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- publié le Mercredi 14 Septembre à 00:00

L’INDH et la problématique du développement du Rif




Mohamed SIHADDOU - La région du Rif, après être restée longtemps un cadre de vie traditionnel bien adapté au milieu naturel, est actuellement en crise : surcharge démographique, émigration, contrebande, sous-équipements, médiocrité des rendements agricoles et de la pêche, baisse des revenus touristiques, culture et trafic de cannabis, défrichement et déboisement, érosion et risques naturels, telles sont les manifestations actuelles les plus évidentes de la crise socio-économique et de la dégradation de l’environnement dans le Rif.



Les contraintes naturelles ne peuvent à elles seules rendre pénible la vie dans ces montagnes. Nul besoin d’un diagnostic détaillé pour comprendre le malaise dont souffre le Rif : le déficit des infrastructures substantielles et la carence des projets économiques ont largement contribué à l’appauvrissement de cette région. Dans le passé, le Rif a connu une prospérité due à la richesse de ses ressources naturelles, de son agriculture, de sa pêche, de son élevage et de son industrie artisanale, ce qui a animé un commerce soutenu avec Fès et sa région, l’Espagne et l’Algérie.


Le Rif est victime du colonialisme et des politiques post-indépendance

Suite à son relief difficile d’accès, le Rif a souvent vécu, au cours de son histoire, en « autarcie » et à « l’écart » du pouvoir central. Bien que la région ait été habitée depuis longtemps par des tribus amazigh (berbères), elle n'a cessé d'accueillir, au cours de l'histoire, des populations venues de l'extérieur et ceci jusqu'à une période récente. Mais elle a dû également se défendre contre l’invasion étrangère sous la pression chrétienne au XIV ème et XVème siècles et le colonialisme au début du XX ème siècle. Les villes de Ceuta et Melilla, les îles de Badès et Nekor (Al-Hoceima)…, occupées encore de nos jours par les espagnols, sont les témoins des ces tentatives étrangères d’installation dans le Rif.

La colonisation du Rif au début du XX ème siècle par l’Espagne, un pays déjà affaibli par les guerres des Amériques et sous-développé à l’époque par rapport aux autres puissances coloniales, a aggravé de plus en plus la crise socio-économique et la détérioration de l’environnement de la région suite à la contamination du sol par les armes chimiques. Cependant, il faut reconnaître également la part de la responsabilité de l’Etat marocain dans la crise socio-économique actuelle. Au lendemain de l’indépendance du Maroc, les gouvernements successifs ont opté pour une marginalisation systématique de l’ancien protectorat espagnol en faveur du protectorat français. Des divisions socio-politiques dues au tracé de l’ancienne frontière entre les deux protectorats et la subdivision territoriale et administrative non adaptée aux réalités géographiques, ethniques et sociales du Rif ont accentué l’isolement et la marginalisation de la région.

Etant donné ces faits historiques, le constat suivant s'impose : le Rif a des années de retard en matière de développement et d'intégration à l’économie nationale. Depuis l’indépendance, l’Etat et les gouvernements successifs se sont davantage préoccupés de la sécurité et de la stabilité socio-politique de la région que de son développement socio-économique. Il est évident que la stabilité socio-politique d’un pays ou d’une région est indissociable des conditions socio-économiques, or il est inconcevable que l’Etat marocain n’ait pas pensé pendant des années à intégrer le Rif dans le tissu socio-économique national à travers la construction des infrastructures nécessaires.


La région du Rif est l’une des plus défavorisées du Maroc

La situation marginale, tant géographique qu’économique, et la dépendance croissante de l’extérieur (approvisionnement, emploi, éducation, santé) sont autant de traits qui font de la région l’une des plus défavorisées du Maroc et à développement restreint vu son poids démographique et sa situation stratégique pour le pays. La géographie nous a enseigné que les régions situées au nord sont les plus développées et les plus attractives économiquement dans le monde. Ici, c’est l’exception marocaine qui s’impose, les axes de développement et les centres d’attraction du pays sont situés exclusivement plus au sud et la coopération euro-méditerranéenne s’exerce sur la façade atlantique !

Le poids démographique du Rif par rapport à la population du Maroc représente plus de 15 % de la population totale, avec un accroissement de 2 à 2,5 % par an en moyenne, ce qui le classe parmi les régions les plus peuplées du pays. La région se caractérise par une forte densité (plus de 120 hab./km2), une population jeune (60 % de moins de 20 ans et 50 % de moins de 15 ans) et une prédominance de la population rurale (plus de 65 % de la population). En dépit de la baisse de la fécondité ces dernières années, la croissance démographique demeure élevée. En conséquence, il en résulte un très grand déséquilibre à cause de ce surpeuplement pour une région montagneuse dont les ressources sont devenues très limitées.

