Samedi 3 Décembre 2016 - 10:37 L’ETOILE D'OR ne sera jamais marocaine!?

Vendredi 2 Décembre 2016 - 16:17 Ousmane Sow : Le sculpteur qui vient des étoiles