La recherche d’un équilibre entre la population et l’espace ne doit pas être conçue uniquement à l’intérieur de l’espace urbain. En effet, la pression démographique sur un espace de plus en plus réduit et fragile implique une vision globale des problèmes de la région. D’autres activités génératrices d’emplois et de revenus doivent être associées à l’agriculture, au tourisme et à la pêche; car ces derniers ne peuvent à eux seuls résoudre le problème de l’emploi et du niveau de vie d’une population en constante augmentation. La situation sociale s’aggrave de plus en plus, non seulement du fait du plus grand nombre à nourrir, mais aussi de la baisse des rendements et de la sous-exploitation des ressources locales. Le constat c’est qu’il existe un déséquilibre flagrant entre la démographie galopante et le rythme de la création des emplois dans la région, situation qui se manifeste par un taux de chômage des plus élevés du pays.

La région ne survit que grâce aux transferts financiers des émigrés. Malheureusement, ces transferts ne profitent pas au développement de la région. Car, ils sont investis principalement dans la spéculation foncière et non pas dans les secteurs productifs. La situation marginale de cette région dans l'espace économique marocain a eu également des répercussions négatives sur les transferts actifs ; la plupart des émigrés « préfèrent » investir dans les autres régions du Maroc à infrastructure plus développée comme les grands axes urbains du triangle Casablanca - Fès - Marrakech. On parle alors de la fuite des capitaux locaux et des forces vives de la région!


La solution pour le développement durable doit être recherchée dans l’INDH

L’état du sous-équipement général du Rif et de sa mutation en marge de l’évolution économique moderne du pays accroît la perte de confiance des citoyens de cette région dans les institutions du pays. Ces derniers ne voient leur salut que dans l’émigration. Si celle-ci a été une issue à un moment donné pour la crise démographique du Rif, elle ne peut être indéfiniment une réponse à la crise socio-économique. La solution durable doit être recherchée dans la nouvelle philosophie du développement humain (INDH) et dans le nouveau concept de l’exercice de l’autorité publique.

Un Etat moderne qui se réclame de démocratie sociale doit tirer sa légitimité et sa force de sa capacité à intégrer tous ses citoyens et ses régions. L’Etat doit chercher en permanence à développer le bien-être économique et social des citoyens et à améliorer leurs conditions de vie là où ils vivent et où ils travaillent. L’Etat a la responsabilité d’assurer les conditions objectives de l'exercice de la citoyenneté et de la démocratie, de renforcer l'égalité des chances et l'accès au développement pour tous, sans discriminations territoriales, ni sociales.

L'une des principales caractéristiques de l'INDH, en tant qu'alternative au modèle traditionnel de développement économique, réside dans le fait qu'elle rompt définitivement avec les logiques et les pratiques de l'Etat centralisateur et le mécanisme pyramidal de la prise de décisions sans concertation avec les populations concernées. En effet, tout programme de développement réussi nécessite la collaboration des populations pour atteindre ses objectifs. Les populations doivent constituer la première école d’enseignement pour les décideurs.

Cette démarche de concertation n’a pas été prise en compte lors de la conception et l’élaboration de certains programmes et projets dans le passé. Ces programmes ont été souvent techniques ou ne se sont intéressés généralement qu’à un seul aspect des problèmes posés dans la région : le projet DERRO (Développement Economique et Régional du Rif Occidental) financé par les fonds de l’ONU et piloté par la FAO ne s’est intéressé qu’à la lutte contre l’érosion et la conservation des sols sans s’occuper du sort des populations concernées. C’est pourquoi les résultats obtenus ne correspondent pas aux objectifs visés. Un autre exemple de cette conception du développement est celui de la création de l’APDN (Agence pour la Promotion et le Développement Economique et Social des Provinces du Nord) ; en effet, malgré un engagement financier de l’Etat et la mobilisation des contributions de partenaires européens dans le budget de cette agence, la situation reste inchangée pour le quotidien de la population du fait des obstacles de taille, tels que la bureaucratie, le problème de l’arbitrage dans la prise des décisions et l’absence de transparence dans la gouvernance.

Compte tenu des retards accumulés dans le développement du Rif et de l’aggravation de la situation socio-économique suite au séisme d'Al-Hoceima, il faut préconiser dès aujourd’hui une politique de « discrimination positive » et faire appel à la solidarité nationale. Le rôle de l’Etat et le soutien de l’ancienne puissance coloniale sont primordiaux pour sortir cette région de son isolement et de sa marginalisation. L’Etat marocain a l’intérêt et le devoir d’intégrer au plus vite cette région dans le circuit de l’économie nationale.

INDH :Initiative Nationale pour le Développement Humain

Mohamed SIHADDOU - Ingénieur en Télédétection - Franc


